Bonjour,
J’ai une question sur la définition d’un terme qui apparaît dans un ouvrage de Jean Mazaleyrat: Éléments de métrique française.
L’auteur parle dans le chapitre sur les césures et coupes du "e caduc prosodiquement compté" (page 151).
J’ai du mal à comprendre comment un e caduc (=muet) peut compter comme une syllabe…
Quelqu’un pourrait il me donner des exemples où le e caduc compte comme une syllabe ?
Merci par avance
Julien.
Bonsoir.
Un e caduc n’est pas forcément muet : on l’appelle aussi e instable; il peut être muet ou prononcé selon les cas.
Lettre e dont la prononciation est aléatoire, selon les règles phonétiques, prosodiques, métriques, l’accent du locuteur ou le registre de langue adopté.
Un exemple. Je mets les e caducs prononcés en gras, les e caducs muets entre parenthèses.
Ce siècl(e) avait deux ans ! Rom remplaçait Spart(e), (Hugo)
Rome, l’uniqu(e) objet de mon ressentiment !
Rom(e), à qui vient ton bras d’immoler mon amant !
Rome qui t’a vu naîtr(e), et que ton cœur ador(e) !
Rom(e) enfin que je hais parce qu’elle t’honor(e) !
Cette dernière tirade est restée gravée à jamais dans les esprits des anciens (voire très anciens) potaches ! Je l’entends régulièrement…
Bonsoir @Jehan
Merci pour votre réponse et la définition fournie. Il faut avouer que les différences et contradictions dans les définitions sont assez troublantes.
Par exemple, voici la définition de caduc de wiktionary :
6. (Linguistique) Muet.
Je m’en tiendrai à la définition que vous avez fournie.
Oh oui… j’ai des collègues plus âgés qui la déclament régulièrement ! Plus sérieusement, quelle est l’intérêt d’introduire cette notion de "e" caduc/instable si, finalement, elle ne recouvre rien d’autre de plus spécifique que ce qui est déjà connu ? Les linguistes (et d’autres disciplines) ont une fâcheuse tendance à réinventer l’eau froide en y mettant de grands mots qui n’apportent souvent… pas grand chose, sauf d’inutiles complications.
Plus sérieusement, quel est l’intérêt d’introduire cette notion de "e" caduc/instable si, finalement, elle ne recouvre rien d’autre de plus spécifique que ce qui est déjà connu ?L’intérêt, c’est de donner un qualificatif plus approprié.Le qualificatif muet est ambigu, si on l’applique à un e qui peut tantôt se prononcer, tantôt être vraiment muet. Caduc et instable sont plus rigoureux du point de vue du sens.Un arbre à feuilles caduques n’est pas toujours sans feuilles. Il en a, mais elles peuvent tomber.De même, un e caduc n’est pas forcément toujours muet. Mais il peut "tomber".et devenir muet.
En fait, j’ai fini par comprendre la définition ! Un "e" caduc/instable peut être ou muet ou prononcé MAIS cela ne veut pas dire qu’on a le choix. Ce dernier sera imposé par la structure du vers. C’est en fait très clair dans le "Rome" cornélien : parfois muet, parfois prononcé…. mais ce n’est pas "à l’envi".Cela m’amène à une autre interrogation : en pratique, tous les "e" en finales sont a priori caducs, non ?Et aussi : d’autres voyelles que le "e" peuvent-elles être caduques ?J’ai l’impression que l’on retrouve une notion un peu analogue en poésie latine quant à la longueur des voyelles. Certaines vont être obligatoirement longues pour des raisons X ou Y (et c’est bien grâce à cela qu’on arrive à scander), alors que d’autres vont être dites "indifférentes" (possibilité d’être longues ou courtes), ce qui ne signifie pas qu’on a le choix mais que ce choix sera imposé par leur environnement extrinsèque.
Un "e" caduc/instable peut être ou muet ou prononcé MAIS cela ne veut pas dire qu’on a le choix.En versification classique, non, pas le choix.Si ce fameux alexandrin dudulesque s’était voulu vraiment classique, il serait faux et compterait quatorze syllabes, les e caducs en gras devant classiquement se prononcer avant une consonne. On peut proposer, comme je l’ai fait, une variante classique à douze syllabes :Mais qui, certaine nuit, s’avéra philanthrope.En pratique, tous les "e" en finales sont a priori caducs, non ?Il est plus juste de dire : tous les e caducs en fin de vers sont muets. Parce qu’en fin de mot, à l’intérieur d’un vers classique, cela dépend de ce.qui suit :"Ce siècl(e) avait deux ans ! Rom remplaçait Spart(e)"… Oui, le e caduc final de "Sparte" en fin de vers est obligatoirement muet, mais celui de "Rome" en milieu de vers est prononcé, parce que suivi ici d’une consonne. Tandis que le e caduc final de "siècle", lui, est muet, puisque avant voyelle."Un petit cheval breton" comporte deux e caducs, ceux de "petit" et de "cheval", et un e qui n’est pas caduc et ne peut devenir muet : celui de "breton". Sans contrainte ou règle prosodique, on a le choix quant à la prononciation :"Un petit cheval breton" en 7 syllabes, ou "un p’tit cheval breton, un petit ch’val breton" en 6 syllabes, ou encore "un p’tit ch’val breton" en 5 syllabes seulement.Et aussi : d’autres voyelles que le "e" peuvent-elles être caduques ?Je ne pense pas. Certes, parfois, dans un registre familier, d’autres sons-voyelles peuvent devenir muets et s’élider (voilà -> v’là, tu as -> t’as, madame -> m’dame, etc…) mais là, lesdites voyelles ne restent pas écrites, et c’est beaucoup plus rare et anecdotique. Le e caduc est infiniment plus fréquent. .
Bonjour à tous
Cette explication clarifie bien la différence entre un e caduc et un e non caduc :
"Un petit cheval breton" comporte deux e caducs, ceux de "petit" et de "cheval", et un e qui n’est pas caduc et ne peut devenir muet : celui de Merci beaucoup @Jehan