"La littérature tient à tout" (citation de Benjamin Constant)
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Après avoir aidé un peu, je demande à mon tour un peu d'aide '.
J'ai un super sujet de dissertation que voici :
"La littérature tient à tout. Elle ne peut être séparée de la politique, de la religion, de la morale. Elle est l'expression des opinions des hommes sur chacune de ces choses. Comme tout dans la nature, elle est à la fois effet et cause. La peindre comme un phénomène isolé, ce n'est pas la peindre".
Benjamin Constant, dans Esquisse d'un essai sur la littérature du XVIIIème siècle.
Qu'en pensez-vous ?
(euh franchement ? pas grand chose…).
Bien, c'est un sujet tellement vaste, il y a tant de choses à dire que je ne sais pas par où commencer, et surtout, j'ai trouvé quelques problématiques mais j'aimerais vos avis (la prof nous a proposé de voir les tuteurs mais j'ai des copines qui se sont ramassé 4 l'année dernière avec leur aide alors je suis pas trop motivée).
Bien, allons-y pour une brève analyse du sujet : (ce n'est qu'une ébauche)
En développant mon analyse, je suis arrivée à plusieurs thèses, si je puis dire. D'abord, la question de l'engagement de l'écrivain tient une place prépondérante ici. Ainsi, on peut mieux voir ce qui est profondément mis en tension par Constant : d'un côté, l'engagement en littérature, de l'autre, le fait que la littérature est de l'imaginaire, quelque chose hors de tout engagment (et par extension, si la littérature se réduit à de l'imaginaire, ce n'est comprendre ni son essence ni ses enjeux). Voici donc plusieurs problématiques, meme si j'ai tout à fait conscience qu'elles sont loin d'être parfaites, mais c'est surtout pour savoir si, selon vous, je fais fausse route ou non :
1- dans quelle mesure la littérature peut-elle échapper à l'engagment de l'auteur ?
2- Comment l'auteur peut-il parvenir à ne pas s'engager, à conserver son statut d'artiste du 'beau' ?
3- Comment, malgré l'engagement de l'auteur, le lecteur peut-il trouver assez d'imaginaire dans la littérature pour garder Le Plaisir du texte ?
et avec une finalité absolue : une oeuvre hors de tout engagement est-elle possible ?
Voici quelques idées, que je vais synthétiser parce que ça prend 8 pages sur mon cahier XD :
au sujet de l'engagement, toute la littérature coloniale (je pense à marguerite duras en particulier), les fables de la fontaine, les caracteres de la bruyere, flaubert, zola, sartre, ionesco, Aragon, les exemples ne mentent pas.
Je pensais donc (mais pensais seulement ce n'est même pas une ébauche dans mon cerveau) à montrer qu'effectivement l'engagement en littérature existe (avec toutes les nuances que cela comporte), et puis évoquer la littérature en tant que simple fait 'imaginaire' (cf le mouvement du Parnasse), du Beau. Et puis en ce qui concerne ce que j'en pense moi… Je crois qu'il n'est pas possible de faire une oeuvre hors de tout engagement, car meme si l'auteur ne réalise pas son engagement, les critiques vont le faire pour lui 😜
Il y a vraiment beaucoup de choses mais enfin, qu'en pensez vous ?
Merci par avance de vos réponses 😀
😂 ,j'ai oublié l'analyse du sujet XD ahahahah faut le faire. Je vous la mettrai demain je vais dormir là.
Bises 🙂
voici l'analyse que j'ai faite, bien sur c'était au début donc maintenant elle mériterait d'être modifiée :
Benjamin Constant écrit, dans son Esquisse d'un essai sur la littérature du XVIIIème siècle : « la littérature tient à tout. Elle ne peut être séparée de la politique, de la religion, de la morale. Elle est l'expression de l'opinion des hommes sur chacune de ces choses. Comme tout dans la nature, elle est à la fois effet et cause. La peindre comme un phénomène isolé, ce n'est pas la peindre ».
