Bonjour,
Notre prof de français nous a donné comme DM de rédiger un commentaire composé sur le sonnet d'Hérédia : La Conque.
Je patauge depuis 2-3 jours puisque j'ai l'impression que le texte est en contradiction avec le mouvement du parnasse puisqu'on y retrouve une évocation du moi et des sentiments et on y retrouve les thèmes du désespoir et de l'ennui. De plus, je n'ai RIEN compris aux deux tercets 😞.
Merci d'avance pour toutes vos réponses 🙂.
En effet (pour l'expression des sentiments personnels). Dans les tercets il compare son âme au coquillage qui a gardé en lui le bruit de la mer. Lui a gardé le souvenir d'une femme en son âme alors qu'elle n'est plus là.
Qu'est-ce que vous n'avez pas compris exactement ? Il paraît peu probable que sur 6 vers, vous n'ayez rien compris du tout. Ce sont peut-être les inversions qui vous gênent ? (comme dans : "pleure et soupire encore / La plainte" : "la plainte" est le sujet des verbes "pleurer" et "soupirer"). Y a t-il autre chose ?
https://www.edition-originale.com/fr/litterature/poesie/heredia-la-conque-poeme-manuscrit-autographe-1893-68117
Ammy a écrit :En effet (pour l'expression des sentiments personnels). Dans les tercets il compare son âme au coquillage qui a gardé en lui le bruit de la mer. Lui a gardé le souvenir d'une femme en son âme alors qu'elle n'est plus là.
Donc la mer représente sa bien-aimée qui l'a rejeté ?
Si c'est le cas, je pense que je structurerais mon plan en parlant de la symbolique du récit allégorique de la conque, puis des sentiments du poète.
Mais du coup là, j'ai vraiment peur de faire un contre-sens car l'auteur est parnassien donc il n'est pas censé parler de ses sentiments. Vous en pensez-quoi ?
Sinon, quelque chose d'autre me tracasse : Est-ce qu'il y a une antithèse dans le 11ème vers ?
J'attends vos retours avec impatience et vraiment merci beaucoup Ammy !
Est-ce qu'il y a une antithèse dans le 11ème vers ?
Pour ma part, je ne vois pas d'antithèse dans :
La plainte du refrain de l'ancienne clameur.
Quelle antithèse avais-tu cru percevoir ?
Le Parnasse a voulu réagir à ce qu'il considère comme un excès d'épanchement dans le Romantisme. Cela n'exclut pas pour autant un lyrisme mesuré.
Ce qui caractérise la poésie de Heredia, c'est l'art accompli du sonnet. Chaque sonnet se veut un raccourci qui maîtrise la technique de la versification.
Ici, ce poète, d'origine cubaine, propose à notre imagination l'évocation d'une conque qui sera le point de départ d'une évocation, d'une comparaison. La construction du sonnet oppose les deux quatrains consacrés à l'univers marin de la conque et les deux tercets à l'évocation de l'âme qui se souvient et tout un univers sonore est proposé. (Il est facile de repérer les champs lexicaux dominants : la mer, les bruits, le souvenir …)
(La conque est un coquillage utilisé parfois comme instrument sonore)
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f6/Conque_Magdalenienne_de_Marsoulas.jpg/1200px-Conque_Magdalenienne_de_Marsoulas.jpgJe ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je commencerais par faire reformuler le poème en langage courant et plus moderne, afin d'être sûr que le sens du texte a réellement été compris (surtout quand j'entends dire "je n'ai rien compris"). Ce n'est pas forcément évident, vu le vocabulaire et la syntaxe, qui nécessitent un peu d'attention.
Ce procédé risque, dans le devoir, de se transformer en paraphrase or un commentaire ne consiste pas à dire ce que l'on a compris mais à soulever "une tension dans le texte" (= une problématique) qui permet d'aborder son originalité.
Ce que je voulais dire, c'est que je crains que le sens du texte n'ait réellement pas été compris, ou très partiellement. Si c'est le cas, à quoi bon aller plus loin ? Il faudrait d'abord assurer les fondations avant de bâtir les murs et le toit…
(Je me souviens qu'au lycée, on nous demandait de commenter des textes de Montaigne par exemple, en langage d'époque - seule l'orthographe avait été modernisée, et généralement je ne comprenais réellement rien, quel qu'ait pu être l'intérêt de la pensée de Montaigne par ailleurs. Ça me mettait de mauvaise humeur… :/ )
Ce sonnet n'est pourtant pas difficile par rapport à d'autres poèmes de Heredia.
Ça dépend pour qui… J'ai du relire deux ou trois fois les tercets pour être à peu près sûr d'avoir bien compris.
