Du côté de chez Proust

Littérature

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Nouvelle proposition de scission à la modération : côté de chez Proust, OK, mais côté de Méséglise (ou de Swann) ou côté de Guermantes ?

Ah non ! On ne va pas consacrer l’ensemble du forum à Marcel !🙄

> @""#p550107 Je suis en train de relever dans Swann les passages "bizarres". C’est surtout dans les descriptions physiques que Proust s'envole vers une autre planète. Je me demande pourquoi. Il doit bien y avoir une raison. Et il insiste beaucoup sur les fronts. Jocrisse, il y a pas mal de passages extraordinaires sur la jalousie dans Swann.Intéressant, le front. Cela ferait un point commun inattendu avec Hugo. Charles Baudouin (référence non garantie, c’est peut-être Yves Gohin) avait écrit quelque chose sur le front chez Hugo. Hugo avait un grand front, d’une part et ce critique (qui aborde la littérature par l’aspect psychologique) avait été repêcher un souvenir d’enfance de Hugo en Espagne, où pendant un jeu, Hugo s’était fait une entaille au front qui avait beaucoup saigné, épisode qui avait impressionné l’enfant. Il y a peut-être quelque chose de similaire, même s’il est sûr que Proust serait complètement contre ce type de lecture, qui est à la Sainte-Beuve !

Sainte-Beuve fonctionnait comme au siècle précédent. Ne lui en voulons pas. Ceci dit, je suis persuadée que l’on ne peut aborder un auteur sans connaître l’arrière-plan psychologique. Vive les Lagarde et Michard ! 😉

Sainte-Beuve fonctionnait comme au siècle précédent. Ne lui en voulons pas. Ceci dit, je suis persuadée que l’on ne peut aborder un auteur sans connaître l’arrière-plan psychologique. Vive les Lagarde et Michard ! 😉

Je suis plutôt séduit par la proposition, d’autant que c’est la manière de voir de Proust, mais il ne serait pas honnête d’en ignorer les difficultés.

D’après Proust, Sainte-Beuve se trompe parce qu’il confond l’écrivain avec le personnage empirique, le monsieur ou la dame qui a écrit le bouquin, monsieur ou dame qui a ses caractéristiques particulières, comme avoir un grand front, un gros nez ou autre chose, d’être marié ou pas, de préférer les hommes ou les femmes usw. Le fait que la plupart des personnages de Proust sont des homos étant sans doute un hasard….

Lachard et Migarde (1), comme disait mon prof de français, ça se tient dans cette doctrine : la littérature est un domaine retiré du Monde, transcendant, comme une sorte de Monastère perché dans on ne sait quel Ciel, elle s’explique par elle-même. Je peux comprendre pourquoi j’aime Proust, et aussi Chateaubriand et Rousseau, Bossuet, ou en philo Kant et Malebranche, ils écrivent un peu pareil, c’est une sorte de famille stylistique.

Mais il y a quand même un présupposé difficile à soutenir, qui est que l’Ecrivain est un être détaché du Monde et même de soi, et que c’est une activité fermée sur elle-même, sans porte ni fenêtre, une monade.

Les tendances sexuelles de Proust n’expliqueraient rien. Le fait que, dans le contexte social et économique de la fin du 19ème siècle, il appartient à un certain milieu déterminé, dans un contexte politique qui est celui de l’époque, avec toute une série de préoccupations qui sont celles de son époque seraient des considérations périphériques et inessentielles, pure anecdote, bavardage décentré. Je ne suis pas prêt à assumer tous ces oublis, ces exclusions, ces forclusions.

(1) Je partage votre religiosité, je les ai tous , je regrette de ne pas trouver le volume 19ème en version cartonnée, je l’ai en broché moche, je possède les autres dans la belle édition, mais pas moyen de trouver celui-là à un prix raisonnable.

Trop tard ! 😁

D’après la Nouvelle Critique (des années 60), un texte existe "en soi". Inutile de connaître les tenants et les aboutissants, et surtout, interdit de faire des "analyses psychologisantes". Quel mépris dans ce dernier terme ! Comment comprendre un poème de Baudelaire, un passage de Proust, de Rousseau ou de Chateaubriand sans connaître un tant soit peu leur parcours ?