La position qu'adopte Constant sur la littérature est celle de l'écrivain, mais également celle du politicien qu'il a été. L'essence de la littérature est son inhérence au monde extérieur, et son rôle est de permettre aux hommes de philosopher. En revanche, la dernière phrase semble s'adresser aux détracteurs de la littérature, qui ne voient en elle qu'un monde « à part », fonctionnant avec une certaine autarcie, comme une sorte d'écosystème. Elle ne serait pas reliée au monde extérieur, mais bel et bien indépendante; sans doute cela est-il dû au fait qu'un roman n'est qu'imagination. Dès lors, dans leur conception, la littérature n'est que divertissement. C'est bien ce à quoi s'oppose ici fermement Constant : l'envisager ainsi revient à ne comprendre ni son rôle ni son essence, et c'est bien cela qui est mis en tension ici : d'un côté, une littérature indissociable du monde réel, et de l'autre, la volonté de l'en détacher complètement.
Ajouter : c'es-à-dire d'un côté une littérature indissociable de tout engagement de l'auteur, et de l'autre, le fait que la littérature est envisagée comme totalement dégagée de tout engagement.
Bonjour Angelusia,
Ce sujet va au-delà de la littérature engagée pour aborder la littérature d'idées. Il t'invite à donner ta propre définition de la littérature.
En fait si tu réfléchis bien, tu t'aperçois que Benjamin Constant ne définit pas l'essence de la littérature, mais son domaine d'application. Tout peut relever de la littérature, aucun domaine ne lui échapperait. Constant limite quand même son sujet aux "sciences humaines". Or il ne nous viendrait pas spontanément à l'esprit qu'un manuel de littérature ou de philosophie ou d'histoire appartient ipso facto à la littérature. Donc l'affirmation de Constant trouve assez vite ses limites. Elle s'inscrit dans le droit fil de la littérature utilitaire, de la littérature de combat du siècle des Lumières…
Je verrais bien une problématique du type : "est-ce que la littérature peut se définir par son sujet (ou son objet) ?"
merci de ton aide jean luc mais… j'ai rien compris XD Je suis sans aucun doute trop bête ahahaha. C'est justement le fait de donner une définition de la littérature qui me pose un problème. Effectivement, Constant limite la littérature comme l'expression de l'opinion des hommes. Mais poser la question 'qu'est-ce que la littérature?' (même 'pour moi') me semble : 1- complètement hors sujet ; 2- je n'ai pas du tout les compétences pour résoudre ce problème (surtout que je n'y ai jamais réfléchit, d'une manière générale, la littérature (valable) pour moi se limite à ce qu'on étudie en cours, c'est a dire ce qui fait l'objet de recherches par des gens éminaments compétents dans ce domaine (je sais, c'est hyper élitiste 😜) ).
[pause…]
je viens de relire ton message et je comprends un peu mieux ce que tu veux dire. Et effectivement j'avais pas du tout vu la chose sous cet angle, et ce que tu dis n'est pas faux du tout. Je vais carrément demander à ma prof (si elle accepte de m'aider, chaque semaine je lui pose un million de questions, la pauvre, pardon ). Ou demander à mon prof de stylistique… mais j'ose pas -_-'.
Enfin, revoir le sujet de cette manière induit que je recommence tout mon travail Oo ouinnnnn. Mais oui, en même temps cela résout un grand problème que j'avais : champ application : la littérature ; thème : les domaines d'application de la littérature (morale politique religion = sciences humaines) ; thèse : aucun domaine n'échapperait à la littérature.
Mais tout de même, l'engagement n'a-t-il pas sa place là-dedans ?
(dommage j'aimais bien mes problématiques XD)
Merci du coup de main, et s'ils y a d'autres aides, je suis preneuse 🙂
Bonjour Angeluisa,
Tu as progressé.
L'engagement littéraire est un sous-ensemble de la littérature d'idées. Ce que tu as trouvé n'est donc pas perdu. Je t'invite à dépasser ce cliché de l'engagement (politique) des écrivains. Par ex., quand Pascal écrit les Pensées, il se livre à un écrit sur la religion, il est donc dans la définition de Constant, pour autant, il ne se livre pas à une littérature engagée comme Voltaire dans Micromegas ou Candide.
