La satire suppose la trivialité.
Reprenons le texte
1 Comment pourrions-nous bien avec nos petits yeux
Connaître clairement les mystères des cieux ?
Quand nous ne savons pas régir nos républiques,
Ni même gouverner nos choses domestiques !
5 Quand nous ne connaissons la moindre herbe des prés !
Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos pieds !
Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles,
Comme si l’Esprit Saint avait usé ses ailes
A s’appuyer sur eux, comme s’ils avaient eu
10 Du ciel dru et menu mille langues de feu,
Et comme s’ils avaient (ainsi que dit la fable
De Minos) banqueté des hauts Dieux à la table
Sans que honte et vergogne en leur cœur trouve lieu,
Parlent profondément des mystères de Dieu,
15 Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires,
Ils savent ses avis ils savent ses affaires,
Ils ont la clef du Ciel et y entrent tous seuls,
Ou qui veut entrer, il faut parler à eux.
Les autres ne sont rien sinon que grosses bêtes,
20 Gros chaperons fourrés, grasses et lourdes têtes :
Saint Ambroise, Saint Jérôme, et les autres docteurs,
N’étaient que des rêveurs, des fous, et des menteurs :
Avec eux seulement le Saint Esprit se trouve,
Et du saint Evangile ils ont trouvé la fève.
25 O pauvres abusez !
vers 1 à 7 dénonciation de la suffisance protestante qui prétend connaître les pensées de Dieu alors que l’intelligence humaine et son savoir sont limités voire aveugles. La trivialité de "choses domestiques" mises sur le même pied que "républiques", celle de "pieds" opposés à "cieux" peuvent constituer des traces satiriques.
vers 8 à 14 dénonciation satirique de la familiarité supposée des protestants avec les personnes divines (Trinité), Le terme familier "usé" appliqué aux ailes du Saint Esprit traditionnellement représenté sous la forme d’une colombe, c’est un manque de respect. Le mot "banqueté" est doublement insultant : il ravale la présence divine à un repas païen. De plus les protestants qui ne croient pas à la transsubstantiation profanent la vision béatifique symbolisée parfois comme le repas de l’Agneau (Jésus-Christ).
Vers 15 à 18 application ironique de fonctions officielles "conseillers", "secrétaires", répétition piquante de "savent". Le terme "clef" renvoie à la papauté (Saint Pierre a reçu du Christ les clefs du Royaume). Or les protestants refusent l’autorité de Rome, donc ils pénètrent au ciel par effraction. Ils ont détourné l’infaillibilité pontificale ("Ou qui veut entrer, il faut parler à eux.").
vers 19 à 24, reprise par Ronsard des injures (satire par les termes grossiers) proférées par les protestants qui se déconsidèrent par leur mépris de ceux qui ne partagent pas leurs conceptions et surtout qui insultent les docteurs de l’Église. (Déni de l’argument d’autorité).
vers 25, Pauvres gens, vous abusez. Ronsard conclut par un apitoiement ironique et dénonce ce trop c’est trop.