La discussion ayant lieu ailleurs sur un titre d’Agatha Christie (Dix petits Nègres) m’a fait songer à ce sujet. Il y a des sujets sur tel ou tel titre (L’Assommoir, Mémoires d’outre-tombe), mais je n’en ai pas vu sur les titres en général. On peut se poser toutes sortes de questions. Quelques unes en vrac : Ca sert à quoi, le titre ? Peut-on distinguer plusieurs genres ? Le titre mystérieux, le titre provocateur, celui qui est bien trouvé, mal trouvé. Le titre rigolo-calembour. Celui dont on ne voit pas le rapport avec le contenu Celui qui prête ou à prêté à des contresens. Celui qui a été modifié, en mieux, en pire. Le titre réponse, référence à un autre titre (par exemple, Bruno Bauer ayant publié une Philosophie de la misère, Marx lui répondit par Misère de la philosophie !). Ou encore les auteurs qui ont des titres tout pourris, ceux au contraire qui trouvent des titres magnifiques (parfois, c’est seulement le titre, comme chez les publicitaires, le contenu n’étant pas à la hauteur). Liste non limitative. Je commence : le titre modifié, deux exemples illustres : Zola avait écrit, au moment de l’Affaire Dreyfus, le fameux article "Lettre à Monsieur le Président de la République". Ca dit l’essentiel : cet article est une adresse, Zola demande au Président d’intervenir. Clémenceau (qui était le patron du journal L’Aurore, à l’époque) trouve l’article excellent, sauf le titre. A la place, il écrit J’accuse… Ici, l’idée est évidente : Clémenceau a trouvé le titre de Zola un peu mou du genou, pas punchy. Dans ce cas, il y a un grand écart significatif entre les deux titres. En revanche, Hugo travaille pendant 15 ans sur un roman, qui traîne sur son bureau, ce qui est très rare dans son cas, projet qu’il a intitulé Les Misères. Quand il évoque le roman dans sa correspondance, c’est toujours sous ce titre. Et d’un seul coup, au dernier moment, il change et intitule : Les Misérables. Ici, c’est le cas contraire de Zola, parce la différence entre les deux titres n’est pas spectaculaire. Il me semble évident que Les Misérables, c’est mieux, et même bien mieux, mais je ne suis pas sûr que je saurais dire pourquoi. Ou plus exactement, j’ai bien une idée mais je n’en suis pas sûr.
Les titres d’œuvres littéraires
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Bonjour.
Pour ma part, je dirais simplement que Hugo a trouvé Les Misérables plus "incarné" que Les Misères. Et puis, ça me semble mieux sonner. Mais on doit pouvoir creuser un peu plus, du côté des diverses acceptions du terme.
Je trouve que "Les misères" est un titre qui aurait mieux convenu à Zola qu’à Hugo. Peut-être Hugo l’a-t-il subodoré ? 😂
Bonjour,
Je trouve l’évocation des personnes plus percutante que celle des concepts.
https://www.topito.com/top-livres-change-titre
On peut écarter d’emblée la référence à Zola. Hugo commence son livre en 1845-46 et le publie en 1862. Zola avait 3 ans en 1845 et 20 en 1862. Hugo se voulait un visionnaire, mais ses dons n’allaient pas jusque là !
Je suis d’accord sur le fait que "Les Misérables" sonne mieux, mais difficile à justifier "scientifiquement", si je puis dire. Pour "les Misères" (il faudrait aussi interroger ce pluriel), il y a sans doute déjà l’intention d’éviter l’abstraction (par exemple : LA Misère). Je note toutefois que l’ouvrage ne manque pas de nombreux aperçus théoriques et d’idées politiques et sociales générales, et qu’il a été critiqué comme un "roman à thèse", ce qu’il est, en partie; il y a un aspect didactique indéniable.
Le paradoxe, c’est que si tout le monde a bien compris la leçon, ce qui reste dans la culture, dans l’imaginaire, ce sont les personnages. Tout le monde (à part les élèves des séries littéraires, naturellement) connaît Gavroche, les Thénardier, etc., qui sont presque devenus des noms communs. "Allez, fais pas ta Cosette", cela peut se dire et être immédiatement compris.
Rejoignant une autre discussion, il est à noter que "misérable" est un terme dépréciatif. Un "misérable", avant ou en même temps que cela peut désigner une situation économique, cela désigne une chose ou une personne méprisable, minable. Hugo joue sciemment là-dessus, avec l’idée que ce qui rend misérable au sens méprisable, au sens moral, c’est la misère économique, sociale et culturelle.
On peut écarter d’emblée la référence à Zola. Hugo commence son livre en 1845-46 et le publie en 1862. Zola avait 3 ans en 1845 et 20 en 1862. Hugo se voulait un visionnaire, mais ses dons n’allaient pas jusque là !
