Engendrer ou générer ? "en charge de" ou "chargé de" ?

Langue française

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon

Bonjour,

Quelle est l’utilité du verbe « générer » ( dérivant sans doute de l’anglais « to generate ») alors que le verbe « engendrer » existait tout simplement et suffisait ? Existerait-il une différence de sens ?

Je ne vois pas d’autre explication que la force de l’usage qui a fini par imposer ce nouveau verbe dans la lange française ( en quelle année a-t-il été validé dans le Larousse ?  il n’existait pas dans l’édition de 1952).

On remarque aussi l’influence anglaise dans l’expression « être en charge d’une mission » au lieu de simplement « être chargé d’une mission » en langue française. 

Je pense que les anglicismes ont fait l’objet de dizaines de fils sur ce forum. Peut-être sont-ils regroupés quelque part ?

Au départ il s’agit bien d’une traduction mot à mot produite dans le langage parlé puis couchée par écrit par des gens dont le niveau d’inculture mérite d’être souligné. Ensuite l’expression est répétée dans certains milieux professionnels puis elle poursuit son existence sur les ondes des médias audiovisuels, dans la bouche de journalistes eux-même peu cultivés et qui aiment se donner un genre. (On entend souvent « comme disent les anglo-saxons » non pour s’excuser de ne pas connaître l’équivalent français, mais pour paraître très au fait d’une nouvelle tendance tout à fait extraordinaire).

Ensuite, au fil du temps, soit l’anglicisme supplante le terme français qui avait cours, soit il cohabite. Dans ce dernier cas la langue s’est enrichie un peu malgré elle, et, petit à petit, le néologisme prend un nouveau sens ou représente une variante avec son original.

J’ai entendu « générer » pour « engendrer » dans les milieux informatiques qui travaillaient avec le monde anglo-saxon au début des années 80, autant dire qu’il ne date pas d’hier. Engendrer est peut-être devenu plus littéraire, à valider selon la perception de chacun. Générer est devenu d’emploi courant à peu près partout. Il a aussi pris le sens de créer, produire, induire… comme par exemple dans l’expression « générer des profits ».

Pour répondre à ta question,le mot a donc dû se faire une place entre 1952 et la fin des années 70.

Le verbe générer (emprunté au latin classique) a été usuel au sens physiologique pendant tout le Moyen Âge. Le sens figuré "produire" (attesté en 1875) était devenu rare. Mais le verbe est réapparu vers 1960, par emprunt à l’anglais to generate (attesté dès 1509) d’abord dans le domaine linguistique, en mathématiques, en informatique… avant de se répandre dans les domaines les plus variés. La grammaire chomskyenne est semble-t-il à l’origine de cette "seconde vie" du verbe.

C’est quand même curieux cette attirance pour la nouveauté inutile.

Il y a aussi " faisabilité" ( étude de faisabilité…) , "entendable" ( ce discours n’est pas entendable ! )

La langue française n’a-t-elle pas une formulation à proposer plus agréable à l’oreille.

J’ai toujours une certaine tendresse pour les usages historiquement attestés et remis au goût du jour.

À « l’entendable » et à la « faisabilité », on peut préférer le discours audible et se demander si l’étude est possible ou même faisable.

Je suis d’accord avec toi, Freddie, et j’avoue que "générer" ne me gêne pas outre mesure puisqu’il est bien construit, parfaitement intégré à notre vocabulaire. Qu’il soit le plus souvent (mais pas toujours) synonyme de "engendrer" n’est pas un défaut. J’aime les synonymes, ils varient le discours.

C’est quand même curieux cette attirance pour la nouveauté inutile.

Il ne s’agit pas d’attirance, mais de paresse ou de méconnaissance de la richesse de la langue française, par un certain nombre de gens auquel on donne la parole. Il s’agit aussi de phénomènes de mode, de transpositions plus ou moins heureuses de l’anglais.

Les gens qui connaissent la complexité du français et ses nuances, mais qui ont comme seul pouvoir celui d’écouter n’ont plus qu’à être désolés de ce qu’ils sont parfois amenés à entendre.