Merci pour vos réponses. Je vais y réagir en me faisant un peu l’avocat du diable, mais c’est simplement pour mieux cerner les arguments.
Deux poids, deux mesures, oui, et c’est justifié par l’harmonie de notre langue, dont la formation repose beaucoup sur les langues latines et grecques qui s’intègrent très facilement dans notre vocabulaire par leur morphologie et leur phonétique. Ce n’est pas du tout le cas de l’anglais dont l’intégration exigeait jadis un traitement qui déformait les mots de manière à leur donner une apparence passe-partout
Pour moi, c’est loin d’être évident. Aucun doute certes pour le latin, en tant que langue-mère du français, mais le grec appartient à une autre branche de l’indo-européen, au même titre que l’anglais, et il me semble que la phonologie du grec est à peu près aussi éloignée que l’anglais de celle du français. Et dire que les mots grecs s’intègrent très facilement au français, c’est passer sous silence les ῥ, les θ, les χ, les diphtongues ευ, οι, αι, qui n’existent pas en français, et dont la prononciation a été complètement déformée pour les intégrer au français. Le χ est particulièrement frappant, vu le flottement dans l’usage qui fait qu’on ne sait pas s’il faut parler en chimie de [kélation] ou de [chélation], de molécule chirale ou "kirale", etc.
Au final, les détails phonologiques du grec qui devraient nous poser problème sont presque les mêmes qu’en anglais, à savoir : les consonnes aspirées (h, t, p, k, qui sont aussi aspirées en anglais), le r non-grasseyé, et les diphtongues. Pourtant on a décidé que ce n’est pas un problème et que c’est harmonieusement adaptable pour le grec, mais pas pour l’anglais.
Quant à l’harmonie graphique, quand on tombe sur des mots comme aphte (qu’on devrait écrire aphthe), autocht(h)one et autres, là encore c’est loin d’être une évidence.
En comparaison, pour reprendre l’exemple que je donnais avec le mot anglais token, on pourrait l’adapter en tokène, tout simplement. On a fait bien pire avec le grec, en matière de défigurations de l’original.
J’en viens donc à penser que le véritable motif est celui évoqué par Lucid_Lynx et qu’au final c’est juste une affaire de… standing. Non ?
soûlographie, trombinoscope, baisodrome, bizarroïde, bobologue, voyoucratie, bigophone, etc.
Ne s’agit-il pas là plutôt de mots-valises ? La deuxième partie est certes une racine grecque, mais pas la première. Les Américains sont très friands de ce genre de construction, et c’est ce qui donne naissance à des termes tels que bigorexie, pescovégétarisme, qui n’ont rien d’humoristique et sont pris très au sérieux (on trouve des articles scientifiques sur la bigorexie), et il ne me vient pas d’exemple au pied levé, mais ça mène à des constructions parfois carrément illogiques du point de vue étymologique…
Au bout du compte, je me demande pourquoi on a été si permissifs et conciliants avec le grec, et si dédaigneux avec l’anglais, si ce n’est pour des raisons de prestige qu’il devient de plus en plus difficile de continuer à défendre au 21e siècle.
Merci !