Bonjour
Je rencontre une difficulté dans la compréhension d’un passage d’Éléments de métrique française de Jean Mazaleyrat.
L’auteur traite des accents de mot et des accents de groupe (page 12 et 13) dans l’ouvrage.
Il explique que, suivant la valeur sémantique d’un mot, les accents vont varier et l’exemple qu’il donne est le suivant, je cite :
une flEUr blEUe garde deux accents dans l’ordre botanique ; la fleur blEUe n’en prend qu’un dans l’ordre du sentiment.
Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que veut dire l’auteur avec cet exemple ? L’accent est-il vraiment différent suivant la sémantique ?
Merci par avance pour vos réponses.
Je n’avais jamais envisagé ce cas de figure.
L’exemple cité est très pertinent :
Dans le premier cas, il s’agit d’une formule descriptive dans laquelle les deux termes ont une importance équivalente, et se prononcent donc de manière détachée.
Dans le 2e cas, il s’agit d’une formule affective. La fleur bleue est une chose ou une personne d’un sentimentalisme excessif. Les deux termes se prononcent comme un seul mot, l’accent tonique est porté par la dernière syllabe.
@Jean-Luc
Merci pour votre réponse. Je ne connaissais pas le 2ème sens (affectif) de cette expression.
C’est plus clair.
https://fr.wiktionary.org/wiki/fleur_bleueEt "Fleur bleue", c’est une célèbre chanson de Trenet ! 😉 https://www.youtube.com/watch?v=_9awKuF9WhA&t=3s
Et la "fleur bleue" est le symbole du romantisme allemand avec le roman de Novalis "Die Blaue Blume". Idéal inatteignable. Pas de connotation péjorative comme chez nous. [upl-image-preview url=https://www.zupimages.net//up/23/16/edhi.jpg]
Oui, c’est évoqué en préambule dans l’article du Wiktionnaire.
Et je pense que Trenet l’emploie, lui aussi, dans un esprit plus laudatif que péjoratif.
Les deux termes se prononcent comme un seul mot
Pour l’acception "sentimentale", je pense que tout l’explication tient à cela : l’expression est devenue une locution figée, la phonétique l’envisageant dès lors comme une seul mot.
Au-delà de ça, et parce que j’ai le défaut — le vice ? — de toujours chercher la perspective autre, je voudrais suggérer la chose suivante : si l’idée d’un accent variable selon des paramètres sémantiques est aisé à imaginer (tout comme en trouver des exemples), le placement de l’accent ne dépend-il pas de la subjectivité du locuteur ? S’il est admis que l’accent obéit à des règles dans la langue naturelle et/ou dans la normativité du français standard, il faudrait peut-être explorer le champ des possibles en ce qui concerne les variations induites par l’expression de la sensibilité du locuteur, souhaitant souligner tel ou tel mot, produire tel ou tel effet sonore ou poétique, etc.
Dans mon approche des phénomènes linguistiques, je suis évidemment très influencé par la poésie et la chanson.
Cette remarque est très juste. Il suffit d’envisager la situation dans laquelle on martèle un mot.