Proposition de corrigé pour l’EAF du bac 2006 en séries S et ES

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Devant le grand nombre de demandes d’avis sur ces épreuves, je vais essayer modestement d’apporter ma contribution.

Ce travail dépend de mes disponibilités.

Remarques préliminaires

J’attire aussi l’attention des futurs lecteurs de cette discussion sur le fait
- que je ne pourrai répondre à chacun,
- que ces propositions n’ont pas été produites en temps limité comme pour le bac, et que j’ai pu consulter des sources auxquelles les candidats n’avaient pas accès pendant l’épreuve,
- qu’enfin elles sont le fruit d’une longue fréquentation avec les textes littéraires, ce dont les candidats bacheliers ne peuvent en principe se prévaloir.

Moralité : Il n’est donc pas étonnant que vos devoirs puissent différer notablement de mes réponses sans pour autant être ratés.

1 - Sujet :
La Légende de l’Homme à la Cervelle d’Or

A la dame qui demande des histoires gaies.

En lisant votre lettre, madame, j’ai eu comme un remords. Je m’en suis voulu de la couleur un peu trop demi-deuil de mes historiettes, et je m’étais promis de vous offrir aujourd’hui quelque chose de joyeux, de follement joyeux.
Pourquoi serais-je triste, après tout ? Je vis à mille lieues des brouillards parisiens, sur une colline lumineuse, dans le pays des tambourins et du vin muscat. Autour de chez moi tout n’est que soleil et musique ; j’ai des orchestres de culs-blancs (1), des orphéons (2) de mésanges ; le matin, les courlis(3) qui font "Coureli ! coureli !", à midi, les cigales, puis les pâtres qui jouent du fifre(4), et les belles filles brunes qu’on entend rire dans les vignes… En vérité, l’endroit est mal choisi pour broyer du noir ; je devrais plutôt expédier aux dames des poèmes couleur de rose et des pleins paniers de contes galants.
Eh bien, non ! Je suis encore trop près de Paris. Tous les jours, jusque dans mes pins, il m’envoie les éclaboussures de ses tristesses… A l’heure même où j’écris ces lignes, je viens d’apprendre la mort misérable du pauvre Charles Barbara (5) ; et mon moulin en est tout en deuil.
Adieu les courlis et les cigales ! Je n’ai plus le cœur à rien de gai… Voilà pourquoi, madame, au lieu du joli conte badin(6) que je m’étais promis de vous faire, vous n’aurez encore aujourd’hui qu’une légende mélancolique.

Il était une fois un homme qui avait une cervelle d’or ; oui, madame, une cervelle toute en or. Lorsqu’il vint au monde, les médecins pensaient que cet enfant ne vivrait pas, tant sa tête était lourde et son crâne démesuré. Il vécut cependant et grandit au soleil comme un beau plant d’olivier ; seulement sa grosse tête l’entraînait toujours, et c’était pitié de le voir se cogner à tous les meubles en marchant… Il tombait souvent. Un jour, il roula du haut d’un perron et vint donner du front contre un degré (7) de marbre où son crâne sonna comme un lingot. On le crut mort, mais en le relevant, on ne lui trouva qu’une légère blessure, avec deux ou trois gouttelettes d’or caillées dans ses cheveux blonds. C’est ainsi que les parents apprirent que l’enfant avait une cervelle en or.
La chose fut tenue secrète ; le pauvre petit lui-même ne se douta de rien. De temps en temps, il demandait pourquoi on ne le laissait plus courir devant la porte avec les garçonnets de la rue.
On vous volerait, mon beau trésor ! lui répondait sa mère…
Alors le petit avait grand’peur d’être volé ; il retournait jouer tout seul, sans rien dire, et se trimballait (8) lourdement d’une salle à l’autre…
A dix-huit ans seulement, ses parents lui révélèrent le don monstrueux qu’il tenait du destin : et, comme ils l’avaient élevé et nourri jusque-là, ils lui demandèrent en retour un peu de son or. L’enfant n’hésita pas ; sur l’heure même, - comment ? par quels moyens ? la légende ne l’a pas dit, - il s’arracha du crâne un morceau d’or massif, un morceau gros comme une noix, qu’il jeta fièrement sur les genoux de sa mère… Puis, tout ébloui des richesses qu’il portait dans la tête, fou de désirs, ivre de sa puissance, il quitta la maison paternelle et s’en alla par le monde en gaspillant son trésor.

