Heine, Die Lorelei - Essai de traduction

Littérature

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Hippocampe,

Suppression de ß depuis 1996 (date de la réforme de l’orthographe allemande, avec 2005 comme date limite), mais pas pour tout. Voir ici :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eszett

Je le regrette, c’était si joli !

_ _ _

Jocrisse, heureuse de te relire ! La Lorelei a eu pitié de toi, a plongé et t’a ramené sur la rive. Forcément, nous nous occupons d’elle !

1/ Je trouve que vierge a une connotation trop religieuse pour une sorcière. Il est vrai que Jungfrau = vierge. Pour Jeanne la Pucelle, OK, ça fonctionne (sa virginité faisant partie de sa personne ou de sa légende), mais pas pour la Lorelei, dont on se fiche qu’elle soit vierge ou non chez Brentano, Heine et Apollinaire ("La Loreley" in Alcools)

2/ Funkeln = étinceler, oui. C’est ce que j’ai mis dans ma première version de la strophe.

5/ Dans ma deuxième version, j’ai tenté des rimes en tordant un peu ce que dit Heine. On n’est pas forcé. C’est un exercice de style. Que proposes-tu ?

Je suppose que nombre de gens continuent à l’utiliser et considèrent sa disparition avec tristesse. Surtout chez les vieux.

Disons que c’était une particularité de langue allemande, ainsi d’ailleurs qu’une majuscule aux noms communs. Sans oublier qu’on écrivit en gothique jusque dans les années 30 (journaux, publicités). Au lycée, j’ai appris à lire le gothique, mais heureusement pas à l’écrire ! Je dispose de deux bouquins d’apprentissage de l’allemand du début du 20e siècle où tout est en gothique. Un exemple de gothique sous le nazisme (contre le Juifs, désolée)[upl-image-preview url=https://www.zupimages.net//up/20/25/xnjl.jpg]Hippocampe, attention, "les vieux" vont descendre dans la rue, le poing levé ! 💪

Quelque chose commeAu sommet se tient la plus belle, la plus merveilleuse des fillesSa parure d’or brilleElle peigne ses cheveux d’or "Doré" me gêne, et s’il y a répétition, Heine l’a voulue. Je n’ai pas de solution qui me satisfasse sur où mettre le "wunderbar". Mais il est clair que cela complète le portrait de la fille, ce n’est pas le haut (dort oben) qui est wunderbar. Si on ne retient pas ma proposition sur une vierge, qui me semble plus désigner un état de fait qu’une connotation religieuse, "fille" suffit, ce n’est pas la peine d’ajouter qu’elle est jeune, le terme "fille" indiquant précisément cette jeunesse. Si j’appelle "fille" une dame de 60 ans, c’est soit une flatterie, soit une insulte, selon le contexte. Sie kämmt es mit goldenem KammeUnd singt ein Lied dabei ; Das hat eine wundersame,Gewaltige MelodeiElle les peigne avec un peigne d’orTout en chantant un airUne mélopée étrange,Puissante mélodieOn retrouve le problème de la répétition. Comme il n’est pas question d’imaginer que Heine ne s’en rend pas compte, doit on penser que cela n’est pas un défaut, dans la poésie allemande ? J’ai renoncé à dire qu’elle chante "en même temps" (dabei) pour ne pas macroniser la traduction. "Wundersam", c’est l’idée de quelque chose de bizarre, non ? Mais "bizarre" ne passe pas très bien, "mystérieux" n’est peut-être pas bien mieux, et je propose mélopée, qui me semble indiquer à la fois quelque chose de bizarre et qui vous entête, vous saoule un peu, sans qu’on puisse facilement se soustraire à sa force (gewaltig). Sinon, quoi pour Gewalt ? "Violent" , traduction obvie de "gewaltig"? "Fort" ? Mais c’est plus l’idée de domination (walten), pas tant l’idée qu’on vous brutalise. La chanson vous domine, vous fascine, vous met sous son pouvoir.

Bonjour Jocrisse !

Deux remarques :

1/ "fille" tout seul fait un peu vulgaire dans ce contexte d’une fée blonde.

2/ "wundebar" est ici un adverbe mais on peut le transformer en adjectif sans problème. En revanche, Heine n’a pas mis de superlatif ici. En outre, ça fait encore une répétition. Ceci dit, je crois que Heine a voulu cette répétition (or) et qu’il faut la respecter,surtout quand on lit la suite :

"Sie kämmt es mit goldenem Kamme

Und singt ein Lied dabei ;

Das hat eine wundersame,

Gewaltige Melodei"

=> La traduction de "dabei" va très bien, Macron ou pas 😃 ! "Étrange" va bien. "Mélopée" aussi (je n’y avais pas pensé). "Gewaltig" est embêtant à traduire. Je n’a pas fait mieux.

Voilà ma proposition :

"… Avec un peigne d’or

Tout en chantant

Une mélodie étrange

Et puissante."

