Traduction d’un texte néolatin

Langues anciennes

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Dans le cadre d’un travail je traduis un texte néolatin qui date du 17e siècle et qui n’a, à ma connaissance, jamais été traduit en langue française. Je coince un peu sur cette phrase (le contexte, c’est l’histoire d’un martyr chrétien persécuté car il s’écarte du culte officiel de Mithra en Perse)

Sic prae te Deos nihili orbe toto faciat hinc Phoebo tepens

Oriente populus : inde praecipitem mari

Condens Ibero : quisque tranversi poli

Sub utroque degunt axe ; nec sola inclytum

Ausonia numen regna : sed Persae tremant ;

Qui nunc regentum scelere pro ! miseri jacent ;

Alta sepulti nocte

Ma traduction, très bancale serait la suivante :

"Ainsi, que le peuple qu’échauffe ici le Soleil levant et que le peuple qui emporte le soleil qui se précipite dans la mer ibérique ne tiennent pour aucun prix les dieux sur toute la terre en comparaison à toi, et tous ceux qui vivent sous l’un et l’autre axe du ciel qui tourne (conception antique de la voûte céleste qui tourne peut-être ?) ; et que non seulement les royaumes d’Ausonie, mais aussi les Perses craignent ton illustre divinité ; Hélas, malheureux ceux qui par la scélératesse des rois sont étendus ensevelis dans une nuit profonde".

L’idée en gros c’est que les divinités paiennes (Deos) ne valent rien en comparaison au Dieu du christianisme (prae te).

Je crois qu’il y a un balancement : hinc/inde ; Orient / Occident (Ibero mari). J’ai envie de sous-entendre "solem" après praecipitem (l’idée du soleil qui plonge dans la mer ibérique) et de faire de condens un adjectif au nominatif pour qualifier "populus". Il y aurait "populus tepens Phoebo Oriente" d’un côté (le peuple qu’échauffe le Soleil Levant) et "populus condens praecipitem mari Ibero" le peuple "emportant" le soleil qui se précipite dans la mer. Mais ça serait un peu une anacoluthe donc je ne suis pas satisfait par cette hypothèse ? ça me semble beaucoup trop peu naturel et trop maniéré pour être exact.

En vous remerciant pour votre aide,

Maxime !

Bonjour, voici un essai de traduction…

Ainsi, que par toute la terre , ils  tiennent les dieux  pour rien en comparaison de toi, les peuples échauffés par Le Flamboyant à son lever, puis ceux qui le cachent au moment où il s’enfonce dans la mer d’ Ibérie, ainsi que  ceux qui vivent sous les deux pôles de la voûte céleste. Que non seulement les royaumes d’ Ausonie mais aussi les Perses redoutent ton illustre divinité.

Hélas, qu’ils sont malheureux ceux qui, par les crimes des puissants, gisent aujourd’hui, ensevelis dans une profonde nuit.

 -      Denis( Denys) Petau, jésuite, a sans doute d’abord écrit en grec  ce passage tiré de la tragédie « Usthazanes sive Martyres Persici » puis il l’a traduit en latin. Qu’en pensez- vous ?

-      Aux vers 1 et 2, hinc…inde signifient d’un côté…de l’autre. J’ai préféré ne pas les traduire pour ne pas alourdir la traduction. faciat populus est bien un singulier auquel j’ai donné une valeur de pluriel.

-      A tort ou à raison j’ai souhaité « poétiser » Phoebo Oriente…mais cela est grandiloquent…

-      Au vers 3, il faut lire QUIQUE et non QuiSque.

-      Au vers 3 j’ai traduit « condens » par « cacher » me fiant à des traductions de Virgile parlant du soleil : sol quoque et exoriens et cum se condet in undas…

-      Le passage le plus retors à mes yeux est « tranversi poli…utroque…axe » . La tournure « tranversoque polo » rencontrée chez Manilius (Astronomiques, I, 585 ) et la tournure « sub utroque axe » vue chez Columelle, IV,24 me semblent compliquer la tâche et non la simplifier. La traduction que je vous propose ( c’est une hypothèse !) repose sur l’idée que c’est sur TOUTE LA TERRE ( « toto orbe ») que les peuples doivent ignorer les dieux (païens) : à l’Orient (Oriente), à l’ Occident ( condens) et aux deux pôles ( sub utoque axe), nord et sud.  A vous de voir !

-      Au vers 6, j’ai préféré traduire également « nunc »

 

 

Bonne lecture…

 

Merci infiniment ! Vraiment je suis heureux que vous me fassiez bénéficier de votre expertise et de votre finesse de traduction. Merci d’avoir pris le temps de vous pencher sur ces quelques lignes !

Je souscris totalement aux analyses que vous suggérez et je trouve la traduction que vous proposez d’une grande élégance (j’aime beaucoup votre "Flamboyant", belle équivalence dynamique).

J’ignore si Denys Petau a d’abord rédigé ce passage en grec (qu’est-ce qui vous conduit à la penser ?), je n’ai pas une connaissance assez fine des langues anciennes pour l’apprécier.Puisqu’il s’agit d’un poète néolatin, je pense naïvement qu’il a écrit directement en latin (ça me semble contre-intuitif pour un auteur de passer d’abord par le grec, langue sans doute moins maîtrisée que le latin déjà à l’époque). Mais je trouve le style de l’auteur souvent maniéré et précieux. Ce qui est sûr c’est que ce sont des pièces d’inspiration sénéquienne - voilà pourquoi je n’ai pas envisagé que l’auteur ait pu passer d’abord par le grec. L’une des pièces de l’auteur, "Carthaginienses" est presque un calque de la Médée (scène de l’exécution des enfants reprise mot pour mot) et s’ouvre, comme beaucoup de pièces de Sénèque, par l’intervention d’une ombre surgie des enfers. Un théâtre d’affrontements, donc, avec des scènes d’une grande violence (dans la tragédie dont l’extrait est issu, il y a de longues scènes de torture) dans la veine du théâtre sénéquien ultra violent (et j’imagine que le théâtre macabre qui était en vogue au 16ème siècle a pu influencer l’auteur).

Je m’étonne que ces pièces en néo-latin n’aient pas encore été étudiées ou traduites, d’autant que Denys Petau n’est pas un auteur confidentiel, mais au moins ça fait des sujets de travaux académiques et de mémoires pour les étudiants.

Bonjour,

Vous avez raison quant à la rédaction originelle en latin des oeuvres majeures de Denys Petau. Mon idée concernant ses écrits en grec vient du fait qu’il a étudié aussi le grec, qu’il a correspondu et écrit des poèmes dans cette langue. Mais son modèle qu’était Sénèque l’amenait nécessairement à écrire ses tragédies en latin.

cordialement