Les romantiques et la bourgeoisie

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Est-ce que les romantiques étaient opposés à la bourgeoisie, et en particularité à l'éthique bourgeoise (cf. par exemple Max Weber) ?

Cet article (Viard 2016) explique que oui :

Les poètes romantiques parlent moins de l’argent et du bourgeois parce que ce sont des objets trop bas et trop vulgaires. Les poètes comme Lamartine n’accordent droit de cité dans leurs alexandrins qu’à des objets sublimes comme Dieu, l’amour, la mort ou de beaux paysages. L’argent et le bourgeois sont pourtant cachés au revers de chaque page et on ne peut comprendre l’élan des poètes vers l’idéal si on ne conçoit pas qu’il s’agit d’une fuite loin de la trivialité du réel. L’aversion des poètes envers le bourgeois s’exprime cependant dans leurs textes en prose.

Il met même sur le même plan romantisme et socialisme dans leur anti-bourgeoisie:

Ce sont avant tout des mouvements anti-bourgeois.

Références:

VIARD, Bruno. Romantisme et socialisme In : La Littérature et la République [en ligne]. Aix-en-Provence : Presses universitaires de Provence, 2016 (généré le 14 septembre 2023). Disponible sur Internet : https://books.openedition.org/pup/11558. ISBN : 9791036550737. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.11558.

@Fleuve

Oui, on peut l’affirmer.
Ce lien dans ses parties 2 et 3 cible bien le bourgeois matérialiste et affairiste.

Le romantisme en France (1ère partie) | lesmaterialistes.com

pour romantisme et socialisme

Quelques exemples littéraires

En prose
Chatterton de Vigny
Les Misérables de Hugo
L'œuvre de Villiers de l'Isle-Adam article de Persée

En poésie
Melencholia de Hugo
« Les aveugles » de Baudelaire
« L’enterrement », Poèmes saturniens, 1866. de Verlaine qui reprend de manière satirique ce thème romantique.

@Jean-Luc

On dirait que romantisme et socialisme se rapprochent par leur anti-bourgeoisie d'une part, et aussi par leur attrait pour le rebelle, pour la révolution (par opposition à la vie égoïste et monotone (mais peut-être aussi tempérée) du bourgeois).

Ps: dans Les matérialistes ils disent "Le romantisme est une mystique, au départ royaliste, puis républicaine" mais j'ai souvenir que dans une de nos discussions, nous disions qu'à l'origine les romantiques étaient plutôt libéraux (dans le sens républicain social-démocrate je crois, pas dans le sens "économie de marché"), et qu'ensuite ils sont devenus réactionnaires

@Fleuve

Les romantiques ont bien été royalistes au début : Chateaubriand sert la monarchie, Lamartine est d'abord légitimiste avant de devenir républicain, Hugo a commencé comme royaliste (par admiration pour Chateaubriand ?), Alfred de Vigny s'est rangé d'abord sous la bannière de la Restauration…

@Fleuve

Bonjour Fleuve,
Je sais que tu t'intéresses un tant soit peu à la littérature germanique.
Même problème en Allemagne avec les "philistins"

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philistins

@Jean-Luc

Dans notre discussion sur les idées politiques des romantiques, on était venu à cette affirmation (je te cite):

Non, Lamartine, Musset, Hugo, Vigny étaient pour une politique libérale. En revanche le second romantisme s’est montré plus conservateur; voire réactionnaire. : je pense à Villiers de l’Isle-Adam (qui a pourtant été un sympathisant de la commune quelques courts moments), Barbey d’Aurevilly, (changeant et paradoxal dans ses prises de position), peut-être Léon Bloy (si on n’en fait pas un symboliste).

Donc en gros on a une évolution des idées romantiques français qui fait : aristocratie --> républicanisme (ce que t'appelles dans la citation "libéralisme" je crois) --> réactionnisme"

Les romantiques se mettent au républicanisme quand ils sentent le vent tourner vers les années 1840 (cf. révolution de 1848), j'imagine ?

Comment peut-on expliquer que les romantiques français soient finalement redevenus pro-monarchie (= réactionnaires) dans la deuxième partie/fin du 19ème ? C'est l'influence du nationalisme français de l'époque (Renan, Maurras, Bainville, Drumont, Barrès, Daudet) ?

@fandixhuit

Bonjour fandixhuit, merci du message !

Selon le lien Wikipédia, les philistins se situent sur la Méditerranée. Je n'ai pas bien compris…

@Fleuve

Lis la partie titrée "Résurgences".

@fandixhuit

Cette connotation négative perdure à l'époque moderne. Ainsi, dans la littérature allemande du XIXe siècle (à la suite notamment de Goethe et Schiller), les « Philistins » (allemand : Philister) sont des individus étrangers aux universités, vulgaires, ennemis du savoir, du génie109. Ce mot désigne plus généralement une personne à l'esprit obtus ayant une posture anti-intellectuelle, c'est une manière de dénigrer le groupe bourgeois et il est repris avec un usage similaire dans d'autres pays, par exemple en France par Gérard de Nerval et Théophile Gautier110, ou Georges Brassens dans l'adaptation du poème "Les Philistins" de Jean Richepin.