Pour la philo, c’est différent. On n’a pas besoin de savoir que Kant à Königsberg, suivait un emploi du temps si précis que les citadins réglaient leur horloge (leur montre pour les plus riches) sur son passage… ni que la seule fois où il a fait demi-tour pour rentrer chez lui (au lieu d’aller donner son cours à l’Université !) est lorsqu’il a appris la nouvelle de la Révolution en France. Cependant, cela l’humanise…

Mes Lagarde et Michard (reliés) sont dans un état lamentable, griffonnés, gribouillés, soulignés, annotés (intéressant de voir ce que j’écrivais lorsque j’étais lycéenne !).

Je dispose aussi (grâce à mon père) des 3 tomes de Notre Littérature étudiée dans les textes, de Marcel Braunschvig (Colin, 1932) et de l’Histoire de la littérature française de Lanson et Truffau (Hachette, date inconnue car arrachée…).

Joyaux et pépites…

Lanson, je l’ai lu, j’aime bien, et mon volume est aussi en piteux état. En revanche Braunschvig ne me rappelle absolument rien, je n’ai pas eu l’occasion de le croiser. C’est dans le même esprit, j’imagine ? Si vous pouvez en dire un peu plus….

Sur Kant, deux remarques :

1/ à ma connaissance, il y a deux retards de Kant dans sa promenade, celle que vous mentionnez et, presque 30 ans avant la fois où il a dérogé (en 1762 ou peut-être un peu plus tard) pour aller se procurer chez son libraire le Contrat social de Rousseau, un auteur que Kant admirait beaucoup, il a dit de lui qu’il était "le Newton du monde moral". Toujours lucide, papa Kant, ne jamais oublier cela.

2/ Mais surtout, cela appartient à un tout autre genre, qui est un topos de la philosophie depuis le début : il ne s’agit pas d’aller fouiller la vie de l’auteur pour trouver des anecdotes plus ou moins croustillantes à partir desquelles on va tirer des conclusions aventurées, mais de montrer comment la vie du philosophe est une image, et une sorte de preuve pratique de son enseignement abstrait. On raconte la manière dont Diogène le Cynique, depuis son tonneau, a congédié Alexandre le Grand lui-même, ou ce qu’a fait Socrate à un certain moment, tout cela étant des illustrations de leur philosophie, en l’espèce le mépris de l’argent et du pouvoir ou la sérénité face à la mort. Ce sont des pièces justificatives, des titres de créance. Diogène Laërce (à ne pas confondre avec le précédent) a écrit une "Vies et opinions des philosophes", qui est un genre, comme j’ai dit, qui s’inscrit dans cette perspective de défense et illustration. Il y a une visée apologétique au sens propre.

Ces anecdotes sur Kant se situent dans cet univers, on les cite comme des illustrations du rigorisme de la morale kantienne. Il fera sa promenade quoi qu’il arrive et on peut sortir sa montre à son passage, s’il passe à 14 h 01 au lieu de 14 h 00 pile, c’est que votre montre avance. Il n’y a qu’un tremblement de terre (comme la Révolution de 1789, qui ferme une parenthèse sur 1000 ans d’Histoire) qui puisse le faire bouger.

je suis persuadée que l’on ne peut aborder un auteur sans connaître l’arrière-plan psychologique.Longtemps j’ai négligé la biographie des auteurs que je lisais, en m’en tenant uniquement ou presque au texte. Le texte, rien que le texte, telle était ma philosophie, liée sûrement à la paresse qui me faisait aussi soigneusement sauter toutes les préfaces. Si je continue à penser que le texte est essentiel et que c’est toujours ce qui m’intéresse avant tout, je dois bien avouer que j’ai accumulé ainsi un vide sidéral de connaissances utiles.

Jocrisse : à propos de Braunschvig, oui, même style que Lanson mais ce sont des textes avant tout, commentés évidemment, d’une manière plus rigoureuse et moins "psychologisante" que Lanson. 3 tomes donc. Titre général : Notre littérature étudiée dans les textes (Colin). Tome I : Des origines à la fin du 17e siècle (1933, 8e édition, revue et commentée. Première édition : 1920) 923 pages, sans une illustration hmm !Tome 2 : Le 18e et le 19e siècle jusqu’en 1850 (1932, 7e édition revue et commentée). 716 pagesTome 3 : De 1850 à nos jours (1931, 4e édition revue et complétée), 381 pages. Le prix de cet exemplaire figure encore sur une étiquette en haut à gauche : 17 francs (des années 30…). Termine sur la littérature de guerre. https://data.bnf.fr/fr/12572489/marcel_braunschvig/J’ai cette édition reliée :[upl-image-preview url=https://www.zupimages.net//up/20/26/4kru.jpg]

Pardon et revenons à Proust. Comme promis, j’ai relu Du côté de chez Swann. Voici un relevé de quelques expressions plus ou moins biscornues (comme les vertèbres de machine), du moins pour moi. Peut-être certain(e)s les trouveront au contraire bien venues…  Attention, vous avez aujourd’hui la page 1 !

