Gautier, préface de Mademoiselle de Maupin

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

D’après vous, contre qui Gautier écrit-il ? Je pense qu’il écrit contre les politiques et contre les bourgeois de l’époque.

Bon… il a une dent également contre les critiques, mais je doute que cet extrait se focalise vraiment dessus.

Merci pour vos avis :-)

Bonne journée à tous !

Il y a deux sortes d’utilité, et le sens de ce vocable n’est jamais que relatif. Ce qui est utile pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Vous êtes savetier, je suis poëte. — Il est utile pour moi que mon premier vers rime avec mon second. — Un dictionnaire de rimes m’est d’une grande utilité ; vous n’en avez que faire pour carreler une vieille paire de bottes, et il est juste de dire qu’un tranchet ne me servirait pas à grand’chose pour faire une ode. — Après cela, vous objecterez qu’un savetier est bien au-dessus d’un poëte, et que l’on se passe mieux de l’un que de l’autre. Sans prétendre rabaisser l’illustre profession de savetier, que j’honore à l’égal de la profession de monarque constitutionnel, j’avouerai humblement que j’aimerais mieux avoir mon soulier décousu que mon vers mal rimé, et que je me passerais plus volontiers de bottes que de poëmes. Ne sortant presque jamais et marchant plus habilement par la tête que par les pieds, j’use moins de chaussures qu’un républicain vertueux qui ne fait que courir d’un ministère à l’autre pour se faire jeter quelque place. Je sais qu’il y en a qui préfèrent les moulins aux églises, et le pain du corps à celui de l’âme. À ceux-là, je n’ai rien à leur dire. Ils méritent d’être économistes dans ce monde, et aussi dans l’autre. Y a-t-il quelque chose d’absolument utile sur cette terre et dans cette vie où nous sommes ? D’abord, il est très peu utile que nous soyons sur terre et que nous vivions. Je défie le plus savant de la bande de dire à quoi nous servons, si ce n’est à ne pas nous abonner au Constitutionnel ni à aucune espèce de journal quelconque. Ensuite, l’utilité de notre existence admise a priori, quelles sont les choses réellement utiles pour la soutenir ? De la soupe et un morceau de viande deux fois par jour, c’est tout ce qu’il faut pour se remplir le ventre, dans la stricte acception du mot. L’homme, à qui un cercueil de deux pieds de large sur six de long suffit et au delà après sa mort, n’a pas besoin dans sa vie de beaucoup plus de place. Un cube creux de sept à huit pieds dans tous les sens, avec un trou pour respirer, une seule alvéole de la ruche, il n’en faut pas plus pour le loger et empêcher qu’il ne lui pleuve sur le dos. Une couverture, roulée convenablement autour du corps, le défendra aussi bien et mieux contre le froid que le frac de Staub le plus élégant et le mieux coupé. Avec cela, il pourra subsister à la lettre. On dit bien qu’on peut vivre avec 25 sous par jour ; mais s’empêcher de mourir, ce n’est pas vivre ; et je ne vois pas en quoi une ville organisée utilitairement serait plus agréable à habiter que le Père-la-Chaise. Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie. — On supprimerait les fleurs, le monde n’en souffrirait pas matériellement ; qui voudrait cependant qu’il n’y eût plus de fleurs ? Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu’aux roses, et je crois qu’il n’y a qu’un utilitaire au monde capable d’arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux. À quoi sert la beauté des femmes ? Pourvu qu’une femme soit médicalement bien conformée, en état de faire des enfants, elle sera toujours assez bonne pour des économistes. À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ? Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. Moi, n’en déplaise à ces messieurs, je suis de ceux pour qui le superflu est le nécessaire, — et j’aime mieux les choses et les gens en raison inverse des services qu’ils me rendent

@soso587

Gautier n’a pas de cible particulière. En bon romantique et partisan de "l’art pour l’art" , il abhorre le positivisme bourgeois matérialiste jusqu’à l’écoeurement. C’est un texte polémique appartenant au registre satirique.

Bonjour Jean-LucCe que j’avais relevé n’est pas bon alors… monarque, économiste, ministère. C’est bien pour ça que je parlais de politique. Ca aurait été dans le sens du Parnasse non ?Je savais qu’il était contre la bourgeoisie, mais ce texte ne le montre pas beaucoup. A moins que je ne comprenne pas tout… c’est fort possible.

@soso587

Ce qu’il faut comprendre c’est que Gautier développe un aphorisme attribué à Malherbe : « Un poète n’est pas plus utile à la société qu’un bon joueur de quilles », Il se situe dans le camp de la gratuité, seule capable d’atteindre la beauté. Il dénonce paradoxalement l’utilité sous ses diverses formes au nom d’un superflu nécessaire. Indirectement, il se situe dans le courant issu du Qohelet : "Vanité, tout est vanité". L’essentiel n’est pas dans la possession des biens terrestres.

Je te remercie Jean-Luc pour tes remarques sur le texte de Gautier :-)Je n’avais pas vu cet aspect. Il est bien dirigé contre la bourgeoisie alors.Décidément, j’ai des progrès à faire sur la compréhension des textes…

@soso587

Mais tu as pour toi l’humilité de demander de l’aide. La préface de Mademoiselle de Maupin est un plaidoyer en faveur de "l’art pour l’art" dont Gautier a été le champion.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Art_pour_l%27art?oldformat=trud.com/fr/L%27Art_pour_l%27art

Retiens le terme d’autotélisme. Baudelaire a aussi défendu le concept dans L’Art romantique : "Il est une autre hérésie… une erreur qui a la vie plus dure, je veux parler de l’ hérésie de l’enseignement , laquelle comprend comme corollaires inévitables, les hérésies de la  passion , de la  vérité  et de la  morale . Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu’elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les mœurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d’utile"

Oui, tu as tout à fait raison sur le fait que les gens, pour la plupart, attendent d’une poésie qu’elle nous enseigne et qu’elle apporte un message. La beauté de la poésie est pour moi assez vaste… qu’elle apporte ou pas un message.

Bonne journée Jean-Luc :-)