Pourquoi la poésie ?

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

ma question va sans doute vous paraître stupide, voire absurde, et pourtant elle m’obsède depuis quelques jours. Aucun de mes profs de littérature n’y a jamais répondu alors qu’elle est, je crois, élémentaire.

La voici, ou plutôt les voici : qu’est-ce qui justifie l’existence de la versification en poésie ? En dehors des rimes et de la musicalité, quel est l’intérêt littéraire de cette contrainte formelle ? Pourquoi est-ce que des écrivains en passeraient par une forme aussi contraignante formellement pour exercer leur art, plutôt que de se contenter de l’écriture en prose ? Est-ce justement cette contrainte formelle qui rend ce genre littéraire plus pertinent qu’un autre ? Quand Rimbaud dit qu’il "veut se faire voyant" par exemple, pourquoi décide-t-il absolument d’en passer par la poésie pour y parvenir, plutôt qu’un autre genre littéraire (indépendamment du conditionnement littéraire de son époque, durant laquelle la poésie était le genre roi, de même que pour la nôtre, c’est plutôt le roman) ? Pourquoi assigner à la poésie un rôle aussi ambitieux (impulsé une forme de "voyance par un dérèglement de tous les sens" par exemple) alors même que c’est sans doute le plus inoffensif de tous les genres littéraires (à l’inverse du théâtre par exemple, qui peut s’incarner sur scène) ?

Je sais ça fait beaucoup, mais j’espère avoir été le plus clair possible.

Merci

Bonjour Benz,

Excellente question ! Je me garderai bien d’y répondre, n’étant pas compétent en la matière. Je ferai juste deux observations à verser au débat.

1- Vous semblez présupposer que la "rime" est une composante intrinsèque de la poésie. C’est peut-être vrai pour la poésie française mais c’est loin d’être général. La notion de rime n’existe absolument pas en poésie latine et peu en poésie anglaise, par exemple. Pour l’allemand, je ne sais pas (@fandixhuit ?), ni d’ailleurs pour l’italien ou l’espagnol.

2- Ce qui me semble compter le plus, effectivement, c’est le rythme. Et là, je pense qu’on peut généraliser à pas mal de langues. Il serait là, le "carcan" ("contraintes"). Les Latins ont l’hexamètre, les Français l’alexandrin. L’hexamètre est un carcan bien plus contraignant que l’alexandrin. Mais ces apparents carcans se contournent facilement de par la multitude de formes de vers existants/acceptés (il n’y a pas que l’hexamètre, et il n’y a pas que l’alexandrin) et de par les multiples façons de les agencer entre eux, remarque valable tant pour le latin que pour le français. Au-delà se rajoutent des phénomènes de "mode", selon les époques.

Simples remarques de ma part. Je lirai avec grand intérêt les réponses faites à la question posée.

Bonjour.Ne pas confondre poésie et contraintes formelles de versification, et ce, quelle que soit la langue. Il y a des textes versifiés pas du tout poétiques, et des textes en prose qui le sont…

Exactement ! Hugo savait, je crois, improviser l’oral par des alexandrins, sans but poétique. Cette dernière phrase… prose ? ou poésie ?

Prose utilitaire non poétique, purement informative….

Oui, mais il y a du rythme. Et 2 alexandrins ;-)

J’ai bien du mal à dégotter les deux alexandrins… Tu es sûr ? 😛

A peu près ;-) On est en prose ;-)

Hugo savait, je crois,// improviser l’oral

par des alexandrins, // sans but poétique.

[Bon, d’accord, c’est un peu "à la louche". C’est juste pour illustrer que de la prose peut parfois également avoir des "relents" poétiques].

Ah oui, si on prononce "sans but poétiqueu"…

"sans dessein poétique" eût été mieux rythmé !

Quant à percevoir le relent poétique, là, faut vraiment un odorat hors pair…😁

Oui, ou "sans buteu poétique" ;-) Mais "dessein" est effectivement mieux !

Question intéressante : tu ne le ressens pas à l’oreille ? Je ne sais pas. Moi, ça m’interpelle, de même que les rythmes/répétitions ternaires si fréquents.

