Bonjour à tous,
Je souhaite lire Thomas Mann, d’abord La Montagne magique, puis ensuite les autres œuvres. Quelle traduction me conseillez-vous ?
Merci.
18 réponses
Bonjour à tous,
Je souhaite lire Thomas Mann, d’abord La Montagne magique, puis ensuite les autres œuvres. Quelle traduction me conseillez-vous ?
Merci.
Salut,
À divers titres je suis très intéressé par les meilleures éditions et meilleures traductions des grands auteurs classiques. Hélas je n’ai encore ni lu Thomas Mann ni a fortiori étudié ses différentes traductions.
Cependant, on peut dire qu’il existe une traduction « historique » moult fois réimprimée, celle de Maurice Betz (à l’instar de celle de Vialatte pour Kafka). Son aspect historique ne peut sans doute être ignoré, notamment parce qu’elle est contemporaine de l’auteur.
Ensuite tu trouves la traduction récente de Claire de Oliveira en 2016 chez Fayard (réimprimée au Livre de poche depuis). Elle bénéficie d’une très bonne presse, par exemple :
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2017/03/14/sanatorium-mann-oliveira/
Pour Kafka il m’a fallu lire quatre traductions avant de statuer ; peut-être te faudra-t-il lire ces deux là ?
Dans tous les cas je suis très intéressé par ton retour. Bonne lecture !
Hé hé c’est un peu ta réponse que j’attendais…Je note donc Maurice Betz, traduction "historique" qui devrait être facile à trouver, puis la nouvelle de C. de Oliveira, sur laquelle je suis tombé en cherchant sur internet, et qui avait provoqué mon scepticisme et ma question sur ce forum (je me méfie souvent de ce qui est nouveau, que voulez-vous on n’se refait pas).Bel article que celui d’En attendant Nadeau.PS : je viens de trouver la nouvelle traduction, chez Fayard, à la BU de mon université ! C’est parti !
La traduction "classique" de Betz, que j’ai lue, est une référence. On lui a reproché toutefois d’être plus "littéraire" que littérale, le traducteur ayant privilégié parfois l’élégance au détriment de l’exactitude. Je connais l’existence d’Oliveira… mais je ne l’ai pas lue ! Elle a souligné que dans certains passages, Betz n’a probablement juste pas bien compris. C’est un travail plus "professionnel", disons, à ce que l’on m’a dit. J’ai tendance à penser (avis purement personnel) que pour un texte dont personne ne nie la grande difficulté, le fait d’essayer de faire un peu séduisant fait mieux passer la pilule, pour rester dans la médecine.
Je vous trouve très courageux de vouloir commencer la lecture de Mann par cet himalaya littéraire et vous recommanderais plutôt de vous entraîner d’abord sur des dénivelés plus modestes dans un premier temps : Les Buddenbrook ou La Mort à Venise. par exemple.
https://information.tv5monde.com/info/thomas-mann-cinq-ans-pour-gravir-la-Montagne-Magique-142156
J’ai commencé la traduction d’Oliveira. Pour l’instant c’est plaisant à lire, je sens une considération pour le style, la fluidité et l’équilibre, ce qui est rare chez les traducteurs "modernes" ou contemporains.
Oui, je lirai également Les Buddenbrook et La Mort à Venise. Toutefois, la Montagne Magique ne m’effraie pas, je suis habitué à des lectures bien plus abruptes… Pour le moment, j’aime assez et je trouve que cela se lit bien, avec fluidité. Au niveau narratif, cela n’a pas la rigueur ni l’efficacité de récits mieux ficelés, mais c’était dans l’air du temps en 1924 et je dois m’habituer à ce faux défaut, qui ne s’incarne qu’au sein de ma propre subjectivité. Je n’en suis qu’au quart.
