Le réalisme a-t-il finalement eu beaucoup plus d’impact que le romantisme ?

Littérature

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à toutes, bonjour à tous:Le romantisme a été un mouvement qui a eu des répercussions énormes sur la société et qui a modifié la perception de ce qu’est l’art et la littérature, avec une théorie de l’art et de l’esthétique particulièrement unique et bouleversante.Donc le romantisme a marqué les esprits, peut-être plus que tout autre mouvement littéraire.D’un autre côté est-ce qu’on peut dire que le réalisme et le naturalisme, beaucoup plus humbles dans leurs ambitions, sont en réalité ce mouvement qui a eu l’impact le plus profond et sur le plus long terme ?Les plus grands et/ou populaires écrivains et écrivaines du 20ème et 21ème siècles sont tous, selon moi, plus ou moins réalistes (si on exclue le théâtre de l’absurde, le surréalisme et l’existentialisme).Gide, Duras, Yourcenar, Beauvoir, Houellebecq, Annie Ernaux, Nicolas Mathieu, Marie-Hélène Lafon, etc. et le mouvement réaliste se retrouve dans le style du polar qui est à la fois très populaire et en même temps le genre choisi par beaucoup d’écrivains les plus talentueuxTandis qu’après sa disparition en 1850 et une courte résurrection dans le symbolisme, le romantisme en tant que tradition littéraire avec ses principes tels que pratiqués par ses représentants a disparu ou alors complètement muté au point où ses héritiers ont développé des courants complètement différents (le surréalisme, par exemple, mais on ne peut pas dire que les surréalistes sont des romantiques à proprement parler, parce que leur théorie et ses principes ne sont pas ceux des romantiques du 19ème).J’aimerais confronter cette réflexion à votre expertise plus avisée.

Je crois en effet que c’est la veine réaliste qui l’emporte largement, du moins en termes de succès commerciaux, sans doute parce que le réalisme a su dominer le siècle d’or du roman avec Balzac, Zola, Maupassant… Depuis, ce type de récit est omniprésent.

Le romantisme a sombré parce que notre vieux continent a connu deux conflits mondiaux dévastateurs, la décolonisation, la guerre froide, la fin du mensonge soviétique, le consumérisme… Difficile dans ces conditions de croire encore à un idéal. Le réalisme a, de son côté, nourri la désespérance par son matérialisme, son pessimisme foncier, son goût pour la dérision. L’Occident connaît certainement une crise spirituelle profonde.

Peut-être, y a-t-il des résurgences romantiques chez les jeunes au travers de l’heroic fantasy qui mêle épopée et onirisme ? Certains jeux vidéo semblent également exploiter ces thèmes.

@Jean-Luc Merci pour ta belle réponse.

"Difficile dans ces conditions de croire encore à un idéal."

Désolé si je reviens sur des questions qu’on a déjà discutée, mais en quoi les romantiques étaient idéalistes ? N’avaient-ils pas le mal du siècle ?

"Le réalisme a, de son côté, nourri la désespérance par son matérialisme, son pessimisme foncier, son goût pour la dérision."

Il a aussi parfois été utile à la cause anti-capitaliste/consumériste parfois non ? Par exemple Dickens, ou les réalistes chinois comme Guo Moruo, Lu Xun ou Mao Dun (Chan, 1983). Bon effectivement, de mes souvenirs, la lecture de Lu Xun n’est pas joyeuse-joyeuse, mais c’est pour la CAUSE !

"Peut-être, y a-t-il des résurgences romantiques chez les jeunes au travers de l’heroic fantasy qui mêle épopée et onirisme ? Certains jeux vidéo semblent également exploiter ces thèmes."

Pas faux, mais il n’y a pas dans l’heroic fantasy ce côté irrationnel, impulsif, sensoriel, (j’ajouterais tordu, mais c’est mon avis personnel) etc. du romantisme.

