Parmi une multitude de qualificatifs et qualités pertinents d’Emma celui de "androgyne" me semble inapproprié. Certes il y a des segments dans le roman où Emma montre des comportements masculins. Mais elle ne fait jamais preuve d’un comportement masculin superficiel continu de par son allure(en parlant de vêtements ni de son apparition.)
Ce sont des débats actuels entre collègues. Qu*en pensez vous?
Je n’en pense rien mais Baudelaire, si.
https://premiere-langevin.e-monsite.com/medias/files/baudelaire-emma-androgyne.pdf
Bien que très fine, l’analyse de Baudelaire s’appuie sur les stéréotypes de son temps, qu’il admet sans examen. Ceci dit, comment aurait-il pu faire autrement ?
Cela me fait penser à la Sophie de Rousseau: pas d’autres substitut au lait maternel que la nourrice, à l’époque. De là à conclure que les femmes se doivent de rester soumises à la nature car c’est leur destin, il franchit allègrement le pas.
Merci mille fois. L’édition complète du roman a paru en 1857 et l’expédition du roman en France avait démarré 2 - 3 ans aprés. Baudelaire est mort en 1867. Vraiment pas beaucoup de temps pour lui pour avoir une vue complète sur le personnage d’Emma. Mme Bovary avait vraiment fait sauter tous les verrous du fini - en parlant de littérature bien entendu.
C’est une évidence : une femme hystérique, qui se comporte comme un homme le ferait, et qui travestit son âme et son sexe, cette femme est George Sand. Le plus intéressant, c’est que Baudelaire en parlant d’androgynie à propos de la Bovary n’ait pas un instant soupçonné qu’il était en train de parler de « la femme Sand » et qu’en établissant une relation hystérique entre Flaubert et son personnage c’était sa propre relation, indéniablement hystérique, à George Sand qui servait de support à son argumentation. Androgynes donc, Emma Bovary et George Sand, et hystériques pareillement Flaubert et Baudelaire vis-à-vis d’elles ? Dans le cas de celui-là, « inconsciencieusement », et dans le cas de celui-ci, inconsciemment : pourquoi pas ? À elle seule la communauté de pensée entre Baudelaire et Sand envers le réalisme, et cela dans leur même jugement respectif sur Madame Bovary, justifierait une pareille conception des choses, si ce n’est que la poétique du réalisme qui trouve son expression dans Madame Bovary telle que Baudelaire en rend compte dans ces pages suffit à faire de l’hystérie elle-même l’élément-clef du discours baudelairien, et, accessoirement, à expliquer la présence-absence de George Sand dans cet article consacré à Flaubert et àhttps://books.openedition.org/pul/6080?lang=fr
Je suis tout à fait d’accord avec Perluète. Je viens de lire l’analyse de Baudelaire et suis sidérée de voir à quel point elle est stéréotypée. C’est effarant ! On pourrait même parler de machisme.Une femme qui ne supporte pas la médiocrité, qui ne peut se résigner, une femme qui rêve, porte les traits (vus comme supérieurs) d’un homme. Qu’est-ce qu’une femme, alors ? On prend peur.Pour moi cette analyse ne repose que sur des préjugés, les mêmes, je suppose, que ceux dont était victime George Sand. Si ce n’est que pour Emma, l’apparence est sauvegardée.Qu’en pensez-vous ?Contrairement à Floreale, j’en pense quelque chose. J’ai souvent lu Madame Bovary. Pour moi, c’est un personnage de femme, dont on peut découvrir à la lecture toute la complexité de caractère que s’est plu à lui donner son créateur. Un personnage si intéressant qu’il a donné naissance à un nom commun désignant un comportement : le bovarysme. « Androgyne » pour moi non plus n’est pas approprié.À mon sens ces discussions oiseuses sont liées à la popularité des discussions actuelles sur les LGBTIA+…
Emma Bovary ne fut qu’un personnage imaginaire issu d’un style grâcié par un romancier qui s’était servi de sa plume comme son père l’avait fait avec le bistouri à la Charité de Paris. Je le lis toujours et je ne m’arrêterai jamais ébloui par ce style. Le seul acte honteux que cette oeuvre puisse subir, c’est de la traduire en allemand.
LGBTIA+
J’en ignorais le sens.
https://www.liberation.fr/france/2018/01/25/mais-ca-veut-dire-quoi-lgbtqia_1625090
Moi itou jusqu’à très récemment et je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement assimilé le sigle.
Je suis tombé sur le sigle la première fois en étudiant les notes de Judith Butller sur le "bovarysme" en particulier le terme de "gender".
Merci Gargantua 1. Je donne le lien :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Judith_Butler