Les idées politiques des philosophes des Lumières et des romantiques

Littérature

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@Jean-Luc

"Le mot [absolu] est précis pourtant. À défaut, tu peux essayer le terme plus général de spiritualisme."

Absolu: Sans limites, qui ne comporte aucune restriction ni réserve. (Le Robert)

Spiritualisme: Doctrine qui affirme l’existence de l’esprit comme réalité supérieure à la matière et antérieure à elle. (Larousse)

Du coup le cœur du romantisme c’est de poser la supériorité de l’esprit sur le monde réel sensible (spiritualisme, on voit aussi l’influence de l’idéalisme (allemand)) afin de dépasser les limites, les contraintes, imposées par la réalité matérielle (en philosophie c’est le matérialisme, le naturalisme, que l’on retrouvent dans la philosophie humaniste des Lumières), ce donc dans une recherche d’absolu.

Je remarque que le romantisme est parvenu à s’imposer partout sur l’ensemble du spectre politique:

écologie radicale (Rousseau),

hippies (transcendentalisme américain et les Beat),

socialisme utopique (Fourier),

anarchisme (les situationnistes français),

social-démocratie (Hugo),

communisme (Rousseau, qui influence Marx),

libéralisme (Constant),

libéralisme radical (Ayn Rand),

libéralisme conservateur (Burke),

anarchisme de droite (Baudelaire),

royalisme (Châteaubriand),

nationalisme de droite, nationalisme identitaire (les romantiques allemands, Renan)

@Jean-Luc

À ce titre, le romantisme me semble parallèle à l’humanisme: on peut l’avoir à peu près à toute les sauces. Même si tout-de-même, le romantisme me semble plus associé à l’écologie, au communisme et au nationalisme, tandis que l’humanisme me semble plus associé au libéralisme anglais et français du siècle des Lumières.

Oui, d’accord, mais remarquons que le romantisme croit en un monde surnaturel où agissent Dieu et le Diable. Ce n’est pas le théisme rationnel des Lumières.

@Jean-Luc J’ai pas encore étudié le théisme des Lumières…Cela dit, ce que vous pointez me semble pas du tout en contradiction avec mon alignage de définitions, bien au contraire

Ma remarque voulait simplement montrer que le romantisme allait plus loin que le spiritualisme, dans sa recherche de l’absolu.

@Jean-Luc En ce sens qu’il flirte souvent avec un supernaturalisme très occulte et ésotérique, et un supernaturalisme qui n’est pas dualiste (qui sépare clairement monde naturel, réalité sensible, et raison; du monde supernaturel) (dualisme propre au théisme des Lumières j’imagine), mais dans lequel au contraire agissent et évoluent directement les forces et entités supernaturelles ?

Sir Andrew Jonathan Bate, est un universitaire, biographe, critique et romancier britannique. Il est spécialiste de William Shakespeare, du romantisme et de l’écocritique. Il est professeur de littérature anglaise de l’Université d’Oxford, provost du Worcester College.

Sir Andrew Jonathan Bate sur les idées du romantisme, lors de sa conférence "The Origins of Romanticism" au Gresham College, le 18 septembre 2018 :

Romanticism was above all a movement of ideas. The idea of revolution and the idea of nationalism. The preposterous suggestion that women, slaves and even animals might have rights. Reverence for nature. Vegetarianism and environmental consciousness. The radical theory of anarchism and the conservative theory of the organic state. The cult of personality and the idea of sincerity. The reinvention of poetry as the expression of the self. The belief that nothing matters more to us as human beings than our sensations, our feelings, that individualism and an individual’s ideals (whatever they may be) define our freedom and our modernity. The practice of free love and the establishment of idealistic communes. The vogue for naturalness in dress: no powdered wig, a figure-hugging dress resembling a chemise. Short hair for women and long hair for men. The conception of ‘the aesthetic’, which is to say a philosophical theory of beauty. The modern meanings of the words ‘imagination’, ‘creativity’, ‘genius’, ‘literature’. The freedom fighter on the streets and the hiker in the mountains. The seaside holiday and the cult of celebrity. A public appetite for sensation. The vampire story and the science fiction novel. The worship of Shakespeare. The alarming notion that it might be glamorous to take drugs or commit suicide—or at the very least to live hard and die young. Weltschmerz and ennui. The rebel and the outsider; the egotist and the altruist. These are all ideas that emerged or grew in the Romantic age. That is why the Romantic Revolution was the making of the modern mind.

