Que vous apporte la littérature au quotidien ?

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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La littérature est un moment à moi, que je vis dans mon canapé, dans mon lit, dehors, en ville, sur un banc, dans un bus ou dans une salle d’attente (médecin, dentiste…). Je me coupe de la vie réelle, de mon quotidien, et je pars à la rencontre d’amis, d’idées, rejoindre une autre époque, un autre univers. Ma vie est ainsi plus palpitante, et je ressens des émotions jusqu’alors parfois inconnues. Elle me permet de comprendre une époque, les états d’âme d’un écrivain, de partager sa vision du monde. La littérature au quotidien, c’est principalement une évasion, un laps de temps où je sors de ma personne. Et un retour à la réalité qui a d’autant plus de relief, puisque cette réalité est mise en perspective avec le contenu de mes lectures.Et vous, que vous apporte la littérature au quotidien ?

Que cette aventure intérieure est bien analysée !

Je partage ces maîtres mots d’évasion, d’introspection, d’enrichissement. Avec les livres, fini l’ennui ! bonjour la ronde des mots !

Mais aujourd’hui je me rends compte que lire me demande un effort parce que les écrans fascinent, que la vraie littérature est réellement exigeante.

Je suis d’accord avec toi Jean-Luc sur le rôle des écrans 😏. Je lis moins qu’avant, et, bien que je sache pourquoi, j’ai de la peine à faire ce petit effort de lire plus. Car normalement, ce n’est pas non plus l’Everest à escalader! Mais la paresse, n’est-ce pas…

Alors pour faire court (et si c’était un énoncé scolaire) je demanderais plutôt : « que n’apporte pas la littérature ? » 😁Bon, blague à part il y a bien cette part d’évasion, d’introspection et d’enrichissement que souligne perluète.Pour ce qui est de l’évasion, je ne la ressens pas comme une fuite mais plutôt comme un voyage. Dans le style romanesque, la nouvelle (Renard, Maupassant…) est une petite balade, le roman court à moyen une randonnée, tandis que les grands romans sont de véritables aventures autour du monde. Plus jeune, je cherchais à être surpris, parfois effrayé (j’aimais par exemple le genre fantastique), aujourd’hui je recherche des nourritures plus roboratives, plus enrichissantes, oserais-je dire plus profondes ? Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les voyages imaginaires qu’offrent certains romans. La réflexion, la rencontre avec d’autres frères humains, les fenêtres ouvertes sur l’âme humaine, je les trouve dans les échanges épistolaires, le théâtre, les journaux, les essais, les ouvrages historiques. Le théâtre est un genre très riche : s’il présente tous les avantages des autres genres littéraires, souvent en plus il me divertit, m’amuse, parfois me fascine par sa maîtrise de la langue - peut-être encore plus encore lorsqu’il est joué. Et puis il y a les inclassables, les trésors littéraires, ceux qui me transportent au-delà de tout, ceux qui offrent de nouvelles découvertes à chaque relecture, ceux le contenu est aussi riche que l’écriture - pour moi ce seraient certains Dostoïevski ou Kafka, quelques Balzac ou Dickens, ou encore tel Céline ou tel Gracq.

Je sors d’une longue période pendant laquelle la littérature romanesque me paraissait être une perte de temps et de peu d’intérêt, ce qui ne m’empêche pas d’avoir toujours beaucoup lu. Seulement le contenu de mes lectures a beaucoup évolué. J’ai à peu près arrêté de lire des romans vers trente ans, je lisais des essais sur divers sujets (histoire, science, philosophie, etc.). Pendant cette période d’une vingtaine d’années, je ne lisais plus que deux ou trois romans par an tout au plus, beaucoup moins que pendant ma période précédente.Et puis il y a trois ans, le balancier est revenu dans l’autre sens, maintenant je lis majoritairement des romans, et découvre ou redécouvre des classiques.

Ta démarche est très intéressante. Je connaissais un vendeur de Pléiade, gros lecteur et immergé par nature dans la littérature, qui me disait également qu’il ne lisait plus de romans et préférait se concentrer sur les correspondances, les journaux, les essais…

Je comprends qu’à un certain stade l’on soit un peu saturé de romans et que l’on ait envie de passer à autre chose.

Ton retour au roman démontre au moins deux choses, l’une qu’un lecteur régulier a besoin de varier les genres littéraires, l’autre que le genre romanesque est très riche avec ses différentes écritures et ses multiples univers.

Il est certains romans qui permettent aussi d’apprendre et de réfléchir, de lire des témoignages… La frontière avec les autres genres n’est pas hermétique. Le roman court n’a pas le même apport que l’épopée sur plusieurs tomes.

Le style a également une importance capitale : à titre d’exemple l’écriture de Jules Renard, bien que simple et directe, n’est pas désagréable à lire, pas plus que n’est désagréable le style richissime qu’emploie Julien Gracq pour ses premiers romans. Les traductions qui tentent de refléter au mieux l’esprit du texte original ont une importance capitale : nous avons la chance d’avoir de bonnes traductions de Dostoïevski, Dickens ou Kafka par exemple et, là aussi, on voyage dans des catégories et des univers très différents.