Je conseille à Benz l’excellent livre d’Alain Frontier, poète, linguiste et grammairien : La Poésie, aux éditions Belin.Il y trouvera des réponses à ses "questions bêtes", et bien plus encore… https://www.belin-editeur.com/la-poesie https://www.sitaudis.fr/Parutions/la-poesie-d-alain-frontier-reedition.php

Merci @Jehan L’ouvrage est alléchant !

Question pas bête du tout et passionnante.

@dudule : si, il y en a en allemand (un peu différentes des nôtres en raison de l’accentuation de syllabes accentuées ou non). On parle aussi de iambes et trochées. J’avoue que je n’en ai jamais écrit en allemand. C’est trop dur-dur-dur.

=> POESIE, STILISTIQUE et VERSIFICATION (numericable.fr)

Oui, bien sûr, iambes et trochées… pieds fondamentaux en latin. J’ignorais qu’ils s’appliquaient également à la nomenclature des pieds allemands.

[C’est fou ce que l’on apprend sur ce site !]

(re)bonsoir, merci @dudule et @Jehan pour vos réponses. Je vais tâcher de jeter un oeil au livre d’Alain Frontier dans ce cas

J’ai regardé le sommaire du livre… Bon, je ne sais pas si cela répondra aux questions, mais l’ouvrage me semble fort intéressant !

Quelques remarques personnelles en vrac sur l’excellente question de @Benz.

La contrainte formelle du vers comme l’emploi du temps au lycée (ou ailleurs) procure, en dépit des apparences, une grande liberté. A l’intérieur de l’horaire et du sonnet, je fais ce que je veux. La forme peut rassurer.La prose peut être poétique. La poésie engagée ne l’est pas. Pour cela, comme vous le dites, mieux vaut le théâtre. Je pense à Beckett et Brecht entre autres. Comparons "La Chevelure" (poème) et "Un hémisphère dans une chevelure (poème en prose) de Baudelaire. Faut-il choisir ?N’oublions pas l’OULIPO et ses "jeux" que je trouve jubilatoires. Prenons les mots, les vers, les rimes et les strophes, et tordons-leur le cou ! Le roman exige de l’auteur des qualités autres que l’écriture d’un recueil poétique. La poésie, comme la musique est ce qui nous rapproche le plus d’un certain Idéal…Il y a des vers d’une beauté sublime. Il existe de belles phrases bien écrites. Mais les qualifierions-nous pour autant de sublimes ?La poésie concentre, le roman disperse.etc. Je préfère m’arrêter là ! 😉

Ben voilà !

La prose peut être poétique. La poésie engagée ne l’est pas.Il ne faut sans doute pas généraliser. Il y a des textes engagés en prose qui savent à la fois émouvoir et convaincre, et d’autres qui ne sont que d’indigestes pensums. Pour les poèmes engagés, c’est pareil.

Peut-être réduit-on trop souvent la poésie à ces contraintes formelles qui, comme le rappellent certains, ne sont pas aussi normatives qu’on le suppose, par imprégnation scolaire probablement.

Pour ma part, je vais plus loin. Il me semble réducteur, aujourd’hui, de considérer la poésie comme un genre. À mon sens, elle naît d’un rapport singulier à la langue, tant sémantique que stylistique. Quand le sculpteur travaille la pierre (ou le bois, etc.), le poète travaille la langue, disons avec un désir plus fort que l’auteur moins soucieux de poétique. Je préfère d’ailleurs parler d’écriture poétique plutôt que de poésie. L’écriture poétique peut se manifester dans tous les genres littéraires.

Évidemment, je sais bien qu’il demeure des genres par essence poétique (l’épopée, etc.). Simplement, je n’aime guère les étiquettes lorsqu’elles se fondent sur des critères formels. Enseignant, je suis également quotidiennement confronté aux conséquences cognitives et académiques de l’obsession terminologique, des étiquettes, des catégories, etc. Les textes sont les premiers perdants de ces classifications.

Une bonne moitié de mes plus grands émois poétiques proviennent de pages de roman, qui furent pour moi de purs instants poétiques : Saint-Exupéry, Jünger, Gracq,…