Bonjour à tous !
Je suis en L3 de Lettres Modernes, et je dois produire un commentaire de texte sur L’Éducation Sentimentale de notre cher Gustave. Le passage à étudier est au choix, ce qui se révèle être une difficulté plus qu’un avantage. J’avais très envie de faire cette explication de texte sur un passage centré sur la relation entre Frédéric et Deslauriers, que je trouve passionnante, et j’avais dans l’idée de le faire sur un extrait de leur rencontre au collège de Sens. Cependant, n’ayant jamais eu à choisir par moi-même de passage à commenter, j’ai peur que celui-ci ne soit pas pertinent, aussi bien vis-à-vis du découpage (Devrait-il commencer plus tôt ? Finir plus tôt ou plus tard ?) que par rapport au passage en lui-même. De plus, j’ai un peu peur de prendre un extrait du début du roman, étant donné que plusieurs de mes professeurs m’ont dit que ce n’était généralement pas un bon choix (impression que l’étudiant n’a pas lu le livre et choisi un passage parmi les premières pages, etc). J’aimerais donc beaucoup avoir vos avis quant à la pertinence/non-pertinence du passage. ☺️ Je vous le mets ci-dessous :
Les distractions de Frédéric étaient moins sérieuses. Il dessina dans la rue des Trois-Rois la généalogie du Christ, sculptée sur un poteau, puis le portail de la cathédrale. Après les drames moyen âge, il entama les mémoires : Froissart, Comines, Pierre de l’Estoile, Brantôme.
Les images que ces lectures amenaient à son esprit l’obsédaient si fort, qu’il éprouvait le besoin de les reproduire. Il ambitionnait d’être un jour le Walter Scott de la France. Deslauriers méditait un vaste système de philosophie, qui aurait les applications les plus lointaines.
Ils causaient de tout cela, pendant les récréations, dans la cour, en face de l’inscription morale peinte sous l’horloge ; ils en chuchotaient dans la chapelle, à la barbe de saint Louis ; ils en rêvaient dans le dortoir, d’où l’on domine un cimetière. Les jours de promenade, ils se rangeaient derrière les autres, et ils parlaient interminablement.
Ils parlaient de ce qu’ils feraient plus tard, quand ils seraient sortis du collège. D’abord, ils entreprendraient un grand voyage avec l’argent que Frédéric prélèverait sur sa fortune, à sa majorité. Puis ils reviendraient à Paris, ils travailleraient ensemble, ne se quitteraient pas ; — et, comme délassement à leurs travaux, ils auraient des amours de princesses, dans des boudoirs de satin, ou de fulgurantes orgies avec des courtisanes illustres. Des doutes succédaient à leurs emportements d’espoir. Après des crises de gaieté verbeuse, ils tombaient dans des silences profonds.
Les soirs d’été, quand ils avaient marché longtemps par les chemins pierreux au bord des vignes, ou sur la grande route en pleine campagne, et que les blés ondulaient au soleil, tandis que des senteurs d’angélique passaient dans l’air, une sorte d’étouffement les prenait, et ils s’étendaient sur le dos, étourdis, enivrés. Les autres, en manches de chemise, jouaient aux barres ou faisaient partir des cerfs-volants. Le pion les appelait. On s’en revenait, en suivant les jardins que traversaient de petits ruisseaux, puis les boulevards ombragés par les vieux murs ; les rues désertes sonnaient sous leurs pas ; la grille s’ouvrait, on remontait l’escalier ; et ils étaient tristes comme après de grandes débauches.
M. le censeur prétendait qu’ils s’exaltaient mutuellement. Cependant, si Frédéric travailla dans les hautes classes, ce fut par les exhortations de son ami ; et, aux vacances de 1837, il l’emmena chez sa mère.
Le jeune homme déplut à Mme Moreau. Il mangea extraordinairement, il refusa d’assister le dimanche aux offices, il tenait des discours républicains ; enfin, elle crut savoir qu’il avait conduit son fils dans des lieux déshonnêtes. On surveilla leurs relations. Ils ne s’en aimèrent que davantage : et les adieux furent pénibles, quand Deslauriers, l’année suivante, partit du collège, pour étudier le droit à Paris.
De plus, si certains d’entre vous ont en tête des passages intéressants quant à la relation entre Frédéric et Deslauriers, je suis preneuse. Les moments entre eux qui m’ont marquée n’étaient généralement pas assez longs ou ne me semblaient pas si pertinents à commenter, et feuilleter un si gros roman n’est pas tâche facile.
Merci par avance pour vos réponses !



