Georges PERROS : Une vie ordinaire (1967)On s’est marié l’an dernier en mil neuf cent soixante-trois Tania* et moi dans le quartier Elle pleurait le maire aussi la chose fut très réussie L’aîné de nos fils s’amusait sous la table matrimoniale On avait laissé le second à la garde d’une grand-mère et la troisième Catherine était encor au chaud dedans le ventre de sa mère Voyez qu’il était temps de convoler de régulariser l’étreinte d’avoir beau livret de famille et moins de soucis sociaux soucis de six sous soucis sots bon exercice de diction Puis nous avons repris chemin de l’humble quotidienneté plus que la mer recommencée.* Certes elle n’est pas de ces femmes quasi secrétaires qui tapent à la machine les écrits de leur écrivain de mari je ne m’en plains pas C’est si drôle de se taper texte soi-même On y voit plus clair dans son encre ou dans sa médiocrité C’est ainsi que pas mal de mots disparaissent soit lassitude soit paresse car taper toute la journée est fatigant Ô dactylos comme je vous plains sans rien dire quand je me perds dans vos bureaux.Bonjour,Je dois analyser ce texte mais je rencontre quelques difficultés… J’ai peu l’habitude d’étudier un poème moderne. j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de ponctuation, qu’il y avait des contre-rejets et des enjambements et que ce poème est écrit en octosyllabes. Mais je ne sais pas ce que cela apporte au poème… De la légèreté ? Un sentiment de liberté que recherche le poète dans son travail et que l’on retrouve à travers ses écrits ? Il suit un certain cheminement, comme l’atteste les connecteurs logiques et joue parfois avec la syntaxe des phrases…Il fait le récit de sa vie ordinaire, démystifie le mariage en le rendant presque banal. Le mariage s’est fait moins par amour que par "intérêt" presque.Aussi, il fait une digression sur le travail d’écriture de l’écrivain. Il prône pour un travail personnel jusqu’au bout, travail qui permettrait de se perfectionner, de voir ses défauts et se corriger. Seul l’écrivain peut le faire. Par la même occasion il félicite le travail des dactylos, travail difficile.Pour le moment, est-ce bon ? Pouvez-vous m’apporter d’autres réponses ou m’aiguiller ?
Georges Perros, On s’est marié l’an dernier…
5 réponses
Bonjour,
C’est un poème moderne comme à la Prévert. Le titre est évocateur, il s’agit de ramener l’inspiration poétique à la banalité. Finis les envols, le lyrisme, les clichés, les règles… Le résultat est amusant, anticonformiste. Est-ce suffisant pour le proposer à l’étude ?
Bonjour zoup25
On peut ajouter :
Allusion ironique sans doute au grand Paul Valéry et à son Cimetière marin avec "la mer recommencée" + autodérision.
Ne se prend pas au sérieux.
Un antipoème, oserais-je !
Tes remarques sont justes (liberté et légèreté). Il pense comme Jules Laforgue "que la vie est quotidienne" mais ne s’en plaint apparemment pas. En revanche, je ne pense pas qu’il veuille à tout prix perfectionner son travail (lassitude, paresse, fatigue, etc.) Laisse tomber les félicitations aux dactylos.
Je dis apparemment car, au second degré, ce poème peut-être vu comme une critique assez féroce de la quotidienneté de son existence.
Bonjour, "Anticonformiste" c’est le mot qui me manquait ! Avec ce texte j’ai aussi Le Paresseux de Saint-Amand, La pipe de Baudelaire, et Sonnet Boiteux de Paul Verlaine.Tous ont pour point commun de mettre en avant l’écriture poétique, le travail du poète. Cela à travers un état d’âme, un objet… Et tous sont un peu à leur manière "anticonformistes" !Pour le moment je pars sur un plan de ce type :I. Image que les poètes ont d’eux-mêmesMise en avant de leur vie (presque autobiographique)Mise en avant de leur émotion/sentimentII. Image que les poètes ont de la poésieL’inspiration ne suffit pas, être poète c’est un véritable travailVers un changement, une évolution de la poésie, ils cassent les codes.IIi. Le rôle qu’ils s’assignent au sein de la société (je ne suis pas convaincue par cette partie…)Pour le moment j’en suis là ! J’ai encore à méditer sur certains points, ce n’est qu’u brouillon !
En III, je verrais plutôt comment le poète peut "enchanter" le quotidien, le sortir doucement de sa banalité. Il y a un début d’exploitation du registre merveilleux, même si c’est parfois dans la dérision. La poésie côtoie l’univers du conte, c’est assez perceptible chez Perros.