Du train dont il menait sa vie, royalement, et semant l’or sans compter, on aurait dit que sa cervelle était inépuisable… Elle s’épuisait cependant, et à mesure on pouvait voir les yeux s’éteindre, la joue devenir plus creuse. Un jour enfin, au matin d’une débauche folle, le malheureux, resté seul parmi les débris du festin et les lustres qui pâlissaient s’épouvanta de l’énorme brèche qu’il avait déjà faite à son lingot : il était temps de s’arrêter.
Dès lors, ce fût une existence nouvelle. L’homme à la cervelle d’or s’en alla vivre à l’écart, du travail de ses mains, soupçonneux et craintif comme un avare, fuyant les tentations, tachant d’oublier lui-même ces fatales richesses auxquelles il ne voulait plus toucher… Par malheur, un ami l’avait suivi dans sa solitude, et cet ami connaissait son secret.
Une nuit, le pauvre homme fut réveillé en sursaut par une douleur à la tête, une effroyable douleur ; il se dressa éperdu, et vit, dans un rayon de lune, l’ami qui fuyait en cachant quelque chose sous son manteau…
Encore un peu de cervelle qu’on lui emportait !…
A quelque temps de là, l’homme à la cervelle d’or devint amoureux, et cette fois tout fut fini…
Il aimait du meilleur de son âme une petite femme blonde, qui l’aimait bien aussi, mais qui préférait encore les pompons, les plumes blanches et les jolis glands mordorés (9) battant le long des bottines.
Entre les mains de cette mignonne créature, - moitié oiseau, moitié poupée, - les piécettes d’or fondaient que c’était un plaisir. Elle avait tous les caprices ; et lui ne savait jamais dire non ; même, de peur de la peiner, il lui cacha jusqu’au bout le triste secret de sa fortune.
- Nous sommes donc bien riches ? disait-elle.
Le pauvre homme lui répondait :
- Oh ! oui… bien riches !
Et il souriait avec amour au petit oiseau bleu qui lui mangeait le crâne innocemment.
Quelquefois cependant la peur le prenait, il avait des envies d’être avare ; mais alors la petite femme venait vers lui en sautillant, et lui disait :
Mon mari, qui êtes si riche ! Achetez-moi quelque chose de bien cher…
Et il lui achetait quelque chose de bien cher.
Cela dura ainsi pendant deux ans ; puis, un matin, la petite femme mourut, sans qu’on sût pourquoi, comme un oiseau… Le trésor touchait à sa fin ; avec ce qui lui restait, le veuf fit faire à sa chère morte un bel enterrement. Cloches à toute volée, lourds carrosses tendus de noir, chevaux empanachés, larmes d’argent dans le velours, rien ne lui parut trop beau. Que lui importait son or maintenant ?… Il en donna pour l’église, pour les porteurs, pour les revendeuses d’immortelles (10) ; il en donna partout, sans marchander… Aussi, en sortant du cimetière, il ne lui restait presque plus rien de cette cervelle merveilleuse, à peine quelques parcelles aux parois du crâne.
Alors on le vit s’en aller dans les rues, l’air égaré, les mains en avant, trébuchant comme un homme ivre. Le soir, à l’heure où les bazars s’illuminent, il s’arrêta devant une large vitrine dans laquelle tout un fouillis d’étoffes et de parures reluisait aux lumières, et resta là longtemps à regarder deux bottines de satin bleu bordées de duvet de cygne. "Je sais quelqu’un à qui ces bottines feraient bien plaisir ", se disait-il en souriant ; et, ne se souvenant déjà plus que la petite femme était morte, il entra pour les acheter.
Du fond de son arrière-boutique, la marchande entendit un grand cri ; elle accourut et recula de peur en voyant un homme debout, qui s’accotait au comptoir et la regardait douloureusement d’un air hébété. Il tenait d’une main les bottines bleues à bordure de cygne, et présentait l’autre main toute sanglante, avec des raclures d’or au bout des ongles.
Telle est, madame, la légende de l’homme à la cervelle d’or.

Malgré ses airs de conte fantastique, cette légende est vraie d’un bout à l’autre… Il y a par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C’est pour eux une douleur de chaque jour ; et puis, quand ils sont las de souffrir…

(1) culs-blancs : oiseaux
(2) orphéons : instruments de musique
(3) courlis : oiseaux dont la taille varie de celle du pigeon à celle du corbeau
(4) fifre : petite flûte en bois au son aigu et perçant
(5) Charles Barbara : auteur de romans et de contes sombres et fantastiques, il collabora aux mêmes journaux qu’Alphonse Daudet. II se suicida après la mort de sa femme.
(6) conte badin : récit gai et léger
(7) degré de marbre : marche d’un escalier
(8) trimballait : argot pour se déplacer.
(9) mordorés : d’un brun chaud aux reflets dorés
(10) immortelles : fleurs jaunes souvent employées dans la confection des couronnes funéraires
2 - Question préalable

Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :
Après avoir lu attentivement le texte, vous en dégagerez brièvement la morale, puis vous direz à quel(s) genre(s) on peut le rattacher. Vous justifierez votre réponse. ☑️ Proposition de corrigé de la question
La suite dès que possible…
Commentaire
Vous commenterez le passage suivant : "A quelque temps de là […] souffrir" (l. 50 à 86).
☑️ Lire la proposition de corrigé
Bonjour tout le monde !

