Certains personnages de la généalogie des Rougon-Macquart n’ont pas de prénom. Est-ce significatif ? A commencer par Rougon et Macquart en tête de la généalogie. La télévision vient de diffuser Gervaise d’après l’assommoir de Zola. Une adaptation très fidèle au roman. Gervaise est uniquement appelée par son prénom, alors qu’elle appelle son mari Coupeau par son nom, Lantier son amant également (Auguste n’est pas dit dans le film), ainsi que Goujet son ami. C’est surprenant de ne pas appeler ses proches par leur prénom. Pour les autres Coupeau c’est quelquefois monsieur Coupeau, Lantier plutôt Lantier tout court.
Les prénoms dans la généalogie des Rougon-Macquart de Zola
11 réponses
Bonjour, question intéressante.
Peut-être un certain mépris de Zola pour ceux qui ont détruit la vie de Gervaise… Par ailleurs, il arrive encore de nos jours, dans certains milieux peu relevés, que la femme appelle son mari par son nom propre (mépris également).
Sans me prononcer sur le niveau du milieu auquel j’appartiens, je connais au moins deux cas de personnes que collègues, amis et famille appellent par leur nom. Dans un cas, la personne n’aime pas son prénom - qui n’a rien d’infamant, mais il n’aime pas, voilà - dans l’autre c’est affectif, on l’appelait par son nom ou Chocho, en redoublant la première syllabe du nom. Même sa femme l’appelait comme cela.
Je retiens toutefois de ce que tu dis et de ce que je dis aussi qu’on ne le ferait peut-être pas pour une femme ou que, dans le cas d’une femme, cela puisse être dépréciatif.
En remarque littéraire : même dans l’intimité, Simone de Beauvoir parlait toujours de "Sartre" et ne l’a jamais appelé Jean-Paul. Comme faisaient tous ses amis, d’ailleurs. Comme on sait, lui ne l’appelait jamais Simone, ni Beauvoir, mais, encore plus fort, par un nom commun : Castor, ou le Castor.
Et avec voussoiement obligatoire ! Et nous sommes là, ma chère fandixhuit, dans un milieu on ne peut plus classieux et respectable😀
Effectivement, je ne crois pas que le fait d’appeler son mari par son nom de famille soit le fait d’une basse extraction sociale ou d’un mépris quelconque. (Voir Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, cités par Jocrisse). J’ai une collègue d’un milieu plutôt aisé qui parle souvent (pas toujours quand même) de son mari en utilisant son nom de famille, en rajoutant même devant ce nom "le". Et elle y met beaucoup d’affection. J’ai ouï dire que ma grand-mère paternelle,(milieu social modeste) appelait son mari par son nom de famille. J’avoue que je n’ai pas d’explication…
Pour Sartre et Beauvoir, c’est un snobisme à l’envers… Simone, ça fait trop petit-bourgeois… Ne croyez-vous pas qu’il y ait, dans la simple appellation du nom propre, une espèce de désindividualisation ?
Je ne sais pas. J’avoue que cela reste un mystère dont j’ai cherché l’explication dans les origines espagnoles et italiennes des deux personnes dont j’ai parlé. Je n’ai rien trouvé. Quant au prénom… L’un, mon grand-père que je n’ai pas connu, portait un prénom un peu insolite, Sixte. Mais l’autre, le mari de ma collègue, s’appelle Christian, un beau prénom, je trouve. Quant à Simone, tu trouves que cela fait petit -bourgeois ? Ma mère s’appelle Simone😂
Non, non, Laoshi, Simone ne fait pas spécialement petit-bourgeois ! Je voulais dire que pour ces "grands penseurs" (?), il était inadmissible de faire comme tout le monde…
> @""#p552357 Pour Sartre et Beauvoir, c'est un snobisme à l'envers… Simone, ça fait trop petit-bourgeois… Ne croyez-vous pas qu'il y ait, dans la simple appellation du nom propre, une espèce de désindividualisation ?S’il y a un snobisme et une sorte de supériorité à se faire appeler par son nom (par ses proches), pourquoi dites-vous alors que c’est dans les classes les moins relevées qu’on trouve cette pratique ? Je ne suis pas bien convaincu que l’approche marxiste soit d’un grand secours, mais admettons, juste pour l’expérience de pensée. Simone est une femme à particule, donc la classe absolue. J’avoue que mes connaissances sur cette classe sont purement littéraires ou presque. Mais si je lis les Liaisons dangereuses, je suis incapable de vous dire le prénom de Valmont, même ses maîtresses ne l’appellent jamais que Valmont. Ce nom, qui le caractérise, le désindividualise. Son nom témoigne de son excellence, il est de la Famille de Machin, il est le représentant d’une lignée, il a un nom, et même il est un nom, pendant que la racaille n’a que des prénoms. En s’adressant à un autre noble, il lui donnera du D’Argenson, du De Broglie, mais on ne parle jamais à son valet en lui donnant son nom, il n’en n’a pas, il n’a qu’un prénom. Son nom, s’il en a un, est le moins important : le fils de qui il est, on s’en moque, cela n’a pas de signification. Alors qu’au contraire, chez l’aristo, c’est le prénom qui est un importun : il souligne ce qui est particulier, ce qui est contingent, le fruit d’un choix plus ou moins arbitraire, plus ou moins judicieux, comme le nom dans le cas précédent. Il est un Argenson ou un Guermantes, que ce soit Pierre, Paul ou Jacques, c’est de cela qu’on se moque, cette fois-ci. Pour le bourgeois, étant donné qu’il s’est fait tout seul, sa réussite épate l’aristo - qui ne s’est donné que la peine de naître, alors que l’autre a bossé pour être ce qu’il est et se faire un nom - même s’il le méprise et le classe dans les sans-nom. Ce qui a compté dans sa vie, c’est ce qu’il a fait personnellement, pas ce dont il a hérité. Ce qui importe, c’est sa particularité, ce qui le rend différent de ses semblables, son prénom.
Bonjour Jocrisse,
Je m’éloigne un peu du sujet initial.
A propos des Liaisons, les personnages féminins importants n’ont pas de prénom non plus. A propos de Mme de Merteuil, on aurait tendance à dire "la Merteuil" (avec une note de mépris). Alors qu’il ne nous viendrait jamais à l’idée (pour ceux qui fréquentent assidûment Laclos, ce qui est mon cas), d’évoquer "la Tourvel". Victime respectable. Donc, Madame. Merteuil est victime d’elle-même, mais point respectable.
On dit bien, dans certains milieux paysans, "la Marie", "le Fernand", etc.
Une parenthèse : Don Juan est devenu un nom commun : "Cet homme, quel donjuan !" Pas Valmont. Et pourtant, il représente bien la quintessence du libertin (pris à son propre jeu, certes !). Je me suis toujours demandé pourquoi.
Je crois que le mythe de Don Juan est plus ancien, rattaché à une légende même, et a inspiré beaucoup plus d’œuvres littéraires ou musicales que Valmont qui n’est qu’un personnage de roman parmi d’autres. Quid de Bel-ami ?
Eh bien, on lui a préféré un Rastignac ! (peu employé certes, mais qui a le mérite d’exister).