Pourtant c'est les romantiques qui me paraissent anti-intellectuels… Entre Don Juan de Byron, la passion éperdue de Souffrances du Jeune Werther de Goethe, le tragique de René de Châteaubriand, la pensée de Herder et de Hamann, les vies glauques de Verlaine, Musset, et Baudelaire, le mysticisme et l'occultisme de William Blake et Nerval, les théories esthétiques étranges des romantismes allemands (Schlegel, etc.),…

Pour moi l'intellectualisme c'est Émilie du Châtelet, Olympe de Gouges, Voltaire, d'Alembert, etc.

Bonjour Fleuve,

J'évoquais l'Allemagne où les bourgeois terre-à-terre sont assimilés (à l'époque romantique, qui commence plus tôt qu'en France) à des "philistins", par opposition aux artistes (notamment donc les écrivains), aux rêveurs, créateurs, etc., bref tous ceux que tu cites.

Du reste, le terme intellectuel n'existait pas à l'époque pas plus qu'intellectualisme (forme quelque peu péjorative).

@fandixhuit Génial, cela mettait tellement étranger que j'étais un peu passé à côté, et j'ai surtout tilté sur l'aspect abherrant des romantiques traitant les autres d'anti-intellectuel (c'est l'hôpital qui se fiche de la charité). Merci beaucoup, je vais creuser un peu :)

C'est un peu comme les dadaïstes/surréalistes (Breton), ou les cubistes (Braque), ou même Dickens (avec le personnage de Gradgrind), qui caricaturent les rationalistes et les scientifiques comme des techniciens, machinistes froids, calculateurs et ennuyants. Les dadaïstes/surréalistes qui calculaient froidement, comme des publicitaires, comment se faire remarquer avec leurs happenings, et les tableaux de Braque qu'on ne peut difficilement faire plus froids. Sans parler du tempérament de Picasso…

@Fleuve

Le changement d’orientation politique des romantiques français se situe plutôt dans les années 1830 que 1840. Ils sont alors déçus par le comportement rigide et antilibéral du roi Charles X. Mais la Révolution de juillet, dite les Trois Glorieuses, qui porte Louis-Philippe sur le trône, les décevra. Voir Lorenzaccio de Musset. Ils vont alors glisser peu à peu vers le Républicanisme.

@Jean-Luc Et par rapport à l'explication du réactionnisme des seconds romantiques, tu en penses quoi ?

@Fleuve

C'est leur idéalisme qui leur fait refuser leur société : ils exècrent le positivisme, l'inculture des parvenus, le matérialisme, le pouvoir de l'argent, l'uniformisation…

@Jean-Luc C'était un peu comme des religieux, défroqués, radicalement individualistes.

@Fleuve

Certains, comme Léon Bloy, sont sincères dans leurs croyances religieuses. Villiers de l'Isle-Adam se serait bien vu en moine guerrier. Je dirais plutôt des mystiques, mais très individualistes et solitaires.

@Jean-Luc Parfaitement d'accord :D

Si c'est ça, c'est quand même étonnant qu'on les enseigne autant à l'école, je veux dire, l'école républicaine laïque. Le nombre de cours sur Baudelaire et Hugo qu'on a eu. C'est une simple remarque, mais c'est vrai quand même, c'est étonnant quand on y pense.

Le système de la culture institutionnalisée étonne toujours par cette capacité à phagocyter ce qui précisément s'opposaient d'abord à lui.
Le triste destin d'Ernesto Che Guevara en témoigne : symbole révolutionnaire plus que célèbre, le voici désormais imprimé sur des tee-shirts bon marché fabriqués à la chaîne au Bangladesh dans des conditions macabres, ou encore sur des paquets de cigarettes de contrebande à bas prix venues d'Espagne ou de Sicile.

Le statut de "classique" — que je hais ce mot…— attribué à Baudelaire et à tant d'autres par l'école est en fait assez récent. Dans le petit roman de Raymond Radiguet, Le diable au corps (1923), Marthe, la jeune fille que le narrateur séduit, est jugée subversive et rebelle, car elle a lu Les fleurs du mal, ouvrage dangereux et prohibé par sa famille tranquillement bourgeoise.

Quant à Hugo, qui très romantiquement voit Dieu partout sauf dans les églises sinistres, s'il est devenu un monument de l'école laïque, c'est que personne ne le croit ni ne le prend plus au sérieux. Je précise que j'aime beaucoup Hugo.
Dans l'ensemble, l'école trie, sélectionne, sur des critères aussi arbitraires que troubles. Le choix des auteurs consacrés par l'école ne saurait en aucun cas constituer une grille de lecture valable du paysage littéraire, passé ou présent.

@Lucid_Lynx

Bonjour,

Si tu avais un programme scolaire (disons pour le lycée) à définir, qui mettrais-tu en avant ?