Virgile, Énéide, VI : "suppostaque furto Pasiphae"

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Dans la description des portes du temple de la Sibylle, au début du chant VI, Virgile décrit en détails les scènes de la légende crétoise et les amours de Pasiphaé avec le taureau.

Les Belles Lettres traduisent "furtif accouplement" mais je ne suis pas très satisfait par cette traduction. Intuitivement, je voyais dans "supposta" l’idée de Pasiphaée dissimulée, placée sous un costume de vache. Après une recherche Google de traductions dans différentes langues, il n’y a pas de consensus. Je n’ai pas de préparation scolaire sous la main, malheureusement.

Vous envisagez les choses comment ? Pasiphaé, substituée furtivement ? Pasiphaée, placée discrètement sous un costume de vache ? Pasiphaé, soumise à un accouplement furtif ? Dans un cas, on a sup-posta avec le substantif furtim, i (le vol, le larcin, ce qui se commet discrètement) au datif complément du verbe préfixé, dans l’autre on a plutôt supposta avec un adverbe "furto" discrètement, furtivement ?

Du coup, Pasiphaé, soumise à un accouplement furtif ? ou Pasiphaé, dissimulée/placée furtivement sous [le costume de vache], substituée furtivement ?

Une vieille traduction française reprend plutôt l’idée de l’allusion au costume de vache : "L’amour de Pasiphaé pour un taureau et son étrange stratagème pour s’en assurer la jouissance.

Je sais que je me prends la tête pour des bêtises, on a bien compris qu’il parlait de Pasiphaé et du taureau, mais j’ai toujours le souci de savoir tout expliquer en détail devant une classe…

Merci à tous !

Bonsoir,

Avec un datif, suppono signifie « placer en-dessous, soumettre, mettre à la place de. » Considérer  furto comme un datif de furtUm-i = « le larcin, la ruse, l’adultère» dépendant de supposta ( « soumise à un adultère ») me semble, sans exclure totalement l’hypothèse , compliqué, difficile à admettre. Si nous faisons le choix de furto venant de furtum, on pourrait plutôt en faire un ablatif et traduire par « soumise par la ruse »

Les dictionnaires Gaffiot et Forcellini choisissent, à propos de ce passage, d’en faire un adverbe « subrepticement », que l’on rencontre aussi chez Virgile, Enéide, IV, 337 où furto est clairement un adverbe.

En fait c’est le vers 24 qui dans sa totalité est (volontairement ?) ambigu. Les traducteurs et commentateurs le montrent bien :

hic crudelisamortauri, suppostaquefurto : à quel nom s’accorde crudelis ? Selon les uns à amor, selon les autres à tauri.

Virgile (Buc, VI,50) emploiera les termes  turpis concubitus-  accouplements honteux pour nommer indirectement l’union de Pasiphaé au taureau blanc ce qui inciterait à traduire supposta  par « couverte, montée » ; concubitus  désigne chez Virgile l’accouplement des abeilles .(Géorg, 4,198) 

A propos de supposta certains parlent de « posture dégradante, soumission scandaleuse, pleine déchéance » .

A titre d’information certains auteurs grecs , pour parler de l’union entre Pasiphaé et le taureau utilisent des formes telles que μιγεῖσαν = s’unir/ βοΐ συνῆλθεν = s’accoupler au taureau/ μείξειε ταυρείῳ/ επιβαίνω= saillir .  

Bref…