Comme on dit en allemand : wait and see. Mais pour la grande difficulté, je visais cela en partie, mais surtout la traduction. C’est très difficile, Thomas Mann. Sauf quand ma prof de khâgne, madame Cambreleng, pour ne pas la nommer (1) qui avait un nom plutôt proustien mais était une mannienne en réalité, nous sortait ses trads et d’un coup, tout paraissait simple et "fluide", comme vous dîtes, alors que nous avions passé trois ou quatre heures à nous arracher les cheveux sur un texte épouvantable et probablement immettable en français. A l’époque, je l’admirais comme étant une brute en allemand, ce qui était, mais j’ai compris depuis qu’elle était tout autant excellente auf französisch... , ce qui facilite le travail de traduction, on est bien d’accord.(1) je ne le fais cependant que parce que je n’en dis que du bien.
Quand je soulignais la fluidité de la traduction d’Oliveira, c’était à comprendre au regard des autres traductions que j’ai lues récemment, tout autant que de l’euphonie et de l’équilibre naturel du français. Certaines traductions, pourtant publiées chez de "grands" éditeurs, sont bancales, maladroites, mal rythmées, alternant lourdeurs et phrases péremptoires (sans que ces aspects ne soient dans le texte d’origine), ou encore prenant des libertés avec le vocabulaire (le plus souvent en le simplifiant et l’appauvrissant) sans aucune justification sémantique ou sans cohésion (ah ! la cohérence d’un texte…).
Je me suis rendu compte il y a quelques mois que lorsque je cessais la lecture d’une œuvre étrangère en cours de route, c’était parfois en raison d’une mauvaise traduction (mauvaise, disons, selon mes critères). Le fait d’être capable de lire plusieurs langues me permet justement de m’en rendre compte.
Je ne doute pas que pour parvenir à une telle traduction, le travail est colossal et j’en respecte encore plus le travail d’Oliveira pour La Montagne magique.
Ma perception de fluidité est aussi à mettre en lien avec ma lecture précédente : Pantagruel, en version originale… 😅
On peut avoir parfois de bonnes surprises avec les nouvelles traductions : ce fut le cas pour moi avec celle de l’œuvre intégrale de Kafka par Jean-Pierre Lefbvre - alors que j’étais un inconditionnel supposé indécrottable du Kafka traditionnel revu et corrigé par Alexandre Vialatte et Marthe Robert. Je cite (toujours et encore) Kafka pour une bonne raison : ces trois romans qui, dans leur nouvelle version française, furent l’une de mes plus belles surprises littéraires de ces dernières années, sont bien le fruit d’un travail de traduction à partir de l’allemand - qui plus est d’un allemand du début du XXe siècle, par dessus le marché truffé de « praguismes ».
Mon allusion à Proust peut être obscure : je pensais à Madame de Cambremer, dans la Recherche, qui promet mais ne finit pas.
Grand merci à vous, freddy, je vais me procurer la traduction dont vous parlez : j’ai lu Kafka avec Vialatte, Robert, c’est très bien, mais si Lefebvre s’y met, je brûle de voir ce qu’il fait. Ce traducteur est très connu en philosophie par sa trad de la Phénoménologie de l’esprit (et d’autres textes problématiques, qui sont des défis) car il faut cette fois être excellent en allemand et en français, mais au surplus dans un idiome particulier, qui est le Hegel, et qui doit être appris à part. Nietzsche (et d’autres, je cite seulement le plus éminent) dit que ce n’est pas de l’allemand - dans la bouche de Nietzsche, attention, c’est à la fois une condamnation et un compliment, ce type de jugement est équivoque, chez lui.
Il faut expliquer que dans le cas de Thomas Mann - très différent sur ce point du cas de Hegel - il a très vite été reconnu comme un auteur majeur en France. Ces traducteurs sont donc des pionniers, ils ont traduit assez vite une oeuvre qui leur paraissait essentielle. Il a reçu en 1929 le Prix Nobel de littérature, mais nous sommes il y a un siècle, et à l’époque, cela ne signifie pas du tout traduction immédiate et impression dans tous les pays riches du monde.(Je dis "riches" car on ne traduira pas dans une langue dont les locuteurs n’ont pas les moyens d’acheter des livres). Ils sont pionniers non pas au sens où ils découvrent, mais où ils ont donné une plus grande audience en traduisant rapidement un texte important. . Il n’y avait pas, à ce moment toute la littérature ultérieure sur ce roman.
