Bonjour,
Que comprenez-vous de la partie en gras de l’extrait suivant :
Les traits évoqués sont une plaisanterie dite par le valet de chambre Victor, l’un des domestiques de la famille du narrateur, à laquelle réagit Françoise.
Merci d’avance.
20 réponses
Bonjour,
Que comprenez-vous de la partie en gras de l’extrait suivant :
Les traits évoqués sont une plaisanterie dite par le valet de chambre Victor, l’un des domestiques de la famille du narrateur, à laquelle réagit Françoise.
Merci d’avance.
Personnellement, je trouve la phrase mal construite à la fin, et je ne la comprends pas.
.Je suis du même avis ; il semble qu’il manque quelque chose, mais les différentes éditions en ligne semblent concorder sur cette version énigmatique.
Oui. Je n’ai pas pu vérifier dans la Pléiade. Je n’arrive pas à mettre la main sur le tome en question… Peut-être avec un ou avant le on, cela serait-il plus clair.
@azinwxon
Bonjour,
Je ne pense pas qu’il y ait un oubli ou une retranscription inexacte. La phrase demande réflexion comme souvent chez Proust.
Pour sa construction, "pour lesquels dans tous les mondes on se dépêche de faire toilette, on risque de prendre froid" aurait été plus compréhensible avec la ponctuation suivante "pour lesquels, / dans tous les mondes, / on se dépêche de faire toilette, on risque de prendre froid."
Quant au sens, Proust veut signifier que l’improbable trait d’esprit de Victor renvoie Françoise aux plaisirs mondains des cercles, plaisirs qui demandent des efforts, "faire toilette" (pour moi, non se laver, mais s’habiller), et une prise de risque (le rhume en sortant de son logis chauffé).
Oui, mais quel effort Françoise fait-elle, quel risque prend-elle en entendant la plaisanterie de Victor, qu’elle ne comprend d’ailleurs pas forcément ? N’est-ce pas là tout simplement un des petits plaisirs de la conversation mondaine ? Proust veut-il dire que Françoise est heureuse d’avoir autour d’elle, à moindres frais, des plaisirs comparables à ceux que la société se donne ailleurs au prix de plus d’efforts ?
Françoise ne fait pas d’effort, elle rattache simplement ce moment complice aux plaisirs des cercles mondains. Elle jouit sans doute de l’instant car elle sait que participer à ces sociétés demande (ou lui demandait) des efforts.
Nous sommes d’accord.
On passe du style indirect ("Elle savait que…") au style indirect libre ("On risque de…") ?
Vu la concordance des temps, on attendrait l’imparfait, c’est vrai, mais se rattache, se dépêche, risque sont au présent de vérité générale.Type d’ "entorse parfaitement logique", selon la grammaire Riegel, qui donne un exemple analogue : Elle pensait que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
Elle pensait que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
Voilà une phrase que je ne dirais pas. Elle n’est pas conforme à ce que j’ai appris au collège. J’aurais fait concorder les temps. J’aimais beaucoup mon vieux prof de français, qui m’a expliqué cette concordance, et je pense à lui encore aujourd’hui. Il est probablement mort depuis longtemps.
Ma présence ici m’a montré que l’enseignement de la grammaire au collège ou au lycée était bien maigre par rapport à la réalité de cette science. C’est comme pour les maths, seulement j’ai fait des maths après le bac mais pas de grammaire. Je manque d’expérience de ladite grammaire.
Puis-je dire
Elle pensait que toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire
sans être fautif ?
Yes, you can!
C’est compliqué, la concordance des temps en français. Il y a parfois quelques "entorses", lesquelles, si on exclut les erreurs patentes, relèvent plutôt de la nuance de sens à donner.
Jehan a très bien résumé la problématique dans son post précédent.
Puis-je dire
sans être fautif ?
Oui, bien sûr.
Malgré mon jugement assez sévère sur l’extrême lourdeur de Proust, considéré par certains comme l’un des deux plus grands écrivains français du XXe siècle, je ne vois pas où est la difficulté dans la phrase qui nous est soumise ; je me souviens d’ailleurs d’un fil sur ce forum où même les amateurs du grand Marcel citaient des extraits positivement incroyables qui, s’ils s’étaient trouvés sur une copie, auraient été descendus en flèche par tout professeur de français qui se respecte (mais qui ne connaîtrait pas Proust - bon, OK, cette hypothèse est absurde).