Par ailleurs on peut aussi aller au-delà des limites fixées par Constant : Baudelaire s'est intéressé à la laideur, Apollinaire à la modernité triviale des grandes villes, Ponge et Delerm à des objets de consommation courante…
Tout peut relever de la littérature et pourtant tous les écrits ne sont pas de la littérature. Une recette de cuisine relevée sur internet n'est pas de la littérature, mais proposée par Curnonsky, peut-être…
De toute façon, tu ne pourras échapper à ce que la littérature représente pour toi…
je n'ai qu'une chose à dire : argh XD !
je me permets d'ajouter ici les autres limites que j'ai entrevues au jugement de constant (en + ce qui est très difficile, c'est que depuis qu'il a écrit ça sont apparues d'autres disciplines, je pense à la critique littéraire par exemple, et donc il est difficile de tenir compte et du sens de la citation dans son contexte, et de son sens dans le contexte actuel ).
voici quelques citations que j'ai trouvées et qui m'ont pas mal aidée :
"Elever l'homme au-dessus de lui-même, le délivrer de sa pesanteur, l'aider à se surpasser, en l'exaltant, le rassurant, l'avertissant, le modérant, n'est-ce pas là le but secret de la Littérature ?" André Gide,in Feuillets d'automnes
Todorov, à propos de l'enseignement de la littérature aujourd'hui : "il faudrait plutôt leur montrer [aux élèves] que les grands textes du passe parlent d'eux, qu'ils donnent un sens à leur vie intérieure et les aident à mieux vivre". Puis : "On peut en revanche rêver que les auteurs se sentent responsables, c'est a dire qu'ils assurent la continuité entre le monde dans lequel ils vivent et le monde qu'ils créent. Moi et les autres, réel et imaginaire forment un monde commun. Cela ne veut pas du tout dire unique".
Selon Le Clézio, "on n'a plus l'outrecuidance de croire, comme à l'époque de Sartre, qu'un roman peut changer le monde. Aujorud'hui, les écrivains ne peuvent que faire le constat de leur impuissance politique […] La littérature contemporaine est une littérature du désespoir."
Proust, dans Le temps retrouvé : " La grandeur de l'art véritable […] c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons […] La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature […] Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit l'un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre […] Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition ".
Maurias, Mémoires politiques : " Beaucoup de gens considèrent qu'un écrivain doit se garder d'intervenir dans la politique, et qu'il est fait pour raconter des histoires. Ce n'estp as quelqu'un de sérieux".
Henri Troyat : " Je suis un écrivain, je suis un rêveur et plus je m'engagerai, plus je m'éloignerai de ma vraie nature".
et même Sartre : "J'ai longtemps pris ma plume pour une épée. Aujourd'hui, je reconnais notre impuissance".
Tout ce que tu as dit, sur les objets tout ça, me fait penser au Nouveau Roman (je l'ai d'ailleurs mis dans mes notes), c'est une conception nouvelle du roman, donc de la littérature, mais point d'engagement apparent, le personnage apparaît à travers les objets quotidiens qu'il utilise.
A propos de la citation de Sartre : s'agirait-il alors d'une littérature impuissante ? ( la littérature engagée) c'est en tout cas quelque chose sur laquelle tout le monde a l'air d'accord (il rejoint Le Clézio). Ici, cela me semble induire quelque chose que je ne veux pas omettre dans ma définition de la littérature (si toutefois je suis contrainte et forcée de la donner) : où est Le Plaisir du texte ? Existe-t-il une littérature faite uniquement pour le plaisir des yeux, si je puis dire ? Je pense précisément au mouvement du Parnasse. Il privilégie plus la forme que le fond, cela reviendrait-il à créer une littérature 'creuse' ?
Qu'en penses-tu ? Je nage completement, ce sujet englobe tellement de choses !
Bonsoir Angeluisa,
Continuons à creuser.
Tu découvres que l'engagement en littérature n'a pas fait florès.
Pourquoi ? l'affaire Dreyfus et le flop de toute littérature de propagande (et de la littérature communiste en particulier), revois Julien Benda et la
Trahison des clercs,
ici.
Finalement la littérature contemporaine comme l'art tout court s'enfonce dans le dérisoire.
