Bonjour,
Je travaille sur un passage de L’Éducation sentimentale et ces quelques lignes m’ont interpelée :
Il se mit à écrire un roman intitulé : Sylvio, le fils du pêcheur. La chose se passait à Venise. Le héros, c’était lui-même ; l’héroïne, Mme Arnoux. Elle s’appelait Antonia ; — et, pour l’avoir, il assassinait plusieurs gentilshommes, brûlait une partie de la ville et chantait sous son balcon, où palpitaient à la brise les rideaux en damas rouge du boulevard Montmartre. Les réminiscences trop nombreuses dont il s’aperçut le découragèrent ; il n’alla pas plus loin, et son désœuvrement redoubla.
Connaissant Flaubert, je pense vraiment que les éléments qu’il cite (l’assassinat de "plusieurs gentilshommes", l’incendie d’une partie de la ville et la sérénade sous un balcon) sont des références à des romans préexistants plus que de simples topos piochés au hasard. Je pense déjà que le nom de l’héroïne (Antonia) est inspiré du roman éponyme de Georges Sand, mais je ne sais pas dans quel roman pourraient figurer les éléments susdits… Vous rappellent-ils quelque chose ?
Merci
Bonjour,
Je suis bien incapable de vous répondre, malgré mon affection pour Flaubert. En revanche, j’ai un collègue qui est spécialiste de Flaubert. Je fais une capture et je lui soumettrai votre question. A bientôt.
Merci beaucoup Lucid_Lynx ! C’est vraiment très gentil de votre part.
Néron (simple idée…).
Et d’ailleurs… pourquoi serait-ce des romans ? Pourquoi pas un (ou plusieurs) opéra(s)… (simple idée aussi) : cf. Le couronnement de Poppée…
La piste de l’opéra est intéressante ! Je parlais du roman dans mon premier message parce qu’il me semble que c’est là le principal (le seul ?) modèle que Frédéric s’évertue à imiter, le personnage en lui-même étant un succédané raté (ou un wannabe, pour le dire de façon plus moderne) des grands héros romanesques et romantiques du début du siècle. Je ne sais pas si Le Couronnement de Poppée ferait vraisemblablement partie des "réminiscences" au répertoire de Frédéric, mais ce peut potentiellement être un clin d’oeil de la part de Flaubert au lecteur (j’avoue que je ne sais rien de la représentation/renommée de l’opéra au XIXe).
Quant à Néron, j’y ai pensé également, mais, à moi qu’il y ait une interprétation théâtrale/romanesque qui attribue à l’incendie de Rome des origines passionnelles, je ne sais pas si c’est ce à quoi le personnage pense. J’ai l’impression que l’amour romantique est au centre des topos énumérés (et discrédités) par Flaubert ici.
Bonjour,
En effet, la piste de l’opéra peut être aussi intéressante que celle du roman, puisqu’il imprégnait la vie et l’actualité de la bourgeoisie parisienne, mais on connaissait alors bien peu d’opéras baroques comme le Couronnement de Poppée (1607), dont l’exhumation musicale est un phénomène assez récent.
Il faudrait plutôt aller voir dans ce que l’on allait écouter à cette époque, notamment les opéras historiques et/ou à grands effets, Meyerbeer, Wagner, Berlioz… ou encore les opéras et ballets "pour dames", plus romancés (Gounod, Adolphe Adam…).
Les topos dont vous parlez m’évoquent par exemple Les Troyens de Berlioz (pour l’incendie passionnel…), ou encore les divers Roméo et Juliette (Berlioz, Gounod…) ; on peut aussi penser au Don Giovanni, qui était encore connu des mélomanes (on chantait cela dans les salons en version piano-chant).
Bonne recherche !
Oui, le Couronnement de Poppée est certes ancien, mais effectivement, il a été peu joué. C’est Néron qui m’y avait fait penser.
Bonsoir,
Voici la réponse de mon estimé collègue, merci à lui. Il semblerait que l’on puisse lire dans ces mots de Flaubert un sarcasme, une dérision à l’endroit des romans sentimentaux que se piquent de produire les écrivains débutants…
Bonsoir XXXXXX,
Alors, mon opinion est que le prénom de Sylvio, par ses sonorités italiennes même et au même titre que le fameux prénom d’Emma, constitue une raillerie des romans kitsch de l’époque. J’ajouterais que Gustave Grand, un ami de Flaubert, signait "Sylvio" sa lettre à Flaubert du 7 août 1863, dont voici un court extrait :
"Comme peintre en littérature, vous êtes pour moi le roi de la couleur. Par conséquent je viens d’écrire un article sur vous dans l’Union de la Sarthe un des meilleurs journaux de province qui a 3000 abonnés et 30000 lecteurs. Vous le recevrez 24 heures après cette lettre. On l’imprime aujourd’hui et il est signé Sylvio, pseudonyme que j’ai employé toutes les fois que j’ai écrit au Papillon."
Au passage, voici un lien qui te permettra de consulter toute la correspondance de Flaubert en ligne, et même de rechercher des occurrences dans les lettres de Flaubert : https://flaubert-v1.univ-rouen.fr/jet/public/correspondance/index_des_mots.php?corpus=correspondance
En espérant t’avoir plus ou moins éclairé,
Bien à toi,