C’est bien pourquoi je l’ai écrit sous forme humoristique!
Voici un exercice que j’aurais pu faire avec mes élèves, pour vérifier s’ils avaient lu le texte. Parfois, tout est dans le titre, par exemple Germinal de Zola (on comprend à la fin).
Et que penser des ouvrages traduits avec un titre complètement différent ?
Il est bien l’article que tu cites, fandixhuit : loin d’être chelou, il claque sa mère. 😁
Ou encore les auteurs qui ont des titres tout pourris, ceux au contraire qui trouvent des titres magnifiques (parfois, c’est seulement le titre, comme chez les publicitaires, le contenu n’étant pas à la hauteur).
Quand la logorrhée mercatique masque la vacuité littéraire… J’ai remarqué une mode - probablement éphémère - des titres longs ces dernières années : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ou encore Le Jour où les lions mangeront de la salade verte… Ceux-là sont bien dans la dernière catégorie que tu cites : tout est dans le titre, rien n’est dans le texte.
😉
Lis donc ça : les titres les plus longs
https://www.babelio.com/liste/1342/Les-dix-titres-les-plus-longs-Pancolmania-avanExemple :
Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre. qui donc lui reprisait ses chaussettes ?
C’est vrai que ça change de Germinal ou des Misérables!
Je n’ai lu aucun de ces livres, mais j’avoue que ces titres me font rire, même si, pour le coup, ça ne me donne pas envie de les lire…
> @""#p552649 Il est bien l'article que tu cites, fandixhuit : loin d'être chelou, il claque sa mère. 😁Ou encore les auteurs qui ont des titres tout pourris, ceux au contraire qui trouvent des titres magnifiques (parfois, c'est seulement le titre, comme chez les publicitaires, le contenu n'étant pas à la hauteur).Quand la logorrhée mercatique masque la vacuité littéraire… J'ai remarqué une mode - probablement éphémère - des titres longs ces dernières années : L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ou encore Le Jour où les lions mangeront de la salade verte… Ceux-là sont bien dans la dernière catégorie que tu cites : tout est dans le titre, rien n'est dans le texte.Ceux-là ne sont pas mal ! Je disais publicitaire en songeant à l’irracontable Séguéla : Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel.
@""#p552599https://www.topito.com/top-livres-change-titre
Il y a (au moins) une erreur : C’est Gone with the Wind, le livre de Mitchell, pas Gone in the Wind.
Pour sa princesse, Mme de La Fayette aurait pu proposer : "De la misérable histoire d’une haute et belle princesse qui épousa un homme qu’elle n’aimait pas et qui entrait en transes à la vue de son bel amant". 😉
Je me moque, mais je lis actuellement un recueil de nouvelles du XVIIe parmi lesquelles l’une de François de Rosset s’intitule : D’un démon qui apparaît en forme de damoiselle au lieutenant du chevalier du guet de la ville de Lyon, de leur accointance charnelle et de la fin malheureuse qui en succéda. 😁
Cela me fait penser aux titres de chapitres des Mémoires de Saint-Simon, pastichés par Patrick Rambaud dans ses ouvrages satiriques (presque annuels) sur nos trois derniers présidents.
Exemple (Saint-Simon):
chapitre x. Éclat entre MM. de Richelieu et de Luxembourg, dont tout l’avantage demeure au premier. — M. de Bouillon, moqué par le premier président Harlay, et son repentir. — Sa chimère d’ancienneté et celle de M. de Chevreuse. — Tentative échouée de la chimère d’Épernon. — Prétention de la première ancienneté des Vendôme désistée en même temps que formée. — D’où naît le rang intermédiaire des bâtards. — Ruse, adresse, intérêt, succès du premier président Harlay et sa maligne formation de ce rang intermédiaire. — Déclaration du roi pour le rang intermédiaire. — Harlay obtient parole du roi d’être chancelier. — Princes du sang priés de la bouche du roi de se trouver à l’enregistrement et à l’exécution de sa déclaration, et les pairs, de sa part par une lettre à chacun de l’archevêque-duc de Reims. — M. le duc et M. le prince de Conti mènent M. du Maine chez MM. du parlement. — M. de Vendôme mené chez tous les pairs et chez MM. du parlement par M. du Maine, et reçu comme lui au parlement sans presque aucun pair. — MM. du Maine et de Toulouse visités comme les princes du sang par les ambassadeurs.
Ah oui, au moins, on savait de quoi il retournait !
En revanche, ça divulgâchait un peu… 😁
Oui, certes ! Mais ça rassurait peut-être les lecteurs de l’époque, moins avertis que nous.
Un autre titre inventé : "Les Liaisons dangereuses ou comment deux libertins s’en prirent à une dame sage et comment leur crime se retourna contre eux."
Romain Gary était un très bon titreur : La vie devant soi, La Promesse de l’aube,