Et ce n’est peut-être pas un hasard que ton retour au roman passe par les classiques, tant ces derniers offrent de facettes différentes de la littérature et tant les écrivains classiques attachaient d’importance à la qualité de l’écriture.

Je suis revenu à la littérature par un chemin un peu particulier. Il y a trois ans, j’ai appris l’espéranto. Et comme je pense que pour bien fixer une nouvelle langue, il faut lire sa littérature, j’ai lu quelques romans dans cette langue, et j’ai retrouvé un intérêt un peu oublié pour le roman en soi, alors que l’intention initiale était seulement de me perfectionner.Dans le même ordre d’idée, je me suis mis à lire des romans en anglais et j’y ai trouvé un intérêt indépendamment de la motivation de hausser mon niveau dans cette langue (au départ strictement utilitaire, j’en mange tous les jours depuis des dizaines d’années, sans lui trouver de charme particulier, mais l’anglais littéraire est vraiment foisonnant). La relecture en version originale de quelques romans que j’avais lus en français a été aussi une petite révélation.L’exploration du continent de la littérature anglo-saxonne va m’occuper un certain temps. La plongée dans l’Angleterre victorienne peinte par Dickens est fascinante, la littérature américaine est aussi très intéressante.Pour ce qui est des russes, j’ai lu Dostoievski il y a longtemps, mais j’y reviendrai probablement dans un an ou deux (en traduction, je ne connais pas le russe).Je suis devenu assez sélectif. Quand j’étais plus jeune, mes lectures allaient de la mauvaise science-fiction à Victor Hugo. Maintenant, je déteste perdre mon temps dans des choses qui n’en valent pas la peine, donc je ne prends pas trop de risque, et ne m’écarte pas beaucoup des classiques et auteurs reconnus (mais ça peut encore évoluer).

Je me suis longtemps dit que si j’avais eu un parcours de vie littéraire j’aurais aimé entre autres lire les grandes œuvres dans leur langue d’origine.

Il m’aurait fallu au minimum maîtriser l’anglais littéraire - ne serait-ce que celui du XIXe siècle sans parler de l’anglais de Shakespeare -, et le russe. Puis, en en y réfléchissant bien, il m’aurait fallu également une bonne connaissance du latin et l’ancien français - et je ne parle pas du grec ancien. Là, ça commence à se compliquer.

Je réfléchissais à ça depuis quelques temps, jusqu’à ce qu’après avoir confié à un proche (sinologue) que j’avais lu plusieurs traductions du Dao de jing qui ne me satisfaisaient pas, il me conseille de le lire… dans le texte.

Cela m’a permis de relativiser et de me concentrer au fil de mes lectures sur l’apprentissage d’un français littéraire qui me semble aujourd’hui déjà bien difficile à maîtriser.

Bonjour Freddy,

Je me permets d’intervenir dans ce fil où je n’ai rien à faire…

Qu’entends-tu par "un français littéraire qui me semble aujourd’hui déjà bien difficile à maîtriser." ? Qu’est-ce que c’est que ce français littéraire qui pose un problème à quelqu’un comme toi ?

freddy:C’est sûr que j’ai un peu souffert pour passer de l’anglais moderne à celui de Dickens, quand chaque page était truffée d’une dizaine ou vingtaine de mots que je n’avais jamais vus en trente ans d’usage de l’anglais courant, avec en plus de l’argot des bas-fonds londoniens. Mais maintenant, au bout de 2000 pages, je commence à être assez fluide sur Dickens, j’ouvre de moins en moins le dictionnaire (j’ai l’impression que ma musculature s’est un peu renforcée à force de manipuler le Harrap’s de 2-3 kg 😁).Et il ne me parait absolument pas nécessaire d’être érudit en latin ou en grec.L’anglais de Lovecraft est un peu particulier, mais en fait, au bout de 100-150 pages, on a fait le tour de son vocabulaire.Par contre, j’ai été directement à l’aise avec Steinbeck, ça correspondait bien à mon niveau naturel.Petite curiosité : en lisant Dickens, j’ai appris quelques mots de français que je ne connaissais pas. Des mots rares, ou tombés en désuétude depuis des siècles en français mais qui subsistent sous leur forme anglaise, et qui ne se retrouvent même pas dans la traduction française.Cet investissement dans l’anglais littéraire se justifie par l’abondance de la littérature dans cette langue. Et comme de nos jours, tout le monde connait l’anglais, l’effort pour monter d’un cran n’est pas si démesuré, c’est surtout le vocabulaire qui est foisonnant.

Bonjour plutonium,

Petite curiosité : en lisant Dickens, j’ai appris quelques mots de français que je ne connaissais pas. Des mots rares, ou tombés en désuétude depuis des siècles en français mais qui subsistent sous leur forme anglaise, et qui ne se retrouvent même pas dans la traduction française.

Tu pourrais donner deux ou trois exemples, juste pour le plaisir des mots, stp ?

