La question du bonheur chez les Lumières et les Romantiques

Littérature

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Les romantiques sont illuminés, ils libèrent leurs émotions les plus vives, et leur intuition et autres instincts, ils s’enfoncent dans la dépression, ils se perdent dans la rêverie, et ils sont contre la civilisation moderne.

Mais ils écrivent des poèmes d’une extrême complexité et minutie, sans parler de leur mode de vie qui était pas franchement celui d’un Diogène.

Il y a que moi que ça choque cette contradiction ?

Je suis en train de me demander si les romantiques du XIXème sont pas le pôle sombre, pessimiste, et les hippies le pôle coloré, optimiste, d’un même mode de pensée.D’ailleurs, l’autrice dans cette article (Spina, 2020) fait aussi un rapprochement similaire. Selon l’article, on serait dans un retour au pôle sombre :Certes, parler d’amour avec un grand A, de la légitimation de spiritualités perdues, de sens du commun, peut paraître une dérive nostalgique new age nourrie de l’héritage de parents hippies et de l’effet de mode actuel qui a réussi à labelliser de « cool » non seulement les sorcières mais aussi l’astrologie, les elfes et inventions ésotériques en tous genres. Mais nous ne vivons pas à l’époque du boom économique des années 1970, le peace & love est teinté d’un instinct de survie urgent. Si nous vivons dans un monde où « tout peut s’effondrer » et les théories du collapse abondent, il est légitime de parler de dark new age. Et il serait encore plus légitime de se demander comment s’aimer quand tout porte à croire que nous assistons à la fin du monde ? Rérérences complètes : Costanza Spina, "Nous sommes à l’aube d’une révolution romantique intersectionnelle" [Cet article est paru dans Censored n°4 « Chrysalide » (septembre 2020).] https://manifesto-21.com/nous-sommes-a-laube-dune-revolution-romantique-intersectionnelle/ (Publication sur le site "Manifesto.XXI", 14 octobre 2020)

ils s’enfoncent dans la dépression, ils se perdent dans la rêverie, et ils sont contre la civilisation moderne.Mais ils écrivent des poèmes d’une extrême complexité et minutie, sans parler de leur mode de vie qui était pas franchement celui d’un Diogène.Il faut lire Musset expliquant le mal du siècle.Bien sûr, les Romantiques sont en général issus de la classe privilégiée, ils se regardent le nombril et n’ayant pus aucune cause pour laquelle s’enthousiasmer, ils s’ennuient et cultivent leur mal-être.Il n’y a pas de contradiction. C’est un fait, bien expliqué par Chateaubriand et Musset, qui ne vivaient pas dans un tonneau

@Laoshi Merci.

La plupart des romantiques sont des rentiers ?

Vigny, Lamartine (homme politique), Hugo (homme politique), Musset et d’autres ont des sous.

Baudelaire (encore un romantique + symboliste) est dans la dèche.

Où l’on voit qu’il est facile de "romantiser" avec une escarcelle bien pleine… 😉

@fandixhuit Mais d’où vient leur argent ? C’est des héritages ?

Il sont nobles pour la plupart.

Et j’ai oublié Chateaubriand, qui ouvre le siècle, vicomte, ambassadeur, etc.

Nous parlions à un moment de la littérature allemande. Goethe, un grand romantique dans sa jeunesse, abandonna peu à peu ses idéaux, se tourna vers le classicisme (le classicisme allemand n’a rien à voir avec le nôtre) et fut ministre du duc de Weimar.

Donc…

@fandixhuit(Si on ne poke pas la personne, la personne reçoit quand même une notification ?)Il sont nobles pour la plupart.Donc gros héritages ? Ou au minimum, plusieurs titres de propriété ?Nous parlions à un moment de la littérature allemande. Goethe, un grand romantique dans sa jeunesse, abandonna peu à peu ses idéaux, se tourna vers le classicisme (le classicisme allemand n’a rien à voir avec le nôtre) et fut ministre du duc de Weimar.Donc…Donc quoi ?

1/ Oui.

2/ Oui.

3/ Donc, on peut bien avoir l’esprit tournée vers le romantisme mais ne pas se détourner des intérêts matériels.

@fandixhuit Merci de tes réponses.

De rien @Fleuve ! La curiosité est une grande qualité ! 😉

Je pose ma question différemment :

(1) Est-ce que les philosophes des Lumières (françaises et anglaises) étaient hédonistes/épicuristes ?

(2) Est-ce que les romantiques (français, allemands, anglais) du XIXème étaient hédonistes/épicuristes ?

