Il faut être fou pour écrire sur la poésie. La poésie se fait, elle ne s’explique pas.

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !Je suis en hypokhâgne et j’ai comme sujet d’entrainement à la dissertation cette citation d’Aragon : "Il faut être fou pour écrire sur la poésie. La poésie se fait, elle ne s’explique pas."J’ai quelques idées mais je peine à trouver des références littéraires et théoriques, auriez-vous des pistes à me donner ?Je vous remercie d’avance !

Bonsoir,Juste une petite idée ce soir mais c’est un sujet intéressant. Je jouerais un peu sur les mots (dans l’intro par exemple) puisque l’étymologie de poésie est bien "faire", ce que vous savez bien sûr.

Je crois que la citation est d’Éluard.

Elle exprime la difficulté de mettre des mots sur la poésie, une forme d’art qui dépasse souvent les limites de la raison et de la logique. La poésie est généralement considérée comme une forme d’expression qui ne peut être appréciée que par ceux qui la ressentent, et non pas analysée ou expliquée de manière rationnelle.

La poésie n’est pas initialement un genre, mais un mode d’expression. Il faut en revenir aux fonctions du langage de Jakobson. Au début, le langage est un moyen de communication. Il est d’abord utilitaire, orienté vers le partage d’informations Mais il recèle en lui une fonction poétique, sans doute embryonnaire au commencement. Cette fonction introduit la gratuité, les émotions, le jeu, le plaisir, tout ce qui milite en faveur d’une consommation immédiate. L’analyse risque de détruire le plaisir. Une fois le mécanisme de l’horloge démonté, il n’est pas sûr qu’il puisse être remonté.

Cependant, la poésie peut être analysée et interprétée. La poésie a quelque chose à voir avec l’artisanat. Il est donc légitime de chercher le tour de main. Bien des poètes se sont mis à l’école de leurs aînés. D’autres ont délibérément choisi de s’en écarter. L’activité poétique s’inscrit dans des modes. Toutes considérations qui militent en faveur d’un examen plus approfondi.

De plus, certaines formes de poésie, surtout contemporaines ou modernes, demandent plusieurs lectures pour être appréciées (voir Mallarmé, Rimbaud, les surréalistes…) 

Que faire aussi des arts poétiques pourtant produits par des poètes ?

La question de la forme a son importance. Ses détracteurs voient en elle un obstacle à l’inspiration, une entrave sclérosante à la liberté. Ses défenseurs sont des artisans polisseurs presque maniaques. Pour ma part je suis Jean Cocteau qui affirme : « Les poètes trouvent d’abord et ne cherchent qu’après. » Mais il leur faut chercher à purifier et condenser. Laisser libre cours au premier jet, c’est souvent de l’énurésie verbale. La forme est indispensable, c’est elle qui donne aux vers la pureté du cristal, elle impose des rythmes, de la musique. La rime n’est pas seulement phonique chez les grands poètes, elle est aussi sémantique. À la fin du vers, elle souligne les mots forts qui charpentent le poème. Les grands poèmes ne sont jamais le fruit de la facilité. Remarquons aussi que la forme – dans les origines qui étaient purement verbales – permet la mémorisation, la musicalité, l’accompagnement instrumental, l’enchantement des auditeurs. L’analyse stylistique des formes, comme en peinture ou en musique, permet de mieux apprécier le génie des créateurs, à condition toutefois que le texte procède d’une véritable inspiration.

Une seule remarque : le dérangé, c’est plutôt, traditionnellement, le poète, pas le critique (passim chez Platon, mais par exemple le début de l’Apologie, Ion, ou encore l’exégèse de Simonide dans le Protagoras, pour le rapport poète/exégèse ; on peut évidemment aussi songer à certains poètes du XIXe), et la citation inverse cette perspective.

