Le subjonctif dans un extrait de l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je dois travailler en grammaire sur les subjonctifs, dans la partie que j’ai mise en gras, j’ai relevé "fust" et "eust" comme imparfaits du subjonctif.

Je ne parviens pas à identifier la subordonnée dans laquelle les deux verbes se trouvent. J’aurais tendance à dire que "fust" se trouve dans une proposition subordonnée circonstancielle causale introduite par la conjonction "comme". Dans ce cas, quelle est la proposition principale (la phrase est TRES longue…)

Ou alors "comme ainsi fust" est une locution à elle même ?

Pour ’eust’, même problème je n’arrive pas à identifier le type de subordonnée.

Pouvez-vous m’aidez s’il-vous-plaît ?

Merci.

"Pour doncques poursuyvre la narration des extremes dangers, d’où Dieu nous delivra sur mer à nostre retour, comme ainsi fust qu’il y eust querelle entre nostre Contre-maistre et nostre Pilote (à cause de quoy et par despit l’un de l’autre ils ne faisoyent pas leur devoir en leur charge) ainsi que le vingtsixiesme de Mars ledit Pilote faisant son quart, c’est à dire, conduisant trois heures, faisoit tenir toutes voiles hautes et desployées, ne s’estant point pris garde d’un grain, c’est à dire, tourbillon de vent qui se preparoit, il le laissa venir donner et frapper de telle impetuosité dans les voiles (lesquelles auparavant selon son devoir, il devoit faire abbaisser) que renversant le navire plus que sur le costé, jusques à faire plonger les hunes et bouts des mats d’en haut, voire renverser en mer les cables, cages d’oiseaux, et toutes autres hardes qui n’estoyent pas bien amarées, lesquelles furent perdues, peu s’en fallut que nous ne fussions virez ce dessus dessous."

@dragondeseaux

Bonjour,

Comme introduit une subordonnée causale, la principale est "peu s’en fallut [que nous ne fussions virez ce dessus dessous]."

Pour moi, le seul subjonctif de l’extrait est "fussions virez".

Merci pour votre réponse,

Je me pose la question pour "fust" et "eust". A première vue, on pourrait penser à un passé simple, mais la présence du "s" qui donne l’accent circonflexe en français moderne me fait pencher pour le subjonctif.

Je me trompe peut-être !

Bonjour.Je ne vois pas de subjonctifs dans la partie en gras, mais deux passés simples :comme ainsi fust qu’il y eust querelle = comme ainsi fut qu’il y eut querelle (comme il se trouva qu’une querelle se déclara )Le seul subjonctif de l’extrait : peu s’en fallut que nous ne fussions virez ce dessus dessous.

Merci Jehan,

Mais dans ce cas pourquoi y a-t-il un "s" à "eust" et "fust" ?

L’orthographe n’était pas encore bien fixée, je pense…

A mon sens également, ce sont bien deux "passé simple".

Pour le "s" : peut-être encore une "incohérence" de notre langue quant au passé simple ;-) On met actuellement un circonflexe à la première et à la deuxième personne du pluriel… mais pas aux autres ;-) Ca ne colle même pas vraiment avec l’immédiate étymologie latine.

Ce sont des passés simples, comme l’a précisé Jehan.

Comme tu n’as pas pu manqué de le remarquer, il s’agit ici d’un texte du seizième siècle, et l’orthographe tout comme la syntaxe diffèrent de celles du français actuel.

Il s’agit du récit des différentes difficultés du retour du voyage du Brésil de Jean de Lévy..

Ainsi, en français d’aujourd’hui, je verrais bien quelque chose de ce style :

Donc, pour poursuivre le récit des extrêmes dangers dont Dieu nous délivra sur mer à notre retour,  il se produisit, entre autres choses, une dispute entre notre contremaître et notre pilote qui fut cause qu’ils ne remplissaient plus les devoirs de leur charge. Par exemple, le vingt-six mars le pilote faisant son quart maintint toutes les voiles hautes et déployées ; sans s’aviser d’un grain, c’est-à-dire d’un tourbillon de vent qui se préparait, il le laissa venir frapper avec une telle impétuosité les voiles (qu’il aurait dû faire abaisser), que le navire ayant été renversé…il s’en fallut de peu que nous ne fussions virés sens dessus dessous = que nous ne fissions naufrage

Effectivement un seul subjonctif imparfait à la fin, marquant l’éventualité.