- « finesse expectante » d’un sourire. Songe-t-il à l’anglais « to expect » (attendre ?) 

- « Il avait dans la bouche, en parlant, une bouillie qui était adorable… » (Proust rapproche le défaut de langue de l’innocence d’un bébé).

- « Sa conversation n’était qu’un graillonnement indistinct… ».

- « Madame Verdurin, juchée sur son perchoir, pareille à un oiseau dont on eût trempé le colifichet (???) dans du vin chaud, sanglotait d’amabilité. »

- « … il avait vu tout d’un coup chercher à s’élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots, que charme et bémolise le clair de lune. » (À propos de la sonate de Vinteuil).

- « … s’écria-t-elle tout à coup en plongeant sa figure dans ses mains. » (Il s’agit de Mme Verdurin qui rit : première occurrence)

- « la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose. »

- « … il avait eu plaisir, cette fois, à voir la pénombre de la pièce zébrée de rose, d’oranger – faute : d’orangé - et de blanc par les rayons odorants de ces astres éphémères qui s’allumaient dans les jours gris. » (Il s’agit de chrysanthèmes). Bon, je relis, ça peut passer, mais je laisse quand même. 

- « un voyageur […] laisse éblouir sa vue, plutôt qu’il ne leur jette des regards, par les rayons qu’émet vers lui l’azur lumineux et résistant des eaux. »

- « … amenés au bord des paupières, ses yeux brillants, larges et minces […] semblaient prêts à se détacher ainsi que deux larmes. » (A propos des yeux d’Odette).

- « …, l’œil égaré, les mâchoires tendues comme pour dévorer, il [Swann] se précipitait sur cette vierge [Odette] de Botticelli et se mettait à lui pincer le joues. »  

- « … au visage rosé d’Odette […] venait – changeant la forme de sa bouche, le regard de ses yeux, le modelé de ses joues – se mélanger un sourire. J’ai dit ailleurs que Swann aimait les fronts. On peut y rajouter les joues.

- « … Mme Verdurin qui, pâmant, les yeux fermés, précipita sa figure dans ses mains… » (2e occurrence)

- « … la conversation rejaillit en fusées. » Les répliques fusent, je veux bien, mais les comparer à des fusées…

- « Son nez légèrement froncé » lissait voir une échancrure sui semblait calquée sur la vie. » ( ???)

La suite demain… 🙉

C’est vrai que je ne me lancerais pas à tenter d’expliquer certaines phrases… Et côté images, cette pauvre Odette est bien mal servie:

"amenés au bord des paupières, ses yeux brillants, larges et minces […] semblaient prêts à se détacher ainsi que deux larmes. "

Là aussi, il me faut le dessin! 😅

En revanche, un certain nombre de ces phrases s’expliquent assez bien, au contraire. Mais parfois, on a du mal parce qu’il faut se remettre dans le vocabulaire et les images de l’époque.Par exemple, « … la conversation rejaillit en fusées. » est une image classique :3. Au fig. Manifestation soudaine, brève et éclatante. Fusée de rires :3. Tu n’aimes pas mon esprit, ses fusées te déplaisent; tu me voudrais plus uni de ton, plus monotone de tendresse et de langage. Flaub., Corresp.,1846, p. 265. https://www.cnrtl.fr/definition/fus%C3%A9esJe prendrais aussi volontiers la défense de « la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose. » D’abord le "comme une rose" s’applique autant à "fraîche" qu’à "bouffie" et ici, bouffi a le sens de joufflu, rond, comme un chérubin ou un petit amour, charmant : − P. anal.Anges, amours, chérubins bouffis.La retombée des arcs de la voûte médiale du transept est soutenue par des amours bouffis (Du Camp, En Hollande,1859, p. 116).Synon. https://www.cnrtl.fr/definition/bouffi/1

Madame Verdurin, juchée sur son perchoir, pareille à un oiseau dont on eût trempé le colifichet dans du vin chaud, sanglotait d’amabilité. Le colifichet désigne ici un biscuit très léger donné en nourriture aux oiseaux en cage. On notera que le Cnrtl, pour illustrer ce sens, cite précisément cette phrase de Proust…https://www.cnrtl.fr/definition/Colifichet

Et il précise qu’on trouve ce sens dès 1803, afin qu’on ne l’accuse pas d’avoir forgé une définition pour coller à la phrase de Proust ! La définition se trouve d’ailleurs chez Littré et dans le Larousse du XIXe siècle.

