On (n’) ose à peine

Langue française

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon

bonjour, je ne trouve aucune réponse à cette question grammaticale :

est-il correct d’écrire : je (il, on) n’ose à peine imaginer …

je vois cette phrase absolument partout, tout le temps, , en littérature et dans les plus grands journaux…

pourtant il me semble que le "n’ " est fautif : ne faut-il pas écrire : j’ose à peine imaginer…

merci

Il me semble que le « n » n’est pas fautif s’il n’est pas suivi de « à peine ». J’ose à peine : j’imagine un tout petit peu, cela m’effleure l’espritJe n’ose imaginer : il ne me viendrait pas à l’idée d’imaginer, c’est tellement invraisemblable que…En revanche je n’ose à peine paraît bien fautif : « n » et « à peine » semblent en effet redondants.

En voilà une bonne question ! L’Académie écrit :▪ Employée dans une phrase affirmative avec une valeur quantitative. Tout juste, tout au plus ; pas tout à fait (dans le même sens que Presque pas dans une phrase négative). Il sait à peine lire. Il nous a à peine regardés. Il est à peine six heures. Nous étions à peine cent. Avoir à peine de quoi payer. Sur un ton à peine poli.▪ Par extension. Pour marquer qu’une chose ne se fait que très difficilement, est presque impossible. On peut à peine passer dans cet étroit couloir. C’est à peine si on le comprend. À grand-peine, voir Grand-peine. https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/peineComme on le voit, le sens de "à peine" est devenu celui de "presque pas", à cette différence près que "presque pas" se construit à la négative et "à peine" à la positive : Je ne mange presque pas / Je mange à peine.La réponse stricte à la question est donc : il ne faut pas de "ne" et on doit écrire : j’ose à peine imaginer / je n’ose presque pas imaginer.Mais par contamination avec la construction négative équivalente avec presque pas, ou simplement parce que s’impose dans la tête du locuteur un sens négatif, celui de je n’ose imaginer, je n’ose qu’avec peine imaginer, bien des plumes ont laissé échapper un "je n’ose avec peine…", et même des plumes illustres : Voltaire écrit dans une lettre Je n’ose à peine parler des vers que vous daignez m’adresser !Pour autant, il me semble qu’il ne faut pas suivre sur ce point ce grand écrivain, et continuer d’employer le positif, et ce, en dépit de l’usage massif de la tournure négative.

Certes, lamaneur, ta réponse est ô combien plus complète et étayée que la mienne. 🙂

Je vais tenter d’en retenir la conclusion frappée au coin du bon sens. 😉

oh merci à vous deux ! c’est clair, Lamaneur, vous confirmez mon doute ; je vais donc le considérer [n’] comme non fautif et suggérer de ne pas l’ajouter…

Voltaire écrit dans une lettre Je n’ose à peine parler des vers que vous daignez m’adresser !

Voltaire est bien connu pour les nombreuses incorrections émaillant ses écrits.

Lamaneur a donc raison de ne pas l’imiter sur ce point précis.

Merci, Lamaneur, je ne me souviens pas avoir eu à employer cette forme, mais si j’avais dû le faire, il est fort possible que je me serais posé la question. Ton explication exhaustive m’évitera d’avoir à le faire.