Raisons économiques, idéologiques, crise de l'invention, surenchère, scandales, perte des racines, de la culture classique, crise des valeurs, angoisses existentielles…
Il est évident que le plaisir du texte est une piste essentielle, mais il faut définir ce qu'est ce plaisir exigeant fondé sur la nouveauté et l'esthétique. Tu ne pourras pas échapper aux fonctions du langage, et particulièrement à sa fonction poétique.
Une littérature pour le "plaisir des yeux" a existé, revois l'Art pour l'art de Gautier, Baudelaire, le Parnasse, et toutes les recherches de la fin du XIXe siècle qui ont malheureusement débouché sur l'hermétisme, une littérature pour une élite.
Pour résumer, la littérature, c'est tout à la fois un sujet intéressant, un univers personnel et un art de bien dire, un accord parfait entre le thème et les mots pour le dire, une expression unique.
Ces notes sont volontairement décousues pour ne pas stériliser ta propre réflexion.
Bonsoir Angelusia et Jean-Luc,
Jean-Luc a écrit :
[…] la littérature, c'est […] une expression unique.
C'est tellement vrai… c'est la meilleure définition de la littérature. C'est l'accès à la pensée.
Je suis persuadée que l'on peut côtoyer quelqu'un toute sa vie sans avoir accès à sa pensée. S'il écrit, on aura accès à sa pensée. C'est toute l'importance de ce qui est contenu dans la littérature. Et qui entre en éternité.
Muriel
Bonsoir Muriel,
Bien d'accord, si pensée est l'équivalent d'univers personnel ("tout homme est une île"), et si surtout l'expression unique permet de la faire "entrer en éternité".
C'est si bien dit !
Bonsoir Jean-Luc,
Oui, c'est cela. 🙂
Muriel
mon Dieu, plus j'avance et plus je me rends compte de l'étendue du travail. Je dois rendre cette dissertation pour le 12 novembre, ça fait déjà un mois que je 'planche' dessus, et je n'ai 'que' ça ! Je vais demander lundi à ma prof quand seront mis en place les tuteurs, même si je n'ai pas tout à fait confiance dans leur travail, vu ce que l'on m'a dit… Mais bon je peux tenter le coup et vous faire un compte rendu. Enfin, vu la montagne de travail, qui est en train de se transformer en mont Olympe, j'ai plutôt intérêt à m'y mettre et vite. Le problème, c'est que je n'en dors plus la nuit : /
Merci pour votre aide en tout cas, et je vous poste mes prochaines avancées très bientôt 🙂
Bien.
Me revoilà après mon entretien avec ma prof (où ma performence a été minable) m'enfin bref. Jean-Luc tu me demandais des nouvelles (c'est gentil à toi, merci!) eh bien en voilà 🙂 (ou plutot 😞 ).
En fait, nous sommes tous les deux hors sujet.
Elle m'a dit de rester collée au sujet : nulle part il n'y a écrit le mot 'écrivain', ni 'engagement'. Et la politique et la religion ne sont pas des sciences humaines, a-t-elle dit.
En fait, voici la bonne problématique (enfin c'est que j'en ai conclu) : la littérature est-elle vraiment indissociable de la morale, de la religion, et de la politique ?
Je vais m'amuser un petit moment.
Elle m'a dit que mon analyse concernant la dernière phrase est fausse (en fait tout est faux, il n'est nullement question du réel non plus, à part que j'ai bien trouvé le mot 'indissociable' et que j'ai bien vu que la dernière phrase est détachée. Donc, cette dernière phrase (désolée pour les répétitions), en fait elle veut dire : si vous pensez le contraire de moi, vous avez tort (prouvez-moi que la littérature est indissociable de la politique morale et religion).
Elle m'a dit que je prends les choses à l'envers, je cherche d'abord des idées avant d'avoir cerné précisément le problème, ce qui me fait aller droit dans le hors-sujet. Et elle m'a dit aussi que rester près du sujet 'demande une grande humilité intellectuelle' (comprendra qui voudra, moi j'entends que je ne dois pas chercher de hautes idées mais plutôt rester collée à ses idées le plus possible et par conséquent me mettre en position de réception pleine de ses idées).
Voilà. Je vais m'atteler à cette tâche. Mon problème va être le plan, je suis incapable d'en construire un sans avoir écrit toute la première partie c'est très bizarre.
En plus, j'ai la grippe -_-.