Références:

Chan, S. (1983). Realism or Socialist Realism?: The Proletarian’ Episode in Modern Chinese Literature 1927-1932. The Australian Journal of Chinese Affairs, (9), 55-74.

https://www.jstor.org/stable/2159089

Désolé si je reviens sur des questions qu’on a déjà discutées, mais en quoi les romantiques étaient idéalistes ? N’avaient-ils pas le mal du siècle ?

Les romantiques ont professé des idéaux exigeants. Liberté, originalité, réhabilitation des passions, désir d’absolu… Le mal du siècle n’est pas en contradiction avec l’idéalisme, il résulte seulement d’une incapacité à investir des désirs d’absolu dans une société sclérosée. Les romantiques croient en une réalité dont bien des aspects dépassent l’homme.

Le réalisme a aussi parfois été utile à la cause anti-capitaliste/consumériste parfois non ? Par exemple Dickens, ou les réalistes chinois comme Guo Moruo, Lu Xun ou Mao Dun (Chan, 1983). Bon effectivement, de mes souvenirs, la lecture de Lu Xun n’est pas joyeuse-joyeuse, mais c’est pour la CAUSE !

Oui, bien sûr, Zola, dans la plupart de ses romans, Maupassant dans Mont-Oriol, ont dénoncé les dérives du capitalisme sauvage. J’avais simplement fait remarquer que Le réalisme avait nourri la désespérance par son matérialisme, son pessimisme foncier, son goût pour la dérision. À ma connaissance, cependant, aucun grand écrivain français n’est allé jusqu’à dénoncer la propriété privée.

Trois choses qui me gênent dans ce type de raisonnement :

(1) pour comprendre et améliorer sa propre condition et la condition de la société, il faut bien y faire face, et pas la fuir que ce soit dans l’imagination, dans les émotions, ou dans le mysticisme.

(2) à quel moment on se drogue dans notre monde imaginaire, à quel moment on vit dans la réalité ? Le romantisme en tant que tel ne semble mettre aucune limite à la fuite dans l’enivrement qu’il propose, ce qui est très dangereux dans un monde de contraintes et de dangers (et encore une fois, que ce soit au niveau individuel ou au niveau collectif).

(3) le monde n’est-il pas déjà suffisamment riche et divers pour qu’il y ait besoin de décrire des choses qui n’existent pas, ou se morfondre dans nos états d’âmes ? N’est-on nous pas déjà débordés par le nombre incalculable de langues, de cultures, d’évènements et de vestiges historiques à découvrir, décrire et commenter ?

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! (Baudelaire: Enivrez-vous)

Mon hypothèse c’est que les romantiques ont cette illusion que leur mode de vie et leurs idées fonctionnent et/ou sont légitimes, car ils ont la chance de vivre dans des pays et des milieux sociaux qui jouissent de conditions matérielles/sanitaires/… favorables ; ils peuvent suivre ce mode de vie et ces idées inadaptées, et ça n’aura pas de conséquence néfaste immédiate. Et leur enivrement se fait donc sur le dos de ceux qui font face à la réalité matérielle et travaillent pour améliorer les conditions matérielles (les économistes, les philosophes pragmatiques/analytiques/etc., les linguistes, les ingénieurs, les profs, les écrivains réalistes, les médecins, etc.).

Ce problème est très évident chez la génération dadaïste et les situationnistes.

"The “debate” (as it has come to be called) between symbol and allegory has had two lives. For the Romantics, who inaugurated the distinction in its modern form, the symbol was the hallowed device, its superiority lying in those well-known Romantic preferences for the organic, the infinite, and the imagination. These, of course, and therefore the symbol, too, expressed Romanticism’s protest against a reality that it saw as constraining and instrumental. But whereas the Romantics’ interest in the symbol derived from what was, to them, its essentially antimodern significance, the re-emergence of the symbol-allegory debate has taken place under the aegis of an avowed modernity and postmodernity. As is well known, in this firmament the names of Walter Benjamin and Paul de Man serve as the lodestars of a new appreciation for allegory.Carr, N. (2017). Symbol and Allegory in Romantic History. New Literary History, 48(1), 171-192.Et comme ça ils se font la réputation des "gentils doux rêveurs".C’est quand même le monde à l’envers.