Ce jour sort le George Orwell en Pléiade, avec de nouvelles traductions. Attendu par les amateurs comme le Graal…
Deux œuvres majeures (au minimum) figurent dans ce nouveau volume de la belle collection Gallimard : La Ferme des animaux et Mil neuf cent quatre-vingt-quatre. Auteur et critique visionnaire, on a pu accuser Orwell de n’être pas un « grand » écrivain - pour son style.
Je vous reparlerai de tout ça dès que je l’aurai lu. J’espère ne pas être le seul.
https://www.la-pleiade.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/OEuvres105#
Cette discussion a été créée à partir de réponses séparées de : Bibliothèque de la Pléiade.
J’ai lu "Mil neuf cent quatre-vingt-quatre" pour la première fois dans les années quatre-vingt, et dois repasser dessus tous les dix ans. L’histoire elle-même a un peu vieilli (on ne trouve plus guère d’Etats totalitaires qui pourraient ressembler au monde décrit par Orwell, à part peut-être la Corée du Nord) mais les thèmes sont toujours actuels.Il n’y a pas beaucoup de romans qui ont impressionné leurs lecteurs au point de produire des mots et expressions intégrés au langage courant, qui ont même franchi la barrière de la langue."novlangue" ("newspeak"), "police de la pensée" ("thought police"), "Big brother", "ministère de la vérité"… même des personnes qui n’ont jamais lu le roman connaissent ces expressions.La traduction de "newspeak" en "novlangue" était une belle trouvaille. "oldspeak" avait été traduit par "ancilangue".Je suis intéressé par ton avis sur cette nouvelle traduction.
Je partage entièrement l’aspect littéraire, Plutonium, je suis moins sûr de l’aspect politique.( Une relecture de la Ferme des Animaux ne nous fera pas de mal non plus).
Pour l’aspect politique, j’ai lu ce roman plus tard, dans les années 90. Entre-temps, le Mur de Berlin était tombé. Aujourd’hui, l’idée d’une Europe séparée en deux par un Mur nous paraît hallucinante, et nous avons du mal à comprendre qu’on l’ait tenu pour une situation acceptable (sans parler même de ceux qui pouvaient le trouver utile et légitime). On n’aura pas le ridicule de regretter cette époque, mais il y avait une alternative, deux blocs, un choix. Aujourd’hui, il n’y a plus de choix, on a commencé à parler de "mondialisation", et c’est ma cousine Tina, celle qui dit qu’y a pas l’ choix, qui a emporté le morceau. Disparu, l’horizon des autres mondes possibles. Mais je ne crois pas que cela ringardise Orwell, ça le confirme, à mon avis.
En ce qui me concerne, je trouve qu’Orwell a un excellent style, en particulier dans Mil neuf cent quatre-vingt-quatre. Je ne sais pas ce qui fait dire à certains que ce n’est pas le cas… L’écriture est certes un peu sèche, mais c’est comme ça qu’elle sert le propos, et je pense que c’est tout à fait réfléchi.
D’une part, dans certains passages, il me semble qu’Orwell dénonce implicitement le style sans conscience de l’idéologique que ce style sert - en d’autres termes, il dénonce l’esthétique sans éthique.
D’autre part, Orwell parvient à garder un roman qui se lit tel un roman, mais en y casant beaucoup de théorie… grâce notamment au fameux livre de Goldstein et à l’appendice, qui permet de dissocier la théorie du "romancé".
Je trouve les dialogues formidables, très cinématographiques.
@freddy.lombard , quand vous l’aurez lu, nous pourrons en discuter !
L’adaptation cinématographique rediffusée il y a deux ou trois ans (sur Arte), et que j’ai enregistrée, est très fidèle au roman et reprend directement les dialogues.
Il faudrait que je le revoie. J’ai le souvenir d’une déception, mais je ne sais plus trop bien pourquoi. Pourtant servi par un acteur britannique hors pair, John Hurt.
Je pense que les moyens étaient assez limités.Ce n’est peut-être pas un grand chef d’oeuvre, mais ça restituait quand même bien l’environnement oppressant du livre d’Orwell.Remarquer aussi la dernière apparition de Richard Burton.