Merci de votre aide 🙂
Bonsoir Angeluisa,
Je comprends ta déception, mais les remarques de ton professeur méritent d'être examinées même si je ne les partage pas complètement.
D'abord je souhaiterai dissiper un malentendu : ce n'est pas moi qui ai parlé de littérature engagée, j'ai attiré ton attention sur la littérature d'idées, notion plus large.
Ensuite si j'ai parlé de sciences humaines, j'ai pris soin de mettre l'expression entre guillemets. La politique n'est pas une science humaine, peut-être un art. La religion, non plus ; une spiritualité ou une sagesse ou un art de vivre… Mais l'Histoire, la politique et la religion ont en commun l'homme ; elles véhiculent une conception de l'homme. Voilà ce que je voulais dire.
Comme il se fait tard, je reprendrai le fil demain.
Soigne ta grippe, sinon la tête va exploser sous les effets conjugués de la température et de la macération intellectuelle.
Tous mes voeux de prompt rétablissement !
Merci c'est gentil 🙂
tu vois l'heure ? je n'arrive pas à dormir tellement j'ai mal -_-. Bref, je n'ai aucunement dit que tu avais parlé del ittérature engagée, nous sommes d'accord sur le fait que c'est moi qui l'ai évoqué.
Enfin cela ne change rien à l'affaire, je vais me cantonner au sujet et à rien d'autre, et je verrai bien. Enfin je reprendrai ça quand ça ira mieux, il est évident que là, je ne vais pas arriver à grand chose.
Merci pour ton aide 🙂
Je viens de plancher un peu sur mon sujet. J'avance dans la recherche des idées, mais je n'arrive pas à entrevoir ne serait-ce que l'esquisse d'un plan, pas même dans l'articulation très générale des idées.
Ma problématique sera la suivante : Une littérature hors de toute expression de l'avis des hommes sur la politique, la morale et la religion peut-elle exister ?
Bon, je pense que non. Cela veut dire que je vais devoir passer en revue tous les types de littérature pour démontrer à chaque fois que non ? C'est grotesque, ça n'a aucun intérêt. Et pourtant je ne vois que ça. Ahhhh, en écrivant il me vient une idée. J'étais en train de penser, en même temps que je rédigeais ces lignes, aux limites du sujet, que pour le coup je n'arrive pas à cerner. Je me suis dis que dans l'absolu ça ne peut pas y échapper mais il faudrait définir peut-être dans quelle mesure ça marche. Non ? J'en sais rien. ça m'énerve ! (je sais pas faire le ç majuscule -_-). Bref, voici déjà les quelques idées que j'ai griffonnées sur mon brouillon :
- l'apogée de la citation de BC se situe, à mon humble avis, dans le Siècle des Lumières, car c'est là que la littérature prend véritablement son essor, puisque les auteurs prennent conscience de son pouvoir. En même temps, l'homme a besoin de se connaître, démontre (en tout cas les grands auteurs que nous connaissons) une soif d'apprendre presque inépuisable, et il me semble que c'est grâce à la littérature qu'ils pouvaient mener leur philosophie : chacun exprime ce qu'il pense dans un livre, et celui qui le lit se sert de cette opinion pour forger la sienne. Ce sont d'ailleurs les débuts de ce que Genette appellera bien plus tard l'intertextualité.
- j'ai pensé aux touts débuts de la littérature, avant même l'imprimerie, et donc aux roman du 11 ou 12 ème siècle, ayant en tête Chrétien de Troyes comme auteur. A la base, ce sont des contes oraux retranscrits, mais à l'époque, quel autre but que de divertir, ou pour les contes, ou pour leur transcription? On remarque que la religion tient une place importante dans l'oeuvre de Chrétien de Troyes. Ce sera facile à démontrer. Mais la morale également. D'ailleurs, je me suis posé la question suivante : peut-on considérer qu'il y a dans l'oeuvre de CDT une (tentative de) définition de la morale chevaleresque ?