Il a pu discuter avec ses traducteurs français, comme le raconte Oliveira, On aimerait bien avoir Sophocle, Shakespeare sous la main, pour leur demander si telle traduction a bien rendu ce qu’ils disaient. On aurait aussi des tas de questions à poser à l’auteur de la Bible, soit dit en passant…
Oliveira trouve Mann (comme Harry) inégal en français. sans en donner la vraie raison .Ou la raison que je tiens pour telle, disons : sa connaissance du français est livresque. Ca le disqualifie pour les conversations de café, car il n’a clairement pas le vocabulaire, mais le requalifie immédiatement : il est donc compétent pour parler d’un livre. Il peut lire en français du Maeterlinck, tout va bien. On peut imaginer qu’il a des idées pas idiotes sur ce qu’il a lui-même écrit. Le fait d’être un Prix Nobel laisse espérer qu’il dise même des choses intelligentes, voyez ?
Je tombe par hasard et très tard sur ce fil, ce que je regrette. Il me paraît inadéquat d’évoquer ou juger telle ou telle traduction pour X, Y ou Z, sans connaître la langue d’origine.
@fandixhuit : je lis l’anglais, l’espagnol et le russe (ce dernier à un moindre niveau de maîtrise). J’ai déjà rencontré de mauvaises traductions, du moins selon mes critères. Je m’en suis ouvert sur ce forum.
Ensuite, je pense que oui on peut juger d’une traduction sans connaître la langue d’origine. À ce moment-là, on ne discutera évidemment pas la pertinence du terme choisi, mais on peut juger la langue française, non ? Je lis parfois des traductions simplement mal écrites, dans la langue cible (le français).
@Lucid_Lynx : bien entendu, on peut juger du style dans la langue française. Et tu as aussi les "belles infidèles" . Exemple : Nerval qui traduit le Faust de Goethe.
Mais en tant qu’ancien prof d’allemand, je peux te dire que nos traductions à la Fac étaient hyper censurées ! Cela dit, mes versions étaient meilleures que mes thèmes dans la mesure où je suis meilleure en français qu’en allemand, forcément !
Bien d’accord pour les belles infidèles, de Baudelaire à Mallarmé.
Que veux-tu dire par "nos traductions étaient hyper censurées" ?
Eh bien, les profs étaient hyper sévères. Censurées n’est pas le terme exact, en effet.
Mon prof de de grammaire allemande ( français => allemand) disait qu’un traduction, c’est comme un gant qui colle à la peau le plus possible, tout en respectant (évidemment) notre belle langue française.
Je me souviens notamment (sûrement mon premier thème en première année de Fac) d’une traduction possible pour lapin aux pruneaux.
Ça n’existe pas chez nous. D’où la difficulté. 😀
Ben si, ça existe, le lapin aux pruneaux. 😂 Bon, faut chopper et le lapin et les pruneaux ;-) Moi, je mets de la moutarde.
Ok, ok… je connais la route.
Mais oui, ça existe le lapin aux pruneaux, moutarde et crème fraîche, facile à faire en plus.
Kaninchen mit Pflaumen.😂
Cela étant, tout comme Lucid Lynx, je ressens la mauvaise qualité d’une traduction, même si je ne connais pas parfaitement la langue d’origine. Il faut dire que j’ai toujours trouvé que la traduction était un exercice passionnant, Comme le dit Fandixhuit, il faut réaliser cet idéal du gant qui colle à la peau. Il m’est arrivé de lire des romans en édition bilingue, et là, il est plus facile de se rendre compte si la traduction est satisfaisante ou non. On peut lire des traductions dont on sent qu’elles ne sont pas le reflet du texte original. C’est plus une sensation d’ailleurs qu’une certitude si l’on ne connaît pas la langue d’origine.
Je n’aime pas les pruneaux, et leur laisse les noyaux.Je partage vos idées. L’exercice de traduction, pratiqué sérieusement, est d’une redoutable difficulté. On peut passer des heures sur une phrase ou un vers. Voire même pour trouver le bon mot.Maintenant, on a Google ou DeepL (pas mal, d’ailleurs, au moins pour l’anglais… mais il faut quand même repasser derrière ;-)) 😁
Mon métier idéal : traductrice de romans allemands => français.