@azinwxon , en quelle classe cette pénible lecture est-elle imposée ce devoir est-il soumis ?
@freddy.lombard
Je ne dirais pas que Proust est lourd. Il écrit au fil de la pensée, emplie de méandres, repentirs, et autres extrapolations. Les segments de phrases se succèdent, si bien qu’une phrase = une page parfois. Mais il suit son idée et va jusqu’au bout. Dans ces années-là, ce style pouvait passer.
J’ai commencé Proust avec Un amour de Swann, accessible. Et j’ai continué avec Les Plaisirs et les jours (très chouette).
Je me souviens de cette discussion dont tu parles et que je ne retrouve pas, au sujet des nattes ou de la coiffure de Machine, que Proust comparait à des ???
Evidemment, si on compare avec l’écriture de Houellebecq ou d’Annie Ernaux…
Voici la discussion :> @""#p Bonjour à tous,
Je viens de me lancer dans la lecture de Du Côté de chez Swann de Marcel Proust.
Seuleument voilà, un premier obstacle se pose déjà à moi: il est possible que la finesse de Monsieur Proust m'échappe.
En effet, au début de la deuxième partie de Combray, le narrateur se rappelle de ses visites chez la tante Léonie qui ne duraient que peu de temps avant que celle-ci ne le congédie. C'est alors qu' "elle tendait à mes lèvres son triste front pâle et fade sur lequel, à cette heure matinale, elle n'avait pas encore arrangé ses faux cheveux, et où les vertèbres transparaissaient comme les pointes d'une couronne d'épines ou les grains d'un rosaire,…".
J'ai bien peur que ce qui a retenu André Gide alors lecteur à la NRF et qui l'a sensiblement interpellé n'évoque rien du tout pour moi. J'ai bien entendu fait quelques recherches et essayé de déployer mes quelques facultés d'analyse, RIEN.
Je vous remercie donc par avance de bien vouloir m'éclairer et ainsi satisfaire mon obstination qui m'empêche de poursuivre dans ma lecture tant son besoin de comprendre est grand.
Merci, Jehan ! Mon Dieu, ces "vertèbres" !
On pourrait fusionner les deux fils. 😁
Oui, @fandixhuit , évidemment, si on compare la qualité littéraire et la richesse du style avec la totalité plupart des auteurs contemporains, ces derniers n’ont aucune chance face à Proust. Je ne sais pas pourquoi je ressens cette « lourdeur », je me suis posé la question hier ; par exemple j’adore Balzac, lui qui aime bien aussi partir dans des circonvolutions et des diverticules pouvant paraître interminables… et bien j’ai trouvé un élément pour une possible explication : il y a beaucoup d’humour dans les descriptions de Balzac, et dans le peu que je connais de Proust je n’ai jamais trouvé de tels traits d’humour. Quant à Houellebecq, s’il m’arrive de regretter de l’avoir lu, c’était aussi pour un style dont la réputation me paraît aujourd’hui surfaite. Pour Annie Ernaux je me réserve le droit d’avoir un avis ultérieur ; suite à une discussion que nous avons eue ici, à l’occasion d’une sortie je suis tombé sur l’un de ses romans mais je n’ai eu le temps que d’en lire une petite centaine de pages ; malgré (ou grâce à ?) un à priori défavorable, je n’ai pas trouvé ça si mal. Je vais donc lire quelques uns de ses bouquins et on en reparle.
@freddy.lombard : Femme, vie, liberté (revuedesdeuxmondes.fr)
Annie Ernaux et son discours au Nobel qui cite… Proust ! 😎
Céline aussi mentionnait Proust… 😅
Merci pour le lien. Excellent article, mais je ne me fierai pas encore à un autre à priori, le jugement porté ici sur la femme et non sur la femme de lettres - s’il fallait s’arrêter à la nature des hommes, on aurait abandonné la lecture de bien de nos écrivains classiques. Je lirai un jour quelques-uns de ses ouvrages pour me faire une opinion. 😉