- là, rien à voir, mais j'ai pensé au Parnasse et à l'Art pour l'Art de Théophile Gautier. Ils prônent que l'art est inutile, un culte de la forme sans faille, n'ont d'yeux que pour la beauté de leurs vers -et il faut remarquer que leur finition est parfois digne de cela). Une poésie donc bien en-deçà de tout lien avec la politique la morale ou la religion… du moins essaient-ils de le faire croire. Je cherche justement un poème qui serait représentatif d'un lien avec l'un des trois 'sujets' précédemment évoqués, je ne connais pas assez le mouvement, et même avec mes recherches, c'est un peu limite.
Voilà ce sont les seules idées que j'ai pu trouver jusqu'à maintenant. Mais je ne vois pas commencer les articuler ni les compléter et par quoi. Maintenant que je sais que je suis dans la bonne direction tout me paraît si étroit…
Si quelqu'un a une ou des idée(s) qu'il se fasse connaître sans attendre 🙂
Merci pour votre aide.
Bonsoir Angeluisa,
Comment va la santé ?
Reprenons ce sujet.
Il me semble téméraire de s'aventurer dans les liens indissociables entre littérature et politique, religion et morale sans définir ces termes un temps soit peu.
Par ex. est ce que religion signifie spiritualité ou métaphysique ou sagesse ? Suivant la réponse, Constant aura plus ou moins raison…
La politique est-elle l'art de gouverner la cité, un discours sur le pouvoir ou l'étude des relations entre les hommes ?
La morale est-elle le dogmatisme sur le bien et le mal ou le sens du XVIIe siècle, l'étude des mœurs ?
C'est ce que ton professeur a nommé "l'humilité intellectuelle", la capacité à restreindre le terrain de jeu.
Suivant le sens que tu auras attribué à ces termes, tu peux montrer que toute une part de la littérature échappe à la définition de Constant : la poésie formelle comme tu l'as relevée, mais aussi le roman d'introspection psychologique, la comédie farcesque, les jeux gratuits du surréalisme et de ses épigones… Mais tu peux aussi montrer que dans cette littérature qui semble échapper à la définition de Constant, il existe quand même à dose homéopathique des traces de spéculation métaphysique, l'expression d'une sagesse populaire ou l'amorce d'une réflexion sur le pouvoir parce que toute littérature est avant tout une expression humaine.
Je suis en pleine analyse de l'incipit de l'Education sentimentale, mais je vais reprendre mes notes. J'ai bien entedu cherché les définitions des mots du sujet. ça donne ça :
Littérature : -connaissance des belles-lettres
- ensemble des productions littéraires d'une nation, d'un pays, d'une époque
- ensemble des oeuvres écrites qui traitent d'un sujet particulier
- travai, métier de l'écrivain
- discours ou écrit sans rapport avec la réalité
Politique : science du gouvernement des Etats
Religion : ensemble de doctrines et de pratiques qui consituent le rapport de l'homme avec la puissance divine.
Morale : ensemble des règles qui doivent diriger l'activité libre de l'homme.
Opinion : avis, sentiment de celui qui opine sur quelque affaire mise en délibération.
Je précise que je me suis servie du Nouveau Littré pour chercher ces définitions. Mais elles ne m'ont guère avancée 😞
La santé va mieux, j'ai pu travailler une bonne partir de l'après-midi et c'est déjà pas mal 🙂
Merci de t'en soucier 🙂
Re !
J'ai un peu progressé, j'ai rédigé un semblant d'introduction, j'aurais aimé votre avis, si cela eût été possible 😉 Voilà :
Le XVIIIème siècle, le siècle des Lumières, voit l'essor d'une littérature nouvelle qui aborde une réflexion sur l'Homme, le monde, ses enjeux. C'est à son propos que Benjamin Constant écrit, dans son Esquisse d'un essai sur la littérature du XVIIIème siècle : " La littérature tient à tout. Elle ne peut être séparée de la politique, de la religion, de la morale. Elle est l'expression de l'opinion des hommes sur chacune de ces choses. Comme tout dans la nature, elle est effet et cause. La peindre comme un phénomène isolé, ce n'est pas la peindre".