Voilà depuis mardi que j'ai passé mon bac de français je suis un peu en speed, et je fais une petite dédicace à Frisette la nenette , et Snoopy , car au moins je sais que nous sommes 3 dans la même situation ! (même si le hors sujet n'est peut être pas le même 😜 ) .

En regardant les fameux corrigés de france-exam j'ai vu , je cite :

[…]

Alors je venais même à douter de ma capacité à comprendre ce que je lisais , c'est pourquoi je fais cette note et c'est pourquoi j'attends avec impatience vos réponses.

Pensez-vous qu'avoir fait une partie sur LA FICTION [ pourquoi les auteurs usent de celle-ci ? cf. DAUDET, LA FONTAINE , VOLTAIRE] , et en voulant montrer que celle-ci avait des limites parler dans une seconde partie de LA REALITE [ d'autres auteurs comme PRIMO LEVI , CHATEAUBRIAND , AMELIE NOTHOMB , ROUSSEAU puisent plutôt dans du déjà vécu et donc peut être plus d'impact sur le lecteur] c'est hors sujet ?
La correction dit que cette façon de penser était plus complexe pour élaborer une dissertation , mais d'après ce que j'en lis ce n'est pas du hors sujet si ? enfin je sais pas .. je vous laisse à vos claviers pour m'éclaircir l'esprit 😜
et au fait , un hors sujet ça vaut combien à peu près ? et un demi hors sujet ? j'ai cru voir qu'on pouvait quand même atteindre les 10 (merci snoopy ) mais si d'autres savent un peu plus les principes de notation, je suis toute ouïe ..

merci beaucoup de votre attention 🙂
Moi comme plan j'ai fait :

I/ Amour
1) l'amour de l'homme à la femme
2) l'amour de la femme à l'homme (amour de l'argent >> matérialiste)

II/ Dégradation progressive
1) attitude
a) l'homme accepte tout
b) prise de conscience de sa dégradation : peur
c) perte de ses facultés totales
2) conduite vers la mort
a) mort de la femme
b) mort de l'esprit
II/ morale du conte avec les différentes morales possibles

Conclusion avec ouverture sur différentes fables, apologue, comme avec les Fables de la Fontaine etc.

ça va ?
Oui, moi j'ai déjà eu 10 avec un hors sujet bien pire que ça. Mais, en fait on peut pas savoir si la partie sera comptée hors sujet parce que ça dépend beaucoup du correcteur, s'il prend ça au mot près, ou s'il entend implicitement qu'il faut parler du "pourquoi pas la fiction". Je suis sûr que les profs entre eux ne sont pas d'acord … Alors, plus qu'à espérer
ouais je crois que t'as raison , ca va vraiment dépendre du correcteur
ca me tarde le 11 juillet pour pouvoir discuter des notes sur ce forum avec vous! lol
La je suis tout a fait d'accord ! Vivement le 11 !!! Et au cas ou mon correcteur lira ce message : PITIEEEEEEE …😜
lool j'aimerais trop qu'il y ait des profs qui passent pas ici et qui nous disent ce qu'ils en pensent !!!
C'est vrai que ce serait pas mal !! Pas mal du tout même !! Peut-être … On sait jamais !!!

Je lance un appel ! A tous les profs du monde entier qui m'entendent venez donner votre avis !

PS : Mon plan est dans une autre rubrique mais avec un pseudo comme ça je pense que vous le retrouverez facilement !!! 😉
Dissertation (16 points)
"Malgré ses airs de conte fantastique, cette légende est vraie d'un bout à l'autre…" écrit Alphonse Daudet dans La Légende de l'Homme à la Cervelle d'Or.
Vous vous demanderez pourquoi certains écrivains ont recours à la fiction pour transmettre des vérités ou des leçons.
Vous répondrez en vous appuyant sur le texte d'Alphonse Daudet et sur d'autres œuvres que vous connaissez.
☑️ Lire la proposition de corrigé
c'est le corrigé le plus rassurant de ma vie, MERCI !
bhaaaaaa on m'a supprimé ce que j'avais donné comme correction (oui bon j'avais piqué sur france exam)
tant pis…
en gros la correction disait qu'un plan dialectique était dur mais envisageable
c'est pourquoi on pouvait parler d'auteurs qui puisent dans le vrai.
Répondez-nous chers professeurs !
Je n'avais pas fait le raprochement cervelle d'or et cervelle d'oiseau, pourtant si évident !!!!
Mais sinon je pense avoir fait un bon commentaire…
Mais ça c'est bon, ce que tu as mis. Moi c'est autre chose, j'ai mis les limites de l'argumentation par la fiction (brouille le message …), donc là …
kikou