Je crois que l’extrait initialement posté était plus long et comportait d’autres subjonctifs. Mais cela ne change pas la réponse !

https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_d%E2%80%99un_voyage_faict_en_la_terre_du_Br%C3%A9sil/21

Pour ma part, dans l’extrait posté à 15 h 01, je ne vois toujours qu’un subjonctif. (?)

Moi aussi… Et l’extrait posté n’a jamais varié de longueur.

D’accord, merci beaucoup !En effet, je n’ai posté qu’un bout de mon extrait à traiter car il y avait de nombreux subjectifs, j’ai deux autres petits morceaux auxquels j’aimerais bien avoir une confirmation s’il-vous-plaît (là où j’ai mis les quatre puces). Merci beaucoup !"Ainsi retournant à mon propos, [apres que le vent du Surouest nous eust poussé et tiré de ces grandes chaleurs, [au milieu desquelles nous fussions plustost rostis qu’en purgatoire.]]  : avançans au deçà, nous commençasmes à revoir nostre Pole Arctique,"… "eust poussé" et "eust tiré" = pousser, tirer, pqp du subjonctif, P3, voie active, dans une proposition subordonnée circonstancielle de temps introduite par la locution conjonctive "après que". "fussions rostis" = rôtir, imparfait du subj, P4, voie passive, dans une proposition sub relative, qui complète "ces grandes chaleurs" et qui a donc pour fonction……. ?et un autre morceau :"Cependant [tant s’en fallut que les deux qui avoyent esté cause du mal fussent pour cela prests à se reconcilier], comme ils en furent priez à l’instant, qu’au contraire si tost que le peril fut passé, leur action de graces fut de s’empoigner et battre de telle sorte, que nous pensions [qu’ils se deussent tuer l’un l’autre.]"fussent" = être, subjonctif imparfait, P6, voie active, dans une proposition subordonnée complétive,  introduite par la conjonction de subordination «que», et COD du verbe «falloir» dans la proposition principale «tant s’en fallut». "deussent (tuer?)"  subjonctif imparfait à la P6, au masculin, à la voie active, dans la proposition subordonnée complétive, COD du verbe «pensions» dans la principale "nous pensions"

apres que le vent du Surouest nous eust poussé et tiré de ces grandes chaleurs,Non, passé antérieur : après que est suivi de l’indicatif.au milieu desquelles nous fussions plustost rostis qu’en purgatoire.]Cette relative est complément de l’antécédent "chaleurs".

"Ainsi retournant à mon propos, [apres que le vent du Surouest nous eust poussé et tiré de ces grandes chaleurs, [au milieu desquelles nous fussions plustost rostis qu’en purgatoire.]] : avançans au deçà, nous commençasmes à revoir nostre Pole Arctique,"…D’accord avec @Jehan : "eust poussé et tiré" est bien un passé antérieur, indicatif. Le "fussions rostis", c’est plus compliqué. C’est bien P4, voix passive. Techniquement, c’est un imparfait du subjonctif mais qui ici trouve un sens actuel de conditionnel passé ("nous aurions été"). Le "fussent" suivant est un imparfait du subjonctif, à valeur de conditionnel ? Sans contexte complet, c’est difficile."se deussent" : subjonctif imparfait, à valeur de conditionnel (eussent dû, auraient dû ?)Je vais parler sous le contrôle de @Laoshi et de @Jehan : vous avez ici un bon exemple (et plutôt pas facile) d’un plutôt grand respect de concordance des temps et modes très calquée sur le latin. Mais cette syntaxe et ces concordances commence sinon à "vieillir" du moins à s’assoup(l)ir ;-)Je crois que le texte est d’environ 1578 pour la première édition ?

Bonjour!

Il s’agit ici de la deuxième édition du texte de Léry datant de 1580. Je vous remercie vivement d’avoir confirmé.

