Bonjour
J’apprends l’arabe, l’anglais et le turc et tout au long de ces trois apprentissages, j’ai eu l’occasion de remarquer les mêmes choses.
J’aime la théorie plus que la pratique et j’apprends donc beaucoup sans pour autant "essayer".
J’ai plus de facilité avec le visuel qu’avec l’auditif et je lis donc beaucoup plus que ce que j’écoute.
Résultat ? En terme de compréhension écrite, je me débrouille bien et j’ai un bon stock de vocabulaire passif, mais quand j’essaie de pratiquer alors j’ai soudain le niveau d’un débutant.
À côté de ça, je vois beaucoup de gens qui parlent plusieurs langues et qui n’ont pas du tout la même approche des langues que moi et qui se contentent à l’inverse d’écouter et pratiquer beaucoup, sans se prendre la tête.
Je ne doute pas qu’il y ait du positif à connaître les bases de grammaire, mais dans quelle mesure ?
Les natifs parlent très bien leurs langues et la plupart d’entre eux ne connaissent absolument rien de la grammaire.
D’un point de vue utilitaire, la grammaire sert-elle donc vraiment à quelque chose ? Ou bien est-ce juste de la théorisation d’amoureux de la langue qui se plaisent à expliquer ce qui ne le nécessiterait pas vraiment ?
Bonsoir,
C’est une excellente question que vous posez. Récurrente, mais excellente.
L’enseignement français (j’ignore si cela a changé récemment) a toujours eu tendance, dans l’apprentissage d’une langue étrangère,à se baser sur la grammaire. Alors, oui, je suis super fort en grammaire anglaise et j’ai de bonnes notes… mais je serais incapable de demander quelle heure il est à un Londonien, au pied de Big Ben. Bon… je force un peu le trait.
J’ai fait beaucoup d’allemand… en ai oublié beaucoup de vocabulaire, faute de pratique, mais la grammaire est restée. Et j’ai sans doute appris plus d’allemand dans les séjours linguistiques dont j’ai eu la chance de bénéficier, que dans un cours formel.
Une langue vivante est faite pour être parlée, pas seulement lue. A un moment… il faut se lancer. Qu’importe qu’il y ait des erreurs ou des fautes : j’ai toujours noté la bienveillance de l’interlocuteur avec lequel on fait l’effort de communiquer dans sa langue. J’ai de mémorables souvenirs en Crête ;-) et de mémorables souvenirs de mon premier séminaire scientifique en anglais, ou d’un article que les referees avaient accepté mais dont ils avaient poliment qualifié l’anglais de "quaint".
Je pense que le plus intéressant, c’est la "grammaire comparée" : pourquoi dit-on ainsi dans une langue mais autrement dans une autre ? Points communs, points de différences/divergences ? C’est important pour comprendre "l’esprit" de la langue, et me semble particulièrement vrai pour ce qui concerne les systèmes de conjugaison (comparez la grecque, ancienne ou moderne, avec la française : c’est complètement différent et traduit des visions très différentes… et je ne parle même pas des langues asiatiques). Un de mes anciens profs de latin me répétait, à juste titre : lisez, lisez et comprenez le sens ; vous y analyserez la grammaire ensuite. [Notez que pour le latin il existe une méthode scandinave d’apprentissage progressif entièrement rédigée en latin : les règles de grammaire y sont exposées en latin.]
Bon, je ne sais pas si cela aide ou répond à la question. Mais au moins, vous y verrez que vous n’êtes pas seul(e) à vous interroger !
