Bonsoir,J’ai du mal à comprendre ce que Hannah Arendt entend exactement par travail et œuvre lorsque qu’elle décrit dans condition de l’homme moderne "la vita activa" qui constitue les activités humaines.De ce que j’ai compris, le travail correspond aux activités qui comme pour les animaux sont nécessaires à la vie.L’œuvre elle constitue les activités propre à l’homme, à l’homo faber (qui fabrique) et lui apporte la satisfaction du produit fini. Ainsi le résultat reste dans le temps et permet aux générations futures de l’utiliser.Mais ces définitions me semblent assez floues. En effet elle qualifie l’artiste comme dernier à œuvrer à cause de la société de consommation. Je comprends bien que la société de consommation nécessite une société de travailleur efficace qui mène à la fabrication industrielle. Mais en quoi cette activité industrielle se range t-elle plus du côté du travail que de l’œuvre (des objets techniques propres à l’homme sont construits).Merci d’avance pour l’aide 😁
Hannah Arendt, la "vita activa"
8 réponses
Bonjour,
De ce que j’ai compris de ces notions chez Hannah Arendt :
Chez elle, le travail se définit comme une activité des corps par laquelle l’homme moderne essaie d’atteindre une satisfaction heureuse, un accomplissement. Mais cette activité est contingente et imparfaite tant qu’elle ne s’inscrit pas dans la durée par la création d’objets. Marquée par ses origines juives, Hannah Arendt pense que l’homme veut imiter Dieu en créant, mais il ne peut créer ex nihilo, d’où la nécessité de produire des objets. Intervient donc la notion d’œuvre, le résultat de ce travail créateur.
"L’homo faber a toujours été destructeur de la nature… se conduit en seigneur et maître de la terre. Sa productivité étant conçue à l’image d’un Dieu créateur, puisque, si Dieu crée ex nihilo, l’homme crée à partir d’une substance donnée, la productivité humaine devait par définition aboutir à une révolte prométhéenne parce qu’elle ne pouvait édifier un monde fait de main d’homme qu’après avoir détruit une partie de la nature créée par Dieu."
Cette œuvre apparaît ainsi au premier abord chez l’homme moderne comme une production dégradée par l’automatisation du travail et la course effrénée à l’abondance. Cette œuvre est celle d’un esclave du machinisme, elle détruit le monde.
Mais cette œuvre touche aussi à l’esprit, elle est nécessaire pour humaniser l’homme :
"Accomplir de grandes actions et dire de grandes paroles" ne laisse point de trace, nul produit qui puisse durer après que le moment aura passé de l’acte et du verbe… Les hommes de parole et d’action… ont besoin de l’artiste, du poète et de l’historiographe, du bâtisseur de monuments ou de l’écrivain, car sans eux le seul produit de leur activité, l’histoire qu’ils jouent et qu’ils racontent, ne survivrait pas un instant.
Bonsoir,
mais dans ce cas là la production industrielle de l’homme qui lui permet la production d’objet à grande échelle ne ferait-elle pas partie de l’œuvre ? Pourquoi la range t-on donc du coté du travail quand elle parle du statut particulier de l’artiste?
Pour l’artiste je crois avoir bien compris en quoi il œuvre: l’art permet de créer en imitant dieux (mais ne permet pas de créer ex nihilo) et s’inscrit dans la durée en laissant un marque de l’homme.
C’est pourquoi je me demande si la différence entre la production d’objet technique et artistique (ou plus généralement les activité liées à l’œuvre) ne se fait pas par le fait que l’art est directement sa propre finalité ce qui va permettre sa conservation contrairement à l’objet technique. En effet l’objet technique est produit dans le but de réalisé un action ou une chose, ce qui explique qu’une fois usée il ne soit pas conservé.
La création d’objets, qu’ils soient utilitaires ou raffinés, est l’œuvre. Elle est issue du travail, le fruit de l’activité corporelle. L’artiste n’a pas la même motivation que le technicien, mais tous les deux utilisent leur corps pour produire ces objets. Tous les deux créent les objets à partir de la matière. Tous les deux visent la durée pour leur production, même si l’utilisation intensive des objets techniques leur donne une espérance de vie limitée. L’œuvre est chez Hannah Arendt un concept de bas niveau sans connotation remarquable. Si la philosophe dénonce l’esclavage de l’homme moderne soumis à la machine, elle ne fait pas de différence (hormis dans l’intention) entre l’artiste et l’artisan qui se servent de leurs potentialités physiques pour accomplir leur condition humaine. Dans la tradition juive biblique dont s’inspire sans doute Hannah Arendt, l’homme est destiné à parfaire la création.
D’accord merci c’est plus clair mais ce qui reste flou pour moi est que elle qualifie l’artiste de dernier ouvrier avec l’avènement de la société de consommation.
L’artiste est le dernier ouvrier parce qu’il n’est pas devenu l’esclave de la machine, il est le dernier à utiliser, conformément à sa nature, ses potentialités corporelles.
Encore que de nos jours, bien des artistes (graphiques, notamment) créent volontiers par l’entremise d’un ordinateur.
Oui, mais ce n’est pas ce que pensait Hannah Arendt dans son essai, Condition de l’homme moderne, paru en 1958. Pour elle, l’œuvre est ce qui dure, ce qui est le résultat d’une réification. Elle entretient un rapport étroit avec la matière qu’elle transforme et détruit. La virtualité n’était pas alors envisageable ni souhaitable. Elle est même condamnée :
"Les hommes de parole et d’action… ont besoin de l’artiste, du poète et de l’historiographe, du bâtisseur de monuments ou de l’écrivain, car sans eux le seul produit de leur activité, l’histoire qu’ils jouent et qu’ils racontent, ne survivrait pas un instant."