Merci pour vos commentaires ! Je n’ai pas tout vérifié.

Voici donc la page 2 (toujours Un amour de Swann).

- « Ainsi Mme Verdurin […] fermait les yeux avant de précipiter son visage dans ses mains… » (3e occurrence)

- « … et comme dans un pays de montagne, derrière l’immobilité apparente et vertigineuse d’une cascade, on aperçoit, deux cents pieds plus bas, la forme minuscule d’une promenade… » Bon, ça peut passer, mais je laisse.

- « c’est un monsieur cauteleux, toujours entre le zist et le zest […]. Ce n’est pas comme l’autre qui n’est jamais ni figue ni raisin. » Possible que l’expression « zist et zest » soit à la mode au temps de l’auteur. Mais on dit bien je crois mi-figue mi-raisin ?

- « Il montait en voiture, mais il sentait que cette pensée y avait sauté en même temps et s’installait sur ses genoux comme une bête aimée… ».  

- « … quand il dînait, enlacées par son jardinier, couraient autour de la table les groseilles et les roses. » (« Entrelacées » plutôt).

- Problème de chronologie. Odette dit : « Oui, je sais que vous avez votre banquet ; je ne vous verrai donc que chez moi, mais ne venez pas trop tard. » …. « Quand il sortit le lendemain du banquet (donc, il n’est pas allé chez Odette et le banquet s‘est poursuivi jusqu’au matin ?)… « Quand il arriva chez elle après onze heures […], elle se plaignit que ce fût en effet bien tard […], qu’à minuit elle le renverrait… » Ah, Proust est perdu dans le temps…

- « Parmi l’obscurité de toutes les fenêtres […], il en vit une seule d’où débordait – entre les volets qui en pressaient la pulpe mystérieuse et dorée - la lumière qui remplissait la chambre… »

- « Certes, il souffrait de voir cette lumière dans l’atmosphère d’or de laquelle se mouvait derrière le châssis le couple invisible et détesté… »

- « les regards mourants ». Cliché romantique.  

- « elle avait brillanté ses prunelles d’un sourire sournois ».

- « … donnant à sa bouche une expression de dégoût si forte qu’il avait lui-même la sensation musculaire de sa grimace jusque dans son cou révulsé contre le col de sa chemise. »

- « Swann lisait dans les yeux d’Odette cet effroi qu’il lui demandât de n’y pas aller [voir Une nuit de Cléopâtre à l’Opéra-Comique], que naguère il n’aurait pu se retenir de baiser au passage sur le visage de sa maîtresse… »

- « … sur chaque route de la forêt, rosée par un couchant profond et tendre… »

- « … yeux émaillés par un sourire de complicité. »

- « … il voulait lui avoir procuré quelque plaisir, pour voir la reconnaissance pétrir son visage et modeler son sourire. »

 La suite demain. 👀

Possible que l’expression « zist et zest » soit à la mode au temps de l’auteur.

Assurément !

https://www.pierrebouillon.com/2010/10/zeste-zist-zest-etre-entre-le-zist-et.html

Mais on dit bien je crois mi-figue mi-raisin ?

Oui, mais l’autre expression se disait aussi, et était validée par l’Académie :

Fig. et fam., Ni figue, ni raisin, Qui est indécis, incertain, qui n’appartient ni à une opinion, ni à l’autre.

Oui, c’est une expression reçue, juste passée de mode. Peut-être y a-t-il d’ailleurs un sujet là-dessus sur le forum ? Ces expressions très à la mode à une époque, qui disparaissent complètement ou restent à l’état de pure relique, comme des antiquités, et qui ne nous parlent plus vraiment.

On pourrait appliquer cette remarque à notre époque, avec des expressions actuelles sur lesquelles on se demande ce que la postérité en retiendra, lorsque le non-sens le dispute au ridicule.

Peut-être pourra-t-on noter, pour notre époque, dans ce domaine comme dans d’autres, la vitesse de l’obsolescence, qui n’a rien à envier à celle de la lumière. Je songe à pas mal de formules du dernier chic il n’y a pas dix ans, et qui seraient aujourd’hui d’une ringardise achevée.

Bon, je continue.