@dudule : "Je pense que le plus intéressant, c’est la "grammaire comparée" : pourquoi dit-on ainsi dans une langue mais autrement dans une autre ? Points communs, points de différences/divergences ? C’est important pour comprendre "l’esprit" de la langue…"
Tout à fait d’accord. Je rajoute: … et donc du peuple qui l’utilise. => grande leçon de tolérance. ,
Je garde un souvenir assez honteux de ma première tentative de communication avec un anglophone.Je devais être en Seconde à l’époque, et en voyage aux Etats-Unis avec ma famille. Dans le désert, avant d’aborder la vallée de la mort en Californie, nous arrivons à la dernière station service. Incapable de me faire comprendre pour demander où étaient les toilettes. Au bout de quelques tentatives, le patron (un gros baraqué avec plein de tatouages) a néanmoins fini par comprendre le mot "water" dans mon bafouillage et par m’indiquer la direction (parce que je n’avais évidemment rien compris à sa réponse). Mais en classe, j’étais assez bon en grammaire et en rédaction de dissertations.La difficulté de l’anglais n’est pas sa grammaire (l’anglais est une sorte de créole franco-germanique avec une grammaire rudimentaire) mais sa prononciation et d’importantes variations locales dans la prononciation et le vocabulaire. Pour cette langue, il faut parler et être exposé aux locuteurs natifs le plus vite possible. (j’ai heureusement fait quelques progrès depuis, l’anglais est une langue de travail)La bonne méthode dépend aussi de la personne. On n’apprend pas une langue en commençant par la grammaire, mais j’aime bien y arriver assez vite pour comprendre les structures. Il me semble que pour un adulte, la compréhension de la grammaire peut bien accélérer l’apprentissage à distance, si on n’est pas entouré de locuteurs natifs stimulant en permanence des mécanismes d’apprentissage plus intuitifs, surtout pour des langues qui ont une grammaire un peu complexe.Mais on a quand même beaucoup de chance aujourd’hui, l’apprentissage des langues est bien plus facile qu’il y a trente ou quarante ans. Vers 1980, il n’y avait pas d’Internet, trois chaines de télévision,et en IdF, j’arrivais péniblement à capter la BBC en grandes ondes.
@S_D Je pense que, d’une part, cela dépend de l’usage que l’on veut en faire. Si l’on veut "faire le touriste", demander son chemin, tenir une conversation quotidienne, la connaissance approfondie de la grammaire n’est pas nécessaire. Quelques règles de conjugaison, d’accord et/ou de déclinaison (selon les langues) doivent pouvoir suffir. En revanche, si l’on veut pouvoir travailler dans la langue, et donc avoir une compréhension très fine de la langue et pouvoir s’exprimer avec nuance, alors une connaissance de certains concepts de grammaire sont très utiles (par exemples les classes grammaticales des mots, les fonctions dans la phrase, les structures syntaxiques, les différentes voix, etc.). Pour communiquer avec ses collègues, son supérieur, ses clients ou ses fournisseurs nécessite de bien contrôler ce que l’on dit / écrit et comment on le formule. Enfin, quand la langue est son outil de travail (professeurs, traducteurs, rédacteurs, journalistes…) alors je crois qu’il est vraiment nécessaire d’avoir une connaissance très approfondie de la grammaire d’une langue. D’autre part, quel que soit l’usage que l’on veut en faire, je crois que la connaissance de la grammaire n’est en aucun cas suffisante à la connaissance et la maîtrise d’une langue. La pratique, les usages, les intonations (qui font d’ailleurs parfois partie de la grammaire d’une langue…), les accents, sont tout aussi importants, et dans la communication orale en particulier, la simple connaissance de la grammaire ne suffit pas, il faut entraîner son oreille.En revanche, je me bats contre l’idée que pour apprendre une langue étrangère, il faudrait à tout prix imiter l’acquisition de leur langue première par les enfants : être en immersion, ne pas faire appel à des notions de grammaire mais faire "inférer" une règle de grammaire… D’abord, tout cela ne me semble pas fonctionner dans la pratique. Apprendre une langue à l’âge adulte est fort différent et la grammaire est un support à mon avis indispensable, si tant est que le professeur (ou la méthode utilisée, dans le cas d’une personne qui apprend sans professeur) la présente de manière claire et utile. D’autre part, on voit bien que quelqu’un qui apprend une langue "naturellement" ne la maîtrise pas forcément très bien…
Je sors un peu du sujet :
Je travaillais ( job d’été en tant qu’étudiante) dans un bureau de traduction (lettres commerciales français / allemand et vice-versa). Le chef parlait 6 ou 7 langues, j’ai oublié. Il m’avait dit que le plus dur, c’était d’apprendre les deux ou trois premières langues. Ensuite, c’était plus facile car l’apprentissage linguistique nécessitait les mêmes "pistes neuronales" (vous voyez ce que je veux dire). Je crois que c’est assez juste.
Il y a un certain nombre de sites d’apprentissage en ligne (cf Duolingo), basés sur la répétition, les exemples, et l’inférence des règles plutôt que de vrais cours avec de la grammaire et des exercices systématiques, mais à l’usage, ce n’est pas très satisfaisant. Même pour une langue proche du français comme l’italien, j’ai vite ressenti le besoin d’acheter une vraie grammaire, qui m’évite de perdre du temps à deviner les règles avec leurs exceptions.
Merci à vous pour vos réponses.