Hugo, L’Art d’être grand-père - À Jeanne

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, Je dois mener une étude sur Le poème du jardin des plantes dans L’art d’être Grand-Père de Victor Hugo et quelques vers me posent problème… Cela concerne deux quatrains de la section intitulée "A Jeanne" (je remets le début du poème pour contextualiser) :Je ne te cache pas que j’aime aussi les bêtes ; / Cela t’amuse et moi cela m’instruit ; je sens/ Que ce n’est pas pour rien qu’en ces farouches têtes / Dieu met le clair-obscur des grands bois frémissants. // Je suis le curieux qui, né pour croire et plaindre, / Sonde, en voyant l’aspic sous des roses rampant, / Les sombres lois qui font que la femme doit craindre / Le démon, quand la fleur n’a pas peur du serpent.Pendant que nous donnons des ordres à la terre, Rois copiant le singe et par lui copiés, Doutant s’il est notre oeuvre ou s’il est notre père, Tout en bas, dans l’horreur fatale, sous nos pieds, On ne sait quel noir monde étonné nous regardeEt songe, et sous un joug, trop souvent odieux, Nous courbons l’humble monstre et la brute hagardeQui, nous voyant démons, nous prennent pour des dieux. Oh ! que d’étranges lois ! quel tragique mélange ! / Voit-on le dernier fait, sait-on le dernier mot, / Quel spectre peut sortir de Vénus, et quel ange / Peut naître dans le ventre affreux de Béhémoth ? // Transfiguration ! mystère ! gouffre et cime ! / L’âme rejettera le corps, sombre haillon ; / La créature abjecte un jour sera sublime, / L’être qu’on hait chenille on l’aime papillon.Je ne suis pas sûre de comprendre les vers du milieu… D’après mes lectures des sections précédentes, j’en conclue que Dieu est partout sur Terre, et pour le comprendre, il faut sonder la nature [c’est en la Nature que l’on scinde le mystère de Dieu] (je fais un raccourci de ce que j’ai pu interpréter…). Par ailleurs, Hugo semble jouer de métaphores pour comparer les animaux aux Hommes.Dans ce passage, y a-t-il une double lecture ? Une première qui met en évidence le mépris des Hommes pour les petites choses (ici les petites bêtes) car inintéressantes et dégoûtantes à leurs yeux, alors même qu’elles détiennent en elles les réponses au Mystère qu’est Dieu ; et une seconde qui serait une critique des Hommes et de la société qui écrasent le Peuple et tente de s’élever au même rang que Dieu ? Ou suis-je totalement à côté de la plaque ? Merci du temps accordé à ma demande, Bonne soirée à tous !

Bonsoir quinzeheure,

Le sens du poème est donné par le premier quatrain

Je ne te cache pas que j’aime aussi les bêtes ;

Cela t’amuse. et moi cela m’instruit ; je sens

Que ce n’est pas pour rien qu’en ces farouches têtes

Dieu met le clair-obscur des grands bois frémissants.

Hugo se comporte en poète philosophe visionnaire. Il refuse les a priori portés sur la création par les bourgeois bien-pensants. Les notions de nuisible, de laid, de mal, de monstre sont relatives. Le premier exemple est mythique, il est tiré de la Genèse (le serpent tentateur).

La suite est une exploitation du darwinisme : le singe est-il l’ancêtre de l’homme ? Ou est-ce l’homme qui est le singe de Dieu quand il cherche à régenter la création ? Nous sommes incapables de comprendre la pensée créatrice divine et nous ne devrions pas juger, cataloguer. Le laid peut sortir du beau (spectre / Vénus) et le beau du laid (ange / Béhémoth, papillon / larve). Hugo se réfère implicitement à une foi qu’il a développée dans la Légende des siècles : la spiritualisation du monde. Dans ce poème, Hugo regrette que l’homme ne sache pas lire comment il s’est spiritualisé depuis son état originel simiesque, et surtout qu’il n’en ait tiré aucune leçon de tolérance.

Bonjour Jean-Luc, Un grand merci pour votre réponse !!Une petite question pour rebondir sur votre commentaire (je vous embête encore un instant…) … J’avoue ne pas connaître la pensée hugolienne sur la spiritualisation du monde - et vais donc dans la soirée me pencher sur des articles qui en parlent - mais une petite interrogation me vient à l’esprit : L’idée de spiritualisation du monde qu’il développe dans la Légende des siècles va-t-elle de pair avec sa foi en la métempsychose qu’il développe dans L’Art d’être Grand-Père ou les deux pensées sont-elles indépendantes l’une de l’autre ? Si vous avez une petite piste de réponse, je serais ravie de la lire. Dans tous les cas, encore merci !Bonne soirée à vous.

Bonsoir quinzeheure,Hugo a beaucoup évolué dans sa pensée religieuse et politique. Ces deux aspects sont parallèles. Il est passé d’un royalisme et d’une foi catholique à un engagement socialiste anticlérical et un théisme issu des Lumières fondé sur la croyance dans le progrès. Il a aussi fait un détour par la pensée indienne teintée de métempsycose et surtout d’animisme. Voir "Ce que dit la bouche d’ombre" dans les Contemplations. Il a aussi pratiqué le spiritisme et fait tourner les tables à Hauteville house.Regarde le 4 dans le lien suivant https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo#Convictions_religieusesIl a une foi de visionnaire, croit en Dieu et en l’homme dont il voit l’esprit sortir des ténèbres et de l’animalité pour porter à sa perfection une création imparfaite. Il faut lire La Légende des siècles, Dieu et la Fin de Satan comme une trilogie qui peint dans une fresque épique cette aventure de l’esprit s’achevant dans une réconciliation des contraires et la résolution du Mal.

Mmmmm, sujet passionnant et complexe !!

Encore merci pour toutes ces précisions !!!

Bon dimanche à vous !!!