(La transcription de la conférence est ici : https://www.gresham.ac.uk/watch-now/origins-romanticism)

Voici les idées romantiques en lien avec la politique, ce qui concerne notre flux de discussion :

_ nationalisme

_ féminisme

_ anti-esclavagisme

_ droits des animaux

_ écologie et végétarisme

_ anarchisme

_ individualisme

_ conservatisme

_ culte de la personnalité

_ vies en communes idéalistes

_ égoïsme et altruisme

Cette synthèse étant faite par un érudit du romantisme dans toute sa globalité, les valeurs politiques pointées ont sûrement une représentativité plus forte du mouvement que la liste plate que j’ai dressé plus haut.

En gros on passe du coq-à-l’âne, depuis l’écologie-anarchisme au conservatisme voir conservatisme-totalitaire. Avec une cerise sur le gâteau qui est le narcissime (= individualisme * égoïsme), et un sentiment de frustration languissant (Weltschmerz et ennui).

Zola était clairement un défenseur du socialisme ou du communisme ?Il était encarté ?

Ce passage d'un article de Les matérialistes.com sur l'opportunisme politique des romantiques français:

Le romantisme présente donc, contre le style bourgeois, un mode de vie qui sera appelé par la suite « la vie de bohème », qui n'est cependant que la formulation théorique d'une simple constatation : les romantiques sont au service d'un régime dont la classe dominante s’affaiblit chaque jour.
Les romantiques doivent donc s'intercaler dans les interstices d'une société en plein changement, changeant au fur et à mesure leur fusil d'épaule, passant du soutien de la monarchie absolue à celui de la république, mais toujours dans des termes mystiques, irrationnels, etc.
Le romantisme est une mystique, au départ royaliste, puis républicaine, avant sa décadence en pure mystique (le symbolisme qui fait l'éloge du simple « moi », et son avatar « ultra » qui célèbre les rêves « personnels » : le surréalisme).
Cette évolution montre que le romantisme a consisté en une « intelligentsia », une communauté intellectuelle et culturelle au service de la classe dominante à ses débuts, et adaptant ses propres positions en fonction de l'évolution des rapports de force au 19ème siècle.

@Jean-Luc Mais quand même, j'ai lu pas mal de fois que le romantisme défendait un "art engagé" ? (d'ailleurs, j'ai jamais bien compris en quoi… Oui Lamartine, Hugo, Constant étaient dans leur vie engagés politiquement, mais cela n'était pas retranscrit dans leurs œuvres d'art, au contraire de Voltaire ou Diderot)

@fandixhuit Cela dit, l'apprentissage passe par les interactions humaines.

Des études en psycholinguistique ont montré que les enfants apprennent les langues étrangères seulement par les échanges humains, et pas par le fait d'être exposé à des langues étrangères par les écrans d'ordinateurs ou de télévision (qui est inefficace).

Donc les profs ne seront jamais remplaçables.

Petit hommage aux profs en cette période….

@Fleuve
Merci Fleuve.
Mais honnêtement, après ma longue expérience et consciente du niveau autant des élèves que des profs actuels, j'ai quelque doutes.

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Par ailleurs, ayant enseigné l'allemand avant le français, je confirme ce que tu dis : à savoir que rien ne remplace les échanges humains.

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Cela dit, l'apprentissage d'une langue étrangère est plus facile lorsqu'on est jeune. J'ai une fille bilingue français / allemand. Cela s'est fait d'une manière naturelle. A 3 ans mettons, elle s'exprimait en français comme en allemand. A entendre ses parents parler, tout simplement, avec un petit coup de pouce de la part de ses parents, sans plus.