"Mr Pickwick’s equanimity was at once restored".Pour "equanimity", le Harrap’s donne seulement "équanimité", sans autre explication, et le mot n’était même pas dans mon Larousse en six volumes. L’adjectif "equanimous" existe aussi en anglais, et en français "équanime".Par contre, si j’avais lu Dickens traduit en français, je n’aurais pas découvert ce mot, parce que Grolier a traduit par :"La sérénité de M Pickwick fut sur-le-champ restaurée"

Merci plutonium. Bonne journée.

"équanimité", sans autre explication, et le mot n’était même pas dans mon Larousse en six volumes.Tu m’étonnes quand même, car le mot est bien évidemment dans le Larousse du XXe siècle en 6 volumes (paru dans les années 20-30), dans le Petit Larousse illustré depuis belle lurette, dans Littré, dans le DIctionnaire de l’Académie française, …

Oui, je sais qu’il est dans d’autres dictionnaires, comme le Littré, c’est là que j’ai ensuite trouvé la définition. Mon dictionnaire date des années 1970.

@Hippocampe salut à toi,

Le français du XXe siècle ne présente en effet pas de grosses difficultés, sauf certains jargons (philosophie, ethnologie…).

Celui du XIXe n’en présente pas non plus d’énormes, à part quelques régionalismes ou termes oubliés dont il est très agréable de découvrir ou redécouvrir et préciser le sens.

En remontant dans le temps, les XVIIIe et le XVIIe siècles qui sont exemplaires en ce qui concerne la maîtrise de la langue présentent des tournures et un vocabulaire parfois inusités, mais, là aussi, on finit par s’en sortir. Attention toutefois aux contresens : certains mots ont changé d’acception.

Quant on arrive au XVIe siècle, surtout dans la première partie du XVIe, ça commence à se corser un peu : d’Aubigné, Monluc, Pascal et Montaigne - dans le texte et non quelque peu translatés en français moderne - ne se lisent pas de façon totalement fluide si l’on n’est pas accoutumé ; les notes me sont toujours très utiles - je n’ai pas suivi d’études littéraires et j’ai appris sur le tas. Et quand on aborde Rabelais, les difficultés augmentent : il emploie un vocabulaire d’une telle richesse quand dans certains domaines les spécialistes se posent encore des questions.

Enfin, pour ce qui concerne le Moyen Âge (tu me diras que la période est longue !), ce que je préfère, ce sont les versions « bilingues » avec l’ancien français en regard de la translation moderne. C’est un plaisir que de pouvoir comparer les textes et de découvrir des formulations que l’on ne connaît pas. Je serais en revanche totalement incapable de lire ces textes dans leur version originale, tant il y a de formes variées à travers les époques et les lieux. À titre d’exemple, les Pléiade des années 1990-2000 (les Œuvres complètes de Chrétien de Troyes, Le Roman de Renart ou encore Tristan et Yseut - Les premières versions européennes) sont de véritables réussites, accessibles, tandis que les anciens volumes (Poètes et romanciers du Moyen Âge, Historiens et chroniqueurs du Moyen Âge et Jeux et sapience du Moyen Âge) ne s’adressent de mon point de vue qu’à des lecteurs qui ont appris l’ancien français.

Merci Freddy pour cette réponse détaillée mais je reste perplexe : le français est-il d’autant plus littéraire qu’il est ancien ? Que veut dire littéraire ???

Bah, je ne sais pas, j’ai employé ce terme dans certains sens que l’on retrouve dans le TLFi, comme :

« Qui ressortit à la littérature », « Qui est le véhicule d’une expression écrite » ou mieux encore : « Qui appartient à un niveau de la langue écrite plutôt que parlée » (Mot marqué littéraire dans un dictionnaire)

Par rapport à ta question, j’ai surtout développé « ce qui posait problème ».

Il est probable que si l’on disposait d’enregistrements audio datant d’il y a quelques siècles, nous aurions aussi des difficultés à comprendre ce français parlé. Ça me fait penser à l’expérience de Georges Forestier qui a créé une troupe théâtrale à la Sorbonne et qui indique aux comédiens la diction qu’il convient d’employer pour jouer Racine par exemple. C’est tout à fait réjouissant.

> @""#p560889 "équanimité", sans autre explication, et le mot n'était même pas dans mon Larousse en six volumes.Tu m'étonnes quand même, car le mot est bien évidemment dans le Larousse du XXe siècle en 6 volumes (paru dans les années 20-30), dans le Petit Larousse illustré depuis belle lurette, dans Littré, dans le DIctionnaire de l'Académie française, …Comme tu m’as fait douter, je suis allé revérifier juste maintenant, et je confirme : ce mot n’est pas dans le dictionnaire Larousse en six volumes dans son édition de 1977. On passe directement de "épurge" à "équant".

Je te crois bien entendu, mais je me demande par quelle fâcheuse erreur d’appréciation ils ont omis dans un Larousse en six volumes un mot relativement connu qui figurait dans la plupart des autres éditions de Larousse, y compris le Petit Larousse illustré en un seul volume de 1940, 1989 ou 2005 ! Mais il est absent du PLI de 1970 et de 1983 : années de purgatoire pour le mot ! Étrange vie de mots !