Bonjour, La notion de "degré zéro" de Barthes me semble vraiment floue. Même en lisant des explications sur internet j’ai du mal à la saisir : quelqu’un pourrait me l’expliquer clairement svp :)Merci à vous ;)
Barthes, Le Degré zéro de l’écriture
7 réponses
Bonjour @vienna,« C’est parce qu’il n’y a pas de pensée sans langage que la Forme est la première et la dernière instance de la responsabilité littéraire, et c’est parce que la société n’est pas réconciliée que le langage institue pour l’écrivain une condition déchirée. »La pensée de Barthes est complexe, mais surtout marquée par son temps.Elle s’inscrit dans la continuité de la Trahison des clercs de Benda. À la suite de l’affaire Dreyfus, beaucoup d’intellectuels sont entrés en politique, ils ont produit une littérature engagée. Barthes s’inspire d’une vision marxiste du phénomène littéraire, expression culturelle de classe.Pour Barthes, tout écrit littéraire (sauf la poésie) suppose une pensée préalable qui s’exprime dans une langue donnée que l’écrivain va travailler par une mise en forme conditionnée par des codes culturels propres à une classe sociale (la bourgeoisie dominante jusqu’à Flaubert). Les divisions ultérieures de la société vont engendrer des codes (postures) culturels et littéraires obligeant les écrivains à choisir un style. Le degré zéro de l’écriture est alors une vision utopique dans une société déchirée. Cette écriture blanche, neutre n’est pas possible puisque l’écrit est conditionné par une filiation ou une rupture avec la famille culturelle d’origine (rupture qui peut avoir conservé des traces linguistiques de l’éducation première). Dans cette conception de la littérature, le langage littéraire est biaisé par une idéologie sous-jacente qui interpose ses codes entre la réalité et son expression (soit l’écrivain s’inscrit dans l’idéologie dominante, la doxa, soit il choisit de la contester au nom d’une autre idéologie).Le degré zéro invite à regarder moins les idées développées que la forme utilisée par l’écrivain. Pour Barthes, cette signature est plus significative lorsqu’il s’agit de considérer l’histoire du fait littéraire. Ce degré zéro est finalement une tentative d’assigner une fonction unique à la littérature : dire le monde sans le déformer. L’écrivain paradoxalement doit s’effacer. Cette conception pose les rapports entre concept et réalité, entre perception et interprétation. https://www.espacefrancais.com/roland-barthes-le-degre-zero-de-lecriture/
merci beaucoup, c’est très clair ;)
Excellent bilan, qui est utile à d’autres. Merci Jean-Luc.
Merci pour cette synthèse très éclairante.
Mais alors, que pense Barthes à propos de Flaubert ? Ce dernier est-il parvenu à "s’effacer" ?
Bonjour @guillaumecls,
Flaubert est pour Barthes un exemple de la mauvaise conscience de l’écrivain dans une société déchirée.
Vers le milieu du XIXe siècle, la littérature entre en crise. Jusqu’alors elle était la voix d’une bourgeoisie dominante, mais alors se produit une rupture sociale, politique et idéologique. Avec Flaubert émerge un artiste qui exècre son milieu tout en lui devant les codes linguistiques et culturels de son écriture.
La première étape de cette désintégration du fait littéraire est Flaubert : « L’Artisanat du style », ou la mise en place de la « valeur-travail » de l’écriture, art « désidéologisé », c’est-à-dire assumé comme « convention claire ». Flaubert tente d’échapper à ses contradictions intimes en conduisant le roman vers l’esthétisme, il revendique la valeur de son style plutôt qu’une représentation du réel.
Je vous remercie infiniment.



