Bonjour à tous!
je dois trouver un plan pour un extrait du roman Le Sursis de Jp Sartre mais je bloque un peu.. J’ai l’impression que tout se répète, si quelqu’un aurait une piste SVP
Il s’assit sur un banc de la place Gélu et posa le banjo à côté de lui. Il faisait sombre et bleu sous les platanes, il y avait des musiques et c’était le soir, les mâts des bateaux de pêche sortaient de terre, tout droits, tout noirs et, de l’autre côté du port, les fenêtres scintillaient par centaines. Un gosse faisait couler l’eau de la fontaine ; sur le banc voisin, d’autres nègres vinrent s’asseoir et le saluèrent. Il n’avait pas faim, il n’avait pas soif, il s’était baigné derrière la jetée, il avait rencontré un grand type hirsute qui paraissait tomber de la lune et qui lui avait offert à boire, tout cela, c’était bon. Il sortit le banjo de son étui, il avait envie de chanter. Un instant, un seul instant, il tousse, il se racle la gorge, il va chanter dans un instant, Chamberlain, Hitler et Schmitt attendaient la guerre en silence, elle allait entrer dans un instant, le pied avait gonflé mais ça venait, dans un instant il allait le sortir du soulier, Maurice, assis sur le lit tirait de toutes ses forces, dans un instant Jacques aurait achevé de boire son potage, Odette n’entendrait plus ce petit susurrement agaçant, le feu d’artifice, le fourmillement des fusées prêtes à partir, dans un instant les soleils filtreraient en tourbillonnant vers le plafond, sa poupée, dans un instant ça sentirait l’absinthe et une colle chaude et abondante inonderait ses cuisses paralysées, et la voix monterait, riche et tendre, à travers le feuillage des platanes ; un instant, Mathieu mangeait, Marcelle mangeait, Daniel mangeait, Boris mangeait, Brunet mangeait, ils avaient des âmes instantanées qu’emplissaient jusqu’aux bords de pâteuses petites voluptés, un instant et elle entrerait, bardée d’acier, redoutée par Pierre, acceptée par Boris ; désirée par Daniel, la guerre, la grande guerre des debout, la folle guerre des blancs. Un instant : elle avait éclaté dans la chambre de Milan, elle s’échappait par toutes les fenêtres, elle se déversait avec fracas chez les Jägerschmitt, elle rôdait autour des remparts de Marrakech, elle soufflait sur la mer, elle écrasait les bâtiments de la rue Royale, elle remplissait les narines de Maurice avec son odeur de chiottes et de lait sûri, dans les champs, dans les étables, dans les cours de ferme elle n’existait pas, elle se jouait à pile ou face, entre deux glaces à trumeaux, dans les salons lambrissés de l’hôtel Dreesen. Le vieillard se passa la main sur le front et dit d’une voix blanche : « Eh bien, si vous voulez, nous allons discuter un à un les articles de votre mémorandum. » Et le docteur Schmitt comprit que le temps des interprètes était revenu.