Je vous écris ce message pour remettre en question le plan de dissertation que vous avez fait : ce n'est qu'une courte partie de ce que la dissertation propose…
En effet, à chaque dissertation nous sommes obligés de poser une problématique même si la question est clairement posée, or ici la problématique serait bien "quel intérêt propose le genre de fiction", et lorsque l'on donne les intérêts,
il va de soi que l'on donne également les limites : le monde n'est pas manichéen la dissertation est à cette image, L'étroitesse d'esprit est un défaut qui a tendance à scléroser les élèves… Cette remise en question s'appuie d'ailleurs sur la citation. En effet, remettre en cause les propos d'un auteur, est bien un fondement essentiel de l'esprit de la dissertation. Enfin, on ne fait pas de dissertation sur une question aussi précise. Il est du ressort de l'élève d'élargir cette question !
L'apologue sous son apparence fantaisiste, énonce des vérités importantes…on pourrait élargir ce propos à la dissertation, qui demande avant tout un esprit critique, plus qu'un étalage de connaissances …
Je soutiens les propos de Kalida, qui me semblent juste. Dans ce sujet, qui touche un thème qui ne peut qu'impliquer la critique, remettre en cause l'argumentation par la fiction me semble essentiel. Le sujet divise bien les écrivains en mentionnant que certains écrivains font le choix de la fiction. On peut naturellement se demander pourquoi certains autres écrivains font un choix différent et s'interroger sur les limites. Le choix de ne pas présenter de limites dans la dissertation me laisse perplexe et dans une incompréhension totale :/.
Ouais mais quand t'y penses, les auteurs peuvent choisir la fiction justement pour leurs limites.
Ça dépend comment tu l'as formulé mais si genre tu dis "tel auteur a voulu brouiller son message en racontant une histoire fictive" ben c'est plus du hors sujet
Oulaaaa ça devient compliqué ici !! Il faut que je réfléchisse de plus en plus !! 😜

Pour ce qui en est de mon plan je parle des limites sans dire que c'est un avantage !! Ca brouille le message de façon négative pour moi !! Ahhhh j'ai trop peur …. :/
Youpiii !! Enfin des gens qui pensent comme moi !! Moi aussi je vous soutients ! Je commençais à me demander si j'étais devenue stupide !!! C'est tellement plus logique de tout d'abord approuver une citation puis de la nuancer !!!

Vous ne pouvez pas vous imaginer comme tout cela me rassure ! =D
Bonjour Kalida, Snoopy, Frisette et autres lecteurs anonymes,

Vous défendez avec cœur votre liberté d'expression et refusez les limites techniques d'un exercice scolaire. Soit !
Remarquez que la dissertation ne se confond pas exactement avec l'expression dialectique de la pensée. Même si c'est la forme dominante, il en existe d'autres comme le plan analytique, thématique, comparatif. La dissertation est donc une forme commode, ordonnée et codifiée pour couler son argumentation… ou sa présentation.
Le choix de la forme à retenir est régie par la consigne.
La dissertation est d'abord un exercice d'humilité intellectuelle : c'est le sujet proposé par un autre qui impose ses "limites". La problématique n'est pas le droit du candidat à définir ses propres limites mais bien le devoir de reformuler le plus exactement possible celles qu'il discerne dans la formulation du sujet.
Ici au risque de me répéter, la consigne invitait seulement à essayer de se mettre à la place des auteurs pour justifier le choix d'une certaine stratégie argumentative, pas de la discuter.
Et si, dans un tel sujet, le candidat frustré veut absolument montrer son esprit critique, il lui est loisible de le faire dans la phase d'élargissement de la conclusion ou par touches discrètes dans l'illustration thématique de sa présentation (c'est alors affaire de subtilité).
En cette période de coupe du monde de football, que vous croyez avoir raison contre mes avis n'est que de peu d'importance, vous serez de toute façon soumis à l'arbitrage d'un tiers. Si faute il y a, elle ne manquera pas d'être sanctionnée.

Je vous souhaite sincèrement des résultats à la hauteur de vos espérances.

Jean-Luc