Puissante, on comprend bien ce que ça veut dire mais ça ne passe pas TB en français. Et "forte" non plus. Il y a bien "prodigieuse" mais c’est surtout utilisé pour la force (une force prodigieuse). Ceci dit, vous écrivez : "qui vous entête, vous saoule un peu, sans qu’on puisse facilement se soustraire à sa force." C’est tout à fait ça. Peut-être alors, pourrait-on avancer "prodigieuse" (bien que le prodige tienne du miracle, et ce n’est pas le cas ici) ?

Cette fois, Heine rime. On n’est pas forcé de l’imiter. Sauf si on remplace "mélodie" par "air" :

=> "Tout en chantant

Un air étrange

Et puissant."

Mais une rime avec or / chantant, je ne vois pas.

"Wunderbar" comme adverbe, vous voulez dire dans le sens où on peut dire "wunderbar" tout seul, sans le lier à un substantif précis ? Comme dans une exclamation, où on dit "Wunderbar" ! Càd ; "magnifique" ! Merveilleux ! Fantastique ! Génial ! ou quelque chose comme ça ?

Oui c’est cela. On peut dire aussi (+ moderne) : "ganz toll" (= fou).

Ou wunderschön, fantastisch, genial.

Toll ! j’aime bien. C’est fou, c’est dingue. Mais ça va être difficile dans ce texte : dans le haut c’est too much ? dans le haut, ça défonce sa race ? J’ai un peu de mal à intégrer le wunderbar entendu comme cela, et je pense qu’il est plus sage de l’adjectiver, et de dire que c’est la fille qui est wunderbar. Je suis d’accord avec vous sur le fond, hein. à savoir que pour un jeune maintenant, ce qui est toll, ou wunderschön, c’est plus ce qu’il voit sur son portable, et pour les Lieder, plutôt de l’américonnerie que les chants rhénans que nous évoquons. En sorte qu’on a un peu de mal avec le wunderbar. Nous avons à nous occuper maintenant d’un Schiffer im kleinen Schiff, nouvelle répétition, on voit ça demain si vous voulez.

Bonjour Jocrisse,OK. Je vous laisse proposer votre version.

Den Schiffer im kleinem SchiffeErgreift es mit wildem Weh ; Er schaut nicht die Felsenriffe,Er schaut nur hinauf in die Höh. La batelier dans son bateau frêleEst saisi de la plus vive douleurIl ne voit plus les récifsIl ne voit plus que vers là-haut. Je soutiens "batelier" plutôt que "marin" voire "marinier", car un batelier se distingue d’un marin en ce qu’il opère uniquement sur les voies fluviales, on ne voit pas ce qu’un "marin" viendrait faire sur le Rhin, ou alors il a fait une grosse erreur et on attribuera son naufrage à son incompétence, sans causalité magique. Pour ne pas répéter, je peux parler d’embarcation, de frêle esquif, de petit vaisseau, pour ne pas répéter et montrer que je suis un meilleur poète que Heine, mais c’est lui qui répète ! J’ai été élevé à la vieille école, on m’a enseigné en Principe numéro 1 : l’auteur a toujours raison. Pas je suis plus intelligent que lui. Si Heine avait mis là "Rückgrat", par exemple, je mettrais "épine dorsale" ou "vertèbres", même si je ne comprends pas bien.

☺️

Je respecte moins Heine et je me permets d’éviter les répétitions. Pour moi, ça donne ceci :

Qui saisit le batelier en son frêle esquif

D’une sauvage douleur

Il n’aperçoit pas les écueils

Il ne regarde que les cimes.

(Qui se rapportant à la mélodie)

Finissons le job : Ich glaube, die Wellen verschlingenAm Ende Schiffer und KahnUnd das hat mit ihrem SingenDie Lorelei getanJe crois qu’à la finLes ondes engloutirent et le batelier et son esquifEt que c’est par son chantQue la Lorelei l’a fait. J’apprends dans le livre dont j’ai parlé que Heine est enterré au cimetière Montmartre. J’ai dû le savoir mais j’avais oublié. Si je ne suis pas passé mille fois non loin de sa tombe, en descendant la rue Caulaincourt, je ne l’ai jamais fait ! Dans un autre quartier, Heine a sa rue, à Paris, il n’y a pas beaucoup de poètes allemands qui peuvent s’en vanter. Rue appelée délicieusement "Rue Henri (sic) Heine" (prononcer comme "haine"). C’est notre Allemand à nous, celui qui n’est pas comme les autres, un peu de la même manière que chaque antisémite a son "bon Juif" et chaque raciste son "bon Arabe" qui n’est pas comme les autres. Dans l’anthologie Pléiade que j’ai évoquée, sur le carton qui sert de couverture , qui a été mis pour représenter la grande poésie allemande, je vous le donne en mille ? Henri Hène, naturellement. Lefebvre préfère Hölderlin et je ne lui donne pas tort, mais dans un match France/Allemagne, avec l’opposition amour/heine (oui, je sais, elle est facile….) c’est évidemment la figure qui s’impose.