Définition Wikipédia de Hédonisme : L’hédonisme est une doctrine philosophique attribuée à Aristippe de Cyrène selon laquelle la recherche de plaisirs et l’évitement de souffrances constituent le but de l’existence humaine.

Définition Wikipédia de Épicurisme : L’épicurisme est un courant issu de la philosophie antique ayant pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ».

Pour (1), je sais que Voltaire était hédoniste, et que Diderot était épicuriste.

On dit "épicurien", et non "épicuriste"…😉

@Jehan Merci, sûrement un anglicisme de ma part, désolé.

"épicuristes" semble néanmoins accepté :

https://www.google.com/search?q=%22%C3%A9picuristes%22

En plus ça permet de distinguer avec l’acception incorrecte de "épicurien" (qui a fini par vouloir dire "débauché")

Au temps pour moi…

@Jean-Luc "Cependant certains philosophes, comme Diderot (à la suite de Montaigne), militent parfois pour un retour paradoxal à la nature (dans certains domaines) voir le Supplément au voyage de Bougainville. Ils contribuent au mythe du "bon sauvage"."Il était pas un peu romantique sur les bords Diderot ?Peut-être moins que Rousseau, mais quand même

@Fleuve

Diderot est un rationaliste. Dans le Supplément, il se montre simplement opportuniste. À la suite de Montaigne, il veut dénoncer l’impérialisme colonial et la rigueur morale ainsi que l’hypocrisie de l’Église.

Si l’on veut absolument chercher des linéaments romantiques, c’est dans le Rêve de d’Alembert qu’il faut chercher ou dans les Salons.

@Jean-Luc Pourquoi opportuniste ?"il veut dénoncer l’impérialisme colonial et la rigueur morale ainsi que l’hypocrisie de l’Église"Il dénonce aussi la société moderne (= abondance matérielle + avancées scientifiques/philosophiques) _"Lorsqu’on t’a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t’es récrié, tu t’es vengé", "Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ?"_"Laisse nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumières."C’est pour cela que je le trouvais romantique, à idéaliser la société pré-moderne.Merci

Bonjour,

Dans le chapitre 5 "L’utilitarisme et la naissance des sciences sociales" de Alain Caillé (co-fondateur du mouvement Mouvement Anti-utilitariste dans les sciences sociales, et directeur de la revue du même nom), j'ai trouvé l'affirmation que les Lumières était globalement un mouvement utilitariste.

En quel sens la doctrine utilitariste peut-elle être réputée en affinité élective avec l’air du temps qui se forme alors ? Et quelle doctrine utilitariste ? Il existe à la fin du xviiie et au début du xixe siècle un esprit utilitariste doctrinaire, largement répandu dans les milieux intellectuels, qui condense les Lumières et dans lequel économie politique et sociologie naissante vont abondamment puiser. Presque tout le monde professe alors que le seul objectif que les hommes puissent s’assigner est celui de la quête du bonheur, individuel ou collectif, que celui-ci est en principe mesurable, qu’il est donc possible de déterminer scientifiquement les conditions du bonheur des hommes, de fonder enfin une politique rationnelle, et que dès lors doit s’ouvrir, avec le triomphe de la Raison, une période de progrès matériels, intellectuels et moraux à peu près infinis. Cette doctrine, presque universellement partagée, n’appartient pas en propre à Bentham. Ce dernier, qui est un penseur d’une bien plus grande envergure qu’on ne le croit habituellement, donne néanmoins à ces idées une force et une systématicité telles qu’il en viendra à jouer un rôle de catalyseur très important, et trop méconnu, dans la naissance des sciences sociales.

Je ne vois pas bien néanmoins ce qu'il entend par "Cette doctrine, presque universellement partagée", si c'est par "tout les intellectuels européens à ce moment-là", ou si c'est "dans le monde entier" (affirmation que je trouverais étonnante).

Références :

CAILLÉ, Alain. Chapitre V L’utilitarisme et la naissance des sciences sociales In : La sociologie malgré tout [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2015 (généré le 24 septembre 2023). Disponible sur Internet : https://books.openedition.org/pupo/6948. ISBN : 9791036547461. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pupo.6948.

@fandixhuit J'ai trouvé ce passage dans Wikipédia (article Eudémonisme) :

Le spinozisme est un eudémonisme qui place le bonheur, selon une interprétation traditionnelle, dans la joie de comprendre la nature, l'amour de soi et du monde et la puissance de la raison qui permet de vivre libre des passions. Pour d'autres, le bonheur par la joie visé par Spinoza ne peut être qu'une joie en acte, c'est-à-dire une joie dans tous les actes concrets de la vie, et selon sa modalité psychique comme corporelle10.