soso, dans ton dernier message tu ne donnes pas le titre du poème, ni dans celuid 'avant d'ailleurs. Difficile donc de t'aider. Bon, comme j'adore Baudelaire, j'ai vite compris la référence au poème dans ton avant dernier message, et je suis au regret de te dire… ben euh… comment dire ça élégamment ? hum, disons que tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez. Il ne s'agit en aucun cas de décrire l'état d'esprit de quelqu'un un jour de pluie, ahahaha, surtout de dis pas ça à ton prof ! (pardon de rire, mais vraiment, c'est drôle comme interprétation). Voici une ébauche de réponse :
D'abord, pour bien étudier un poème, il faut le transcrire en API (alphabet phonétique international), de manière à avoir la quantité des vers, et à pouvoir répérer les allitérations et autres assonnances de manière plus aisée. Je me permets d'ajouter mon avis : je pense qu'il est bien plus difficile d'étudier un poème qu'un texte, et en particulier Baudelaire.
Déjà, quelques clefs d'analyse : tu dois d'abord évaluer la rime, c'est à dire donner sa :
- nature (masculine ou féminine)
-quantité (nombre de phonèmes communs qui consituent la rime, je reviendrai dessus ca c'est un peu technique)
-disposition (croisée, embrassée, plate*)
* rimes croisées :
A
B
A'
B'
rimes embrassées :
A
B
B'
A'
rimes plates :
A
A'
B
B'
eh, oui, ça peut être pertinent (surtout chez Baudelaire).
Bien, voyons voir la première strophe du Spleen LXXVIII :
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
ce ne seront que quelques remarques éparses, simplement pour te montrer ce que tu pourrais faire.
1- on voit que les rimes sont embrassées
2- vers 1 : comparaison introduite par 'comme' : le ciel est comparé au couvercle d'une casserole
vers 2 : le terme 'en proie' dont ' l'esprit' est le sujet transforme l'esprit en animal, et un animal souffrant, 'gémissant'. Le couvercle est posé sur l'esprit, donc il couvre la casserole, l'esprit est alors l'eau de la casserole, l'eau qui bout, l'esprit qui bouillone donc.
vers 4 : 'un jour noir' : nous avons ici un superbe oxymore ( deux termes opposés par leur sens mis côte à côte). A ton avis, quel est l'effet produit de cet oxymore dans sa comparaison avec 'les nuits' ? (hey, je vais pas faire tout le boulot à ta place 😜)
Il s'agit dans ce poème de définir le spleen, et particulièrement quelles sont les conditions favorables -si je puis dire- qui y mènent. Le spleen est l'état de mélancolie, disons-le franchement, de dépression du poète -et pas de n'importe qui sous la pluie- non, le spleen touche le Poète même. Si tu parcours le poème, tu verras que les trois premières strophes sont pleines d'images riche en symbole. Comme nous l'avons vu ici, l'esprit bouillonne pendant le spleen, mais ses pensées sont comme alourdie par un couvercle, c'est-à-dire par la vision noire des choses.
Je m'arrête là pour te laisser réfléchir à tout ça et me donner tes impressions. Par contre, je te donne un poème dont je vais commenter une rime (et une seule) mais te le faire complètement pour te montrer ce que l'on attend de toi.
La destruction.
Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.
Voici la strophe à commenter.
Les remarques seront plus ou moins liées mais en tout cas toutes correctes.
La métaphore et la comparaison du vers 2 sont étroitement liées : il est presque impossible de les séparer clairement. La comparaison est introduite par 'comme', assimilant le Démon à " l'air impalpable" tandis que la métaphore, qui est contenue dans tout le vers, est introduite par le verbe "nage", qui désigne également le Démon. Ces deux procédés combinés dans un même vers et sur toute sa longueur montrent l'omniprésence, quasi envahissante, du Démon, dans le monde du poète. Pourtant, ce dernier ne peut pas le toucher, il peut juste ressentir sa présence, il ne peut pas non plus le voir, car il s'agit d'un 'air', et non de fumée: le Démon reste donc insaisissable et pourtant perceptible par la poète. Ce vers repose donc sur une apparente contradiction mais qui est résolue au vers suivant par la métaphore -voire la transofrmation- de cet air en fumée : "je l'avale" et une fois à l'intérieur de lui, le Démon se manifeste puisque le poète le "sen[t]". On peut ajouter à cela d'autres éléments :le démon est associé au poumon pour exprimer l'expérience de la possession. La rime associe un vocabulaire noble à un vocabulaire trivial qui signale l'association du corps au drame spirituel qui se passe dans le poème : c'est le mouvement d'intériorisation du mal. "coupable" renvoie ici moins au Démon qu'au poète qui n'oppose pas de résistance aux manoeuvres du démon. Ce dernier est d'ailleurs comme une puissance agissante tandis que les vers 3 et 4 montrent l'initiative du poète ("je l'avale") et donc son consentement. Le verbe "brûle" a un sens physiologique très concret mais aussi un sens spirituel car il évoque les flammes spirituelles de l'Enfer, cela préfigure donc les supplices du damné.
Voilà, ce n'est qu'une ébauche, mais quand je parle de voir plus loin que le bout de ton nez, ce n'est pas du tout péjoratif, c'est simplement que tu prends les choses telles qu'elles sont écrites, et non comme elles sont à comprendre. Chez Baudelaire, tout est significatif, tout est symbole. C'est ton travail d'interpréter ces symboles, car là, tu t'es contentée de 'paraphraser le poème' pour le raconter, et en plus c'était complètement à côté de la plaque niveau compréhension. Il faut donc avant tout que tu repères :
-les métaphores
-les comparaisons
-les champs sémantiques s'il y en a
et toutes les figures de style que tu connais. Voir également les mots qui relient les idées, les images, ils ont souvent une signification très forte, comme je viens d'ailleurs de te le démontrer.
Bien, j'espère qu'avec tout ça ce sera plus clair pour toi !
Bon courage !