😊Voilà ma version : Je crois bien qu’à la finLes vagues engloutissentLe batelier et son bateauVoilà l’œuvre du chant de la Lorelei. (Je n’aime pas mon dernier vers avec du et de). => Peut-être : Voilà l’œuvre de la Lorelei qui chante ? Pas mieux.  Ou alors, en respectant davantage Heine : C’est ce que fit la Lorelei avec son chant. Mais le verbe faire ne me plaît pas non plus. => C’est ce qu’accomplit la Lorelei avec son chant. Mais accomplir n’est guère poétique. Dernière tentative => Ainsi opéra (agit ?) le chant de la Lorelei. Boff ! Si quelqu’un a des idées ? Enfin, nous avons rendu hommage à Heinrich Heine à notre manière, voilà une bonne chose. Le voici vers 1837 :[upl-image-preview url=https://www.zupimages.net//up/20/26/8vkc.jpg]

Merci. Sur la question de traduction de "tun",(getan, dans le texte) je retrouve quelque chose qui m’interroge, c’est votre argument récurrent du caractère peu poétique de telle ou telle formule proposée par vous ou par moi en traduction. Ce poème brille par sa simplicité, dans la syntaxe comme dans le vocabulaire, ce n’est pas un poème où il cherche à faire poète-poète. Il est tout à fait capable de faire plus recherché ou plus lyrique (y compris ironiquement, pour moquer son propre lyrisme, dans le Romancero ou d’autres oeuvres). J’ai moi-même hésité et sans doute eu tort de mettre "esquif" pour un terme aussi banal que Kahn, par exemple. Lefebvre écrit "nacelle", ça n’a pas l’air meilleur.

Si on traduit Heine tel qu’il écrit ici, avec effectivement des mots simples et sans fioritures, ça passe mal en français. Alors que c’est magnifique en allemand.

Nous n’avons que "faire" pour traduire tun (plutôt agir) et machen (plutôt fabriquer). Dans "agir" (tun), il me semble qu’il y a une notion plus subtile, plus abstraite,voire plus "poétique". C’est du moins mon ressenti.

Pour Kahn, en fait, c’est une péniche, une barge. Un bateau, c’est Schiff. Pensez à Schifffahrt…

Pourquoi pas simplement barque ? C’est laid, laid !

Ô, heurs et malheurs de la traduction littéraire ! 😉

Je n’avais pas pensé à "barge". C’est pas mal. Ca ne fait pas prétentieux (plutôt technique), j’aime bien.

Du tac au tac, je dirais aussi Kahn : péniche, mais là on imagine le batelier avec son bateau de 30 mètres de long rempli de charbon, on est dans la tonne de jauge brute, ça ne va pas du tout ! Ce n’est pas de la poésie industrielle, clairement. Il navigue dans ses rêves, le type, il ne fait pas du bizness.

Fandixhuit : Pourquoi pas simplement barque ? C’est laid, laid !

Faudrait pas dire ça à Apollinaire…😉

Près d’un château sans châtelaine

Oui, barque, très bien. Apollinaire fait d’ailleurs plusieurs allusions à ce poème de Heine, dans la Chanson du mal aimé aussi, je crois bien. Tout ce qui évite l’horreur de la péniche est bon à prendre, à vrai dire; et c’est bien raccord avec l’idée d’être embarqué, à la fois dans les mythes et dans les rêves et sur un fleuve. Ca fonctionne. un peu humiliant de devoir prendre des leçons des amateurs, mais on va s’en remettre😄Vous restez avec nous, j’espère, pour l’étape suivante ? Même chose, mais avec un poème de Hölderlin ? On a fait un peu d’assouplissement, on a réchauffé les muscles, on s’est remis un peu en condition, on a préparé les articulations, on s’est mis en même temps dans la posture mentale, en douceur, on a commencé la méditation, on a arrêté le tabac, on est zen. Tout est prêt, on peut maintenant s’occuper de Hölderlin.

1/ Allons- y pour Hölderlin ! Que proposez-vous ?

2/ Jehan, on compte sur toi, hein ?

3/ barque, Apollinaire l’a mis pour aller avec barcarols… ça rime… hum ! 😉

A propos de Höderlin, parution récente :

Susette, modèle de la Diotima de Hölderlin dans Hypérion. Lettres, documents et poèmes édités par Adolf Beck, traduits de l’allemand par Thomas Buffet.

https://editions-verdier.fr/livre/susette-gontard-la-diotima-de-holderlin/

à Jehan, Il y a "rade", aussi, qu’Apollinaire prend en métonymie, pour désigner les navires eux-mêmes : Je ne peux jamais l’oublierMa colombe, ma blanche radeMon île au loin, ma DésiradeMa rose, mon giroflier.