La question du bonheur chez les Lumières et les Romantiques

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Il me semble que les Lumières (françaises et anglaises) croyaient que (1) le bonheur existe (2) il doit être poursuivi (3) la science et la technique sont le moyen d’y parvenir.

Qu’en est-il du romantisme vis-à-vis du bonheur (notamment sur les points (1), (2), et (3)) ?

Peut-on considérer le bonheur comme un point de divergence important entre les Lumières et les romantiques ?

@Fleuve

Difficile de généraliser. Dans la littérature française on pourrait schématiser ainsi :

pour les philosophes des Lumières, le bonheur se construit par l’usage de la raison, il appartient à la culture, voir "le mondain" de Voltaire. Cependant certains philosophes, comme Diderot (à la suite de Montaigne), militent parfois pour un retour paradoxal à la nature (dans certains domaines) voir le Supplément au voyage de Bougainville. Ils contribuent au mythe du "bon sauvage".pour les romantiques, le bonheur doit être absolu, on le trouve dans les sentiments, mais la fatalité, le rejet social le rendent inaccessible. Il existe une tendance masochiste chez eux. Le bonheur se trouve dans la passion. Or la passion fait souffrir. De plus être passionné et idéaliste n’autorise aucun renoncement sous peine de rendre la personne ordinaire voire méprisable.

@Jean-Luc Merci de votre belle réponse.

"il appartient à la culture", "culture" dans le sens donc de "La civilisation étant considérée comme un idéal dynamique, comme un mouvement universel vers une certaine perfection, comme une force de développement matériel, intellectuel, social" (--> "Civilisation", P. Méton.).

Absolu dans le sens "Qui n’admet aucune limitation dans son exercice ou ses manifestations." ?

Cela me laisse penser qu’au final la définition du bonheur chez les Lumières et les romantiques est foncièrement différente…

En effet, les Lumières sont adeptes de la mesure quand les romantiques cherchent la démesure. Le bonheur pour les philosophes doit rester à portée de main quand les auteurs du début du XIXe siècle le situent à des années-lumière. D’ailleurs, finalement, ces derniers s’en méfient tant ils ont peur de s’embourgeoiser.

J’ajoute que pour les Romantiques, le bonheur est un droit naturel, ce qui fait de tout malheur une forme d’injustice.

@Jean-Luc et @Lucid_Lynx Merci beaucoup

Qu’en est-il est des mouvements qui s’inscrivent dans la continuité des Lumières et dans le continuités des romantiques ? Ont-ils gardé la définition du bonheur propre au mouvement dont ils s’inscrivent comme héritiers ?

Ou pour poser la question de façon plus ouverte, est-ce que ces visions du bonheur ont influencés d’autres mouvements (donc sans avoir à montrer que ceux-ci sont héritiers du romantisme ou des Lumières) par la suite ?

Par exemple, je pense qu’il serait possible d’argumenter que les hippies ont la même définition du bonheur (décrite par @Jean-Luc ) que les romantiques du XIXème.

Mais quid des surréalistes français, ou des auteurs de la beat generation. Par exemple ?

Quid des autres mouvements au XIXème et XXème siècle (e.g. existentialisme, libéralisme, réalisme)

@Jean-Luc

D’ailleurs, finalement, ces derniers s’en méfient tant ils ont peur de s’embourgeoiser.

Ça me fait encore penser à Nietzsche.

Quand vous dites "ces derniers", serait-il possible d’indiquer à quels auteurs vous pensez en particulier ?

@Fleuve

Comme évoqué dans une autre discussion, les fils conducteurs restent le matérialisme et le spiritualisme. La conception du bonheur qui en découle est fortement marquée par ces origines. Mais il est difficile de vouloir rattacher la recherche réelle du bonheur (auquel tout homme aspire) à une intellectualisation de cette quête. Je prends l’exemple de Flaubert, écrivain réaliste reconnu, qui n’a jamais totalement renoncé à ses aspirations romantiques. Sa recherche du bonheur semble avoir été un échec dans sa vie réelle, il paraît s’être comporté comme un petit bourgeois en ce domaine. Seules ses oeuvres lui ont permis d’exprimer sa sacralisation de l’art. Quant aux hippies, ils ont sans doute hérité d’une part du romantisme dans leur révolte contre l’ordre bourgeois et leur volonté de retour à la nature, mais ils ont perdu en revanche ce sens des responsabilités qu’on retrouve chez Hugo, Vigny, Musset, Gautier… Leur conception du bonheur reste assez horizontale, sauf chez ceux qui ont peu à peu viré au "new age". Du moins c’est ce qu’il me semble.

@Jean-Luc Merci pour votre dernière réponse, c’est très clair et exhaustif, donc je n’ai pas tellement de commentaire.Pardon, mais qui précisément "s’en [= du bonheur] méfient tant ils ont peur de s’embourgeoiser." ?

Je pense à ces romantiques frénétiques, à Vigny, à Gautier, à la deuxième génération dans le dandysme, Baudelaire, Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam, Bloy… Le décadentiste converti Huysmans… Aux zutiques, à Cros, Laforgue, à Nouveau… Mais il est difficile de percevoir, sinon la sincérité, du moins l’accord véritable entre l’œuvre et les nécessités de la vie.

@Jean-Luc Merci !!

Serait-il possible d’indiquer des textes en particulier sur le bonheur écrits par les philosophes des Lumières françaises (Voltaire, Diderot, etc.) et/ou anglaises/écossaises (Locke, Hume, etc.) ?

C’est facile 😁Il y a plusieurs écrits sur le bonheur par des philosophes français des Lumières, notamment :Le Bonheur, ou L’art de rendre les hommes heureux par l’Abbé de Saint-PierreL’Essai sur l’origine des langues ou Le Contrat social de Jean-Jacques RousseauDe l’esprit des lois de MontesquieuL’Encyclopédie de Diderot et d’AlembertCandide ou l’Optimisme de VoltaireEt pour les philosophes anglais ou écossais :An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations de Adam SmithA Treatise of Human Nature ou An Enquiry Concerning the Principles of Morals de David HumeAn Essay Concerning Human Understanding de John LockeTwo Treatises of Government de John LockeAn Enquiry Concerning the Principles of Political Justice de William GodwinCes écrits ont tous été influencés par les idées des Lumières, notamment l’importance de la raison et de la liberté individuelle, ainsi que l’idée que l’homme peut être heureux grâce à une société organisée de manière juste et équitable. Ils ont tous contribué de manière significative à la pensée philosophique de l’époque des Lumières.Tu as de quoi lire. Bonne journée et bonne semaine.

@Hippocampe Merci beaucoup !

Ça n’a pas été trop dur…

Ma réponse était-elle pertinente ?

@Hippocampe Oui !

Si tu as des textes plus courts (du style "Le mondain" de Voltaire) aussi, je suis preneur 😂 (si ça existe bien entendu)

Des textes courts, non je n’ai pas, désolé.

D’accord, merci !

@Fleuve

Tu peux essayer la lettre XII des Lettres persanes, le mythe des Troglodytes chez Montesquieu

Dans Candide, le mythe de l’eldorado (ch. XVIII) par Voltaire.

@Jean-Luc Merci :)