Je viens de terminer la lecture des Lettres de Robert Musil (Le Seuil 1987). Plutôt décevant. Connaissant un peu le gaillard, je ne m’attendais pas à des anecdotes croustillantes sur sa vie privée, mais au moins des considérations littéraires (1). Il y en a très peu, et très elliptiques. J’aurais bien aimé, faute de cela, trouver des appréciations politiques - spécialement sur la période 1914-1918, et aussi 1933 - 1945 -, que dalle. Il est principalement question de pognon. Ce qui est légitime : des sous, Musil n’en avait pas. On peut juste dire qu’avec une attitude plus commerciale, en écrivant quelques bluettes amoureuses, il s’en serait mieux sorti, mais il ne savait pas faire. Bref, on a bien des lettres à Hermann Hesse, à Rilke, à Thomas Mann, mais c’est pour leur causer phynances, c’est ubuesque. Deux questions :Sur le principe même : à quoi sert de publier des correspondances, des textes que les auteurs ont écrits sans penser à une publication ? Chez d’autres auteurs, qui n’ont pas les soucis financiers de Musil, ça peut être des considérations sans fin sur l’état de leur vésicule ou leur constipation chronique…Deuxièmement : conseil de lecture des bonnes correspondances ? Je n’ignore pas qu’il y en a d’excellentes, mon meilleur souvenir est celle de Flaubert, auteur qui, j’avoue, n’est pas ma coupe de thé, mais je me suis avalé les deux volumes Pléiade comme un morfale ! Quasi comme un polar. Si vous avez d’autres idées….(1) Pour info : à l’applaudimètre, il aime surtout Nietzsche et Valéry. Il s’agace qu’on le compare à Proust, touchant à L’homme sans qualités.
Faut-il lire la Correspondance des écrivains ?
5 réponses
Pour la philosophie, rédiger une lettre est un genre majeur. Les grands philosophes grecs (Aristote, Platon, Epicure) adressaient des lettres à leurs disciples, perdus un peu partout aux quatre coins de l’Empire. Mais le plus beau trésor est de l’âge classique. La correspondance de Descartes, de Malebranche, de Spinoza sont indispensables pour travailler ces auteurs. Je recommande plus vivement celle de Descartes en particulier, c’est juste fascinant de voir comment ce type fonctionne.Avec, au surplus, une audace intellectuelle étonnante.Il peut écrire dans des lettres des choses qu’il n’oserait jamais dans un bouquin qui serait brulé en place publique, et peut-être lui avec, va savoir.
Pour Descartes, voici une page relativement intéressante. Il s’agit de sa correspondance avec Elisabeth de Bohême. Malheureusement, y figurent surtout des extraits des lettres d’Elisabeth.
Elisabeth de Bohême et Descartes (ecrivaines17et18.com)
Jocrisse, une question pour toi : depuis quand Descartes est-il inscrit au bac lors du nouveau programme de la classe de philosophie ? 😉
Rien de "malheureux" dans les Lettres écrites par Elisabeth. Pour que le match de tennis soit beau, il faut deux bons joueurs. Cette femme est particulièrement brillante, elle a lu et compris Descartes en profondeur, et il s’adresse à elle non pas avec supériorité, aucun machisme, mais comme à une égale. Les questions qu’elle pose sont parfaitement légitimes et bien formulées, et Descartes les prend tout à fait au sérieux - ce qu’il ne fait pas avec ce qu’il considère comme des sous-dimensionnés question bulbe. Dans un monde moins pétri de domination masculine, on ne trouverait pas ses interventions "malheureuses" et elle aurait une place plus éminente.
En précisant que Descartes n’avait aucun intérêt à la fréquenter, être son copain ne comportant aucun avantage : elle avait été virée de son pays comme une pestiférée (pas par sa faute, à cause de sa famille), elle était certes une princesse, mais une princesse de plus rien, et s’afficher avec elle, c’était surtout s’exposer à prendre des coups de toute part.
Un de mes profs de fac - dont je tairai le nom, on va voir pourquoi - soutenait qu’elle n’était pas pour rien dans la mort prématurée de Descartes. Elle l’aurait épuisé par son…euh, comment dirais-je ? son ardeur dans l’aspect moins platonique de leur relation, on va dire. Bon, pas impossible, quoique les contemporains soulignent volontiers le contraste entre son intelligence étonnante et son physique très disgracieux.
Et pour ta question fandixhuit, je vais juste te rendre le sourire, sans répondre. Le faire me conduirait trop vers le mauvais esprit et la méchanceté. Pas mon genre, comme tu sais…
Bonjour Jocrisse. Tes propos me semblent parfois fort énigmatiques. Sourire. Bon. C’était en l’année 1863.