> @""#p589903 Je crois que la citation est d'Éluard.Elle exprime la difficulté de mettre des mots sur la poésie, une forme d'art qui dépasse souvent les limites de la raison et de la logique. La poésie est généralement considérée comme une forme d'expression qui ne peut être appréciée que par ceux qui la ressentent, et non pas analysée ou expliquée de manière rationnelle.La poésie n’est pas initialement un genre, mais un mode d’expression. Il faut en revenir aux fonctions du langage de Jakobson. Au début, le langage est un moyen de communication. Il est d’abord utilitaire, orienté vers le partage d’informations Mais il recèle en lui une fonction poétique, sans doute embryonnaire au commencement. Cette fonction introduit la gratuité, les émotions, le jeu, le plaisir, tout ce qui milite en faveur d'une consommation immédiate. L'analyse risque de détruire le plaisir. Une fois le mécanisme de l'horloge démonté, il n'est pas sûr qu'il puisse être remonté.Cependant, la poésie peut être analysée et interprétée. La poésie a quelque chose à voir avec l'artisanat. Il est donc légitime de chercher le tour de main. Bien des poètes se sont mis à l'école de leurs aînés. D'autres ont délibérément choisi de s'en écarter. L'activité poétique s'inscrit dans des modes. Toutes considérations qui militent en faveur d'un examen plus approfondi.De plus, certaines formes de poésie, surtout contemporaines ou modernes, demandent plusieurs lectures pour être appréciées (voir Mallarmé, Rimbaud, les surréalistes…) Que faire aussi des arts poétiques pourtant produits par des poètes ?La question de la forme a son importance. Ses détracteurs voient en elle un obstacle à l’inspiration, une entrave sclérosante à la liberté. Ses défenseurs sont des artisans polisseurs presque maniaques. Pour ma part je suis Jean Cocteau qui affirme : « Les poètes trouvent d’abord et ne cherchent qu’après. » Mais il leur faut chercher à purifier et condenser. Laisser libre cours au premier jet, c’est souvent de l’énurésie verbale. La forme est indispensable, c’est elle qui donne aux vers la pureté du cristal, elle impose des rythmes, de la musique. La rime n’est pas seulement phonique chez les grands poètes, elle est aussi sémantique. À la fin du vers, elle souligne les mots forts qui charpentent le poème. Les grands poèmes ne sont jamais le fruit de la facilité. Remarquons aussi que la forme – dans les origines qui étaient purement verbales – permet la mémorisation, la musicalité, l’accompagnement instrumental, l’enchantement des auditeurs. L'analyse stylistique des formes, comme en peinture ou en musique, permet de mieux apprécier le génie des créateurs, à condition toutefois que le texte procède d'une véritable inspiration.Bonjour, merci beaucoup pour vos réponses et en particulier celle de Jean-Luc qui m’a beaucoup aidé.Par contre, j’ai pas bien saisi ce que vous avez dit quant aux fonctions du langage. Je n’ai pas bien compris le lien avec la citation.> @""#p590078 Une seule remarque : le dérangé, c'est plutôt, traditionnellement, le poète, pas le critique (passim chez Platon, mais par exemple le début de l'Apologie, Ion, ou encore l'exégèse de Simonide dans le Protagoras, pour le rapport poète/exégèse ; on peut évidemment aussi songer à certains poètes du XIXe), et la citation inverse cette perspective.J’ai aussi pensé à cela dinozor, en évoquant Nerval notamment, dont la folie se ressent dans l’écriture teintée d’irrationnel. Peut-être, s’il faut être fou pour écrire sur la poésie, c’est qu’il faut être fou pour bien comprendre les fous 😂

@balzachad

Concernant les fonctions du langage, il faut comprendre qu’au début le langage est une activité rationnelle. C’est un outil de cohésion dans le groupe. Dans un 2e temps, il peut côtoyer la "folie" lorsqu’il se livre à sa fonction poétique. Le langage devient alors incantation, jeu, gratuité formelle… C’est cet écart avec la rationalité pure qui constitue le fondement de la poésie.

Attention au hors-sujet : le libellé est "sur la poésie", et non "de la poésie".

Le sujet est intéressant, bien sûr. Mais que diraient les élèves de Première qui transpirent sur leurs commentaires rimbaldiens, hugoliens et autres, s’ils lisaient cette citation ? Ah, que de paradoxes dans l’enseignement du français ! 😉

@fandixhuit Je pense moi que cette citation leur ferait le plus grand bien, ainsi qu’à bon nombre de leurs professeurs !

L’enseignement du français tue la poésie, elle n’en finit plus de remuer sous les assauts de la dissection. Toute adhésion au discours poétique est désormais avortée. Il faut, pour l’enseignant, prendre des initiatives et des risques pour réhabiliter l’acte (donc le faire, la praxis) poétique, par des projets, productions artistiques, etc. soit des activités plus ouvertes et susceptibles d’éveiller la créativité et la liberté sensible contenues dans un bon nombre de jeunes âmes, qui bien souvent, ne demandent que ça…

Mais c’est ce que je croyais avoir sous-entendu ! Allons, ils "transpirent", ces élèves… Il me semblait avoir mis une note d’humour dans ces commentaires rimbaldiens et hugoliens…