Sommes-nous bien d’accord, par ailleurs, pour dire que "que nous pensions" est bien un imparfait et non un subjonctif présent, puisque je crois que la graphie est la même pour les deux temps ?

"qu’au contraire si tost que le peril fut passé, leur action de graces fut de s’empoigner et battre de telle sorte, que nous pensions [qu’ils se deussent tuer l’un l’autre.]

Bonjour à tous,

Franchement, Dudule, notre contrôle, du moins le mien, n’est pas nécessaire, et tu parles d’or …en général.😉. Il s’agit effectivement d’un texte du XVIème siècle, à la syntaxe complexe avec ses subordonnées enchevêtrées et un emploi des temps auquel nous ne sommes plus accoutumés.

Je me demande la finalité de l’exercice et dans quel cadre il est donné (analyse de la structure grammaticale ?), mais notre demandeur semble quelque peu dérouté, comme il est naturel.

Pour le découpage du dernier passage, je propose :

Cependant [tant s’en fallut que* les deux] [qui avoyent esté cause du mal] fussent pour cela prests à se reconcilier], [comme ils en furent priez à l’instant] [ qu’ au contraire [si tost que le peril fut passé,] [leur action de graces fut de s’empoigner et battre de telle sorte ] [que nous pensions] [qu’ils se deussent tuer l’un l’autre.]

-*Vérifier l’historique de cette locution, et ses variantes. Toujours suivie du subjonctif, elle apparaît déjà dans le premier extrait proposé. Toutes les difficultés proviennent de son emploi.

Pour le relevé des propositions, personnellement, j’en vois sept je propose :

-Tant s’en fallut que les deux …fussent prêts à se réconcilier (concession ?)

-qui avaient été causé du mal (relative, plus que parfait indicatif)

-comme ils en furent priés à l’instant (temporelle)

-qu’au contraire leur action de grâce fut de s’empoigner et de se battre.

-sitôt que le péril fut passé (temporelle)

-de telle sorte que nous pensions (consécutive, imparfait de l’indicatif)

-Qu’ils se dussent tuer l’un l’autre.(complétive), le subjonctif imparfait s’explique par le caractère hypothétique de ce que pensent les spectateurs.

Je manque de temps pour approfondir. Désolée.

Bon courage !

Merci beaucoup pour ce découpage détaillé du texte !

En effet, je dois faire une analyse grammaticale des subjonctifs dans le texte, ce qui n’est pas une mince affaire chez Léry :)

Seulement des subjonctifs ou bien de la structure de la phrase ?

Et une fois que le subjonctif est trouvé, ce qui, finalement, n’est pas le plus difficile, dois-tu justifier son emploi ou seulement le relever ?

La consigne était : "étudier les subjonctifs" et nous n’avons pas eu d’autres informations. Mais je suppose qu’il faut en effet justifier son emploi !

Oui, je pense effectivement que la partie la plus intéressante n’est pas de les repérer (quoique… dans ce texte… cela constitue une part importante de l’exercice), mais aussi d’en commenter l’usage et les différents sens (volitif, concessif, hypothétique, etc… irréels présents, passé, futur …) à leur donner et aussi d’en justifier l’usage selon qu’on est en style direct, indirect, voire indirect libre."qu’au contraire si tost que le peril fut passé, leur action de graces fut de s’empoigner et battre de telle sorte, que nous pensions [qu’ils se deussent tuer l’un l’autre.]En fait, je n’ai pas de doute ici sur le fait que "deussent" est bien un imparfait du subjonctif. Mais, finalement, je ne suis pas certain du sens (je ne suis pas non plus spécialiste !) : le sens ne serait-il pas simplement "qu’ils allaient se tuer" ou même plutôt "qu’ils risquaient de se tuer" (ou "à tel point qu’ils auraient pu se tuer" ?). On est ici de toute façon dans l’hypothétique du locuteur/spectateur, comme le souligne @Laoshi Finalement, c’est intéressant, cet "exercice" ;-) Tant intrinsèquement au sens d’analyse grammaticale, mais plus encore si on devait le prendre comme exercice de thème vers une langue contemporaine (ou ancienne, d’ailleurs !), exercice pour lequel une complète analyse/compréhension est nécessaire.