Page 3

- « … voici que comme un caoutchouc tendu qu’on lâche ou comme l’air dans une machine pneumatique qu’on entrouvre, l’idée de la revoir, des lointains où elle était maintenue, revenait d’un bond dans le champ du présent… »

- « … cette idée de la revoir revenait parée pour lui d’une nouveauté, d’une séduction, douée d’une virulence que l’habitude avait émoussées, mais qui s’étaient retrempées dans cette privation… »

- « Il posa d’emblée l’excellence a priori d’Odette, l’axiome de sa supra-humanité séraphique… » 

- « … elle écartait ses cheveux avec ses mains ; son front, sa figure paraissaient plus larges… »

- « … quelque bon sentiment […] jaillissait de ses yeux comme un rayon jaune… »

- « … alors il passait son doigt surs se paupières fatiguées comme il aurait essuyé les verres de son lorgnon… »

- « [il] exprimait l’effroi qu’il ressentait en roulant en tous sens des regards furieux… »

- « … une chevelure, par l’enroulement lisse et les becs aigus de ses boucles, ou dans la superposition du triple et fleurissant diadème de ses tresses, a l’air à la fois d’un paquet d’algues, d’une nichée de colombes, d’un bandeau de jacinthes et d’une torsade de serpents. »

- « … un jeune valet de pied […] dressant sur son hausse-col rouge une figure plus rouge encore s’où s’échappaient des torrents de feu, de timidité et de zèle… »

- « … le monocle du général, resté entre ses paupières comme un éclat d’obus […] au milieu du front qu’il éborgnait comme l’œil unique du cyclope… »

- « … un regard infinitésimal et grouillant d’amabilité… »

- « Le monocle […] était minuscule, n’avait aucune bordure et, obligeant à une crispation incessante et douloureuse de l’œil où il s’incrustait comme un cartilage superflu dont la présence est inexplicable et la matière recherchée […] Mais celui de M. de Saint-Candé, entouré d’un gigantesque anneau, comme Saturne, était le centre de gravité d’une figure qui s’ordonnait à tout moment par rapport à lui, dont le nez frémissant et rouge et la bouche lippue et sarcastique tâchaient par leurs grimaces d’être à la hauteur des feux roulants d’esprit dont étincelait le disque de verre… »

- « … M. de Palancy qui avec sa grosse tête de carpe aux yeux ronds, se déplaçant lentement au milieu des fêtes en desserrant d’instant en instant ses mandibules comme pour chercher son orientation, avait l’air de transporter seulement avec lui un fragment accidentel, et peut-être purement symbolique, du vitrage de son aquarium… »

- « … à tout moment elle accrochait avec ses solitaires les pattes de son corsage et était obligée de redresser les raisins noirs qu’elle avait dans les cheveux … »

- « … Elle rejetait fièrement en arrière ses épaules détachées de son buste et sur lesquelles sa tête posée presque horizontalement faisait penser à la tête « rapportée » d’un orgueilleux faisan qu’on sert sur une table avec toutes ses plumes. »

Bien sûr, tout n’est pas si mauvais que ça (cette idée de traiter Proust de "mauvais", pauvre fille !) ; ce sont des passages où je me suis arrêtée de lire et que j’ai été obligée de relire en souriant parfois. Mais pour reprendre ce que dit un intervenant ailleurs : "les frontières de mon langage sont les frontières de mon monde".

https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/398/grammaire-et-linguistique-references-bibliographiques#latest

😲

Excellent ! Merci beaucoup pour tout ce travail ! J’aime beaucoup aussi, dans la dernière page (sublime !) de Du côté de chez Swann les chênes qui, "sous leur couronne druidique et avec une majesté dodonéenne, semblaient proclamer le vide inhumain de la forêt désaffectée". Vous notez que Proust n’est pas sûr, ils semblent proclamer le vide inhumain de la forêt désaffectée. Faudrait le proposer pour le prochain épisode des Aventures d’Astérix : Astérix à Dodone. En conseil amical : il ne faut surtout pas savoir où se trouve Dodone. C’est comme Antioche, Ninive ou Babylone, avoir des connaissances trop précises prosaïse le propos et casse carrément l’ambiance. Et ce serait une folie de se rendre à Samarcande, par exemple. On va y trouver des poubelles jaunes et bleues pour le tri sélectif, des 307 Peugeot, des magasins de téléphonie, bref la vulgarité la plus crasseuse. (Je trouve cela dans Proust, naturellement : non de pays, le nom, nom de pays, le pays. Trouville, ça fait trou, c’est moche. Balbec, ça a une autre gueule).

Et ce serait une folie de se rendre à Samarcande, par exemple.

Je suis passée par là en 2007. C’était jour de fête, et c’était beau beau beau.