On ne peut que remarquer l'extrême neutralité du ton de Constant. Il se place ici en tant qu'écrivain, mais également en tant que politicien, et grand orateur qu'il est. Cette littérature, indissociable des grandes questions humaines -la morale, la politique, la religion- l'est également de toute appréciation, de tout avis critique de celui qui écrit -des écrivains, donc, pour reprendre sa neutralité. Toutefois, malgré la neutralité du ton employé, la littérature semble hors de portée de cette neutralité, puisqu'elle est intimement liée au jugement des hommes. En revanche, affirmer que ce lien n'existe pas, c'est ne pas comprendre l'essence de la littérature.
Dès lors, on peut se demander si -comme le réfute Benjamin Constant- une littérature hors de tout avis des hommes sur la morale, la politique et la religion peut exister.
Bien évidemment, je n'ai pas encore de plan, je galère vraiment trop pour ce plan.
Si quelqu'un peut m'aider j'accepte son aide volontiers !
Merci d'avance 🙂
Bonsoir Angelusia,
Je ne partage pas ton accroche : Ce n'est pas le siècle des Lumières qui crée une "littérature nouvelle qui aborde une réflexion sur l'Homme, le monde, ses enjeux". L'humanisme bien avant lui avait donné une impulsion certaine en ces domaines. Le XVIIIe siècle invente la littérature militante.
Je n'ai pas bien compris tes variations sur la neutralité.
Je suis d'accord sur l'accroche, je la trouve vraiment naze, 'pourrie' comme j'aime bien dire XD
Quant à la neutralité, hum, si tu pouvais me dire ce que tu ne comprends pas 'précisément' ça m'arrangerait, parce que j'ai vraiment repris ce que j'ai vu avec ma prof alors… Pour moi il est important que le suejt soit bien expliqué, et visiblement ce n'est pas le cas, j'aimerais comprendre pourquoi.
Merci de ton aide 🙂
J'ai eu de nouvelles idées, mais j'avance sur la pointe des pieds avec :
- l'écriture solipsiste ne me semble pas être incompatible avec un avis sur la morale la politique ou la religion même si l'écrivain ne veut que se libérer à travers elle.
- les jeux du surréalisme (comme tu l'as suggéré) ou le Nouveau Roman ne me paraissent pas fondamentalement accrochés à la morale la politique et la religion, mais je ne connais pas assez bien les deux courants pour le justifier. J'ai repris mon cours sur Histoire de Claude Simon pour voir si je peux trouver quelque chose, mais c'est plutôt le surréalisme qui me pose problème.
-enfin, je me suis dit que certains auteurs cherchent une objectivité la plus absolue dans leurs écrits, ou refusent en tout cas tout engagement, de débattre de quoi que ce soit. Mais il me semble que lorsque quelqu'un écrit, il en dit toujours plus que ce qu'il veut bien prétendre, et l'analyse stylistique et la critique littéraire me paraissent les meilleurs moyens pour interprêter et déchiffrer l'inconscient de l'écrivain. (je pense à Marguerite Duras qui refuse de s'engager mais qui l'est pourtant, lorsqu'on analyse ses livres).
-ah, et j'ai aussi trouvé une superbe citation de Kundera : à propos de Sartre, K. déclare : "il reconnaît une autonomie esthétique à la poésie, non à la prose (au roman) : " la prose est utilitaire par essence". […] Le roman n'est donc pas un moyen de connaître, d'explorer, de découvrir; non, la connaissance, l'exploration, la découverte précèdent l'écriture d'un roman ; celui-ci n'est qu'une des formes de communication" (L'Atelier du roman, 1994, p.26).
Il me semble que ça rejoint la neutralité de Constant. Mais j'hésite u peu au niveau de l'interprétation. Il y a aussi celle-ci, qui me paraît coller complètement au sujet, mais je ne la comprends pas assez :
"Etre romancier dut pour moi plus que pratiquer un "genre littéraire" par mi d'autres, ce fut une attitude, une sagesse, une position ; une position excluant toute identification à une politique, à une religion, à une idéologie, à une morale, à une collectivité; une non-identification consciente, opiniâtre, enragée, conçue non pas comme évasion ou passivité, mais comme résistance, défi, révolte" (Les Testaments trahis, p.191). Je pense que je peux couper aprs 'collectivité' pour en cerner mieux le sens, mais je ne comprends pas quand même, pourtant ça me semble parfait. C'est bizarre. Peux-tu m'aider là-dessus ?
Merci de ton aide en tout cas 🙂