Je ne te crois pas ou alors, tu n'entends pas bien … 🙂
Non, je t'assure :
"Et comme en tes replis pleure et soupire encore
La plainte du refrain de l'ancienne clameur ;"
n'est pas si évident que ça, c'est même un peu tordu à mon avis. Déjà il faut se rappeler que "tes" réfère à la conque, alors que le texte venait d'être coupé par un vers apparemment sans rapport ("Mon âme est devenue une prison sonore"), ensuite qu'une conque peut avoir des replis (si on veut…). On se demande aussi ce que fiche là le "comme" (et on ne le comprendra qu'au tercet suivant). En plus de ça, une inversion (sujet placé après le verbe), et ledit sujet est à tiroirs ! (la plainte du refrain de l'ancienne clameur ! (et quelle clameur ? quel refrain ? ah oui, le bruit de la mer…)
Alors certes on a une belle allitération (en tes replis pleure) (mais aussi un "devenu-hune prison" qui n'est pas du meilleur effet, à mon avis), mais il faut vraiment une certaine attention pour bien appréhender le sonnet. Bref, Hérédia me déçoit là, j'ai l'impression qu'il faisait mieux d'habitude… 😀
Et moi qui n'aime pas Heredia d'habitude avec ses sonnets les plus connus, je suis tombée sous le charme de La Conque. 🙂
Jehan a écrit :Est-ce qu'il y a une antithèse dans le 11ème vers ?
Pour ma part, je ne vois pas d'antithèse dans :
La plainte du refrain de l'ancienne clameur.
Quelle antithèse avais-tu cru percevoir ?
Je trouve qu'ici
refrain s'oppose à
anciennce et
plainte à
clameur , si ce n'est pas une antithèse, qu'est-ce que ça peut être ?
floreale a écrit :Le Parnasse a voulu réagir à ce qu'il considère comme un excès d'épanchement dans le Romantisme. Cela n'exclut pas pour autant un lyrisme mesuré.
Ce qui caractérise la poésie de Heredia, c'est l'art accompli du sonnet. Chaque sonnet se veut un raccourci qui maîtrise la technique de la versification.
Ici, ce poète, d'origine cubaine, propose à notre imagination l'évocation d'une conque qui sera le point de départ d'une évocation, d'une comparaison. La construction du sonnet oppose les deux quatrains consacrés à l'univers marin de la conque et les deux tercets à l'évocation de l'âme qui se souvient et tout un univers sonore est proposé. (Il est facile de repérer les champs lexicaux dominants : la mer, les bruits, le souvenir …)
(La conque est un coquillage utilisé parfois comme instrument sonore)
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f6/Conque_Magdalenienne_de_Marsoulas.jpg/1200px-Conque_Magdalenienne_de_Marsoulas.jpg
D'accord, je vois ! Sinon j'ai aussi remarqué qu'il y a une allitération en
r dans chaque strophe, une idée de comment je pourrais l'exploiter ?
floreale a écrit :Et moi qui n'aime pas Heredia d'habitude avec ses sonnets les plus connus, je suis tombée sous le charme de La Conque. 🙂
C'est vrai, j'ai pensé pareil.
Je ne vois pas en quoi le mot "refrain" s'oppose au mot "ancienne"…
Il faut analyser le thème du son (le chant, la plainte, la clameur, la rumeur) très important ici. Les allitérations que tu remarques pourraient venir confirmer cela.
Je ne dis pas que la mer est comme sa bien-aimée. Mais la conque reste éternellement marquée par la mer dont elle garde le son en elle, d'où le parallèle qu'il établit avec lui et le souvenir de sa bien-aimée.
Je trouve qu'ici refrain s'oppose à ancienne et plainte à clameur , si ce n'est pas une antithèse, qu'est-ce que ça peut être ?
Je ne comprends pas trop en quoi
refrain serait en opposition avec
ancienne.
Il ne faut peut-être pas chercher des figures de style partout.
refrain s'oppose à ancienne et plainte à clameur : ??? La seule chose qu'on puisse remarquer, c'est qu'une clameur n'a en principe pas de refrain, c'est une chanson qui a un refrain, donc là il y a un effet…
Pour les allitérations, il faut quand même être prudent, la langue française comprend naturellement beaucoup de "r", ce n'est pas pour ça qu'il y a des allitérations à tout bout de champ… J'en verrais peut-être dans :
(…) les raz de marée
T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts ?
(évocation du bruit du coquillage roulé par la mer)
ou dans :
Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
(évocation du bruit de la rumeur)
Par contre, outre le "uhu" que je déplore, je regrette un peu le :
Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle,
car, soit il faut faire la liaison, et on obtient "tantéternelle", soit on affronte le hiatus : tan_hé… (mais ne le dites pas dans votre devoir…) 😉
(Et j'ai oublié de mentionner que le vers :
Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée.
me fait sourire aussi, d'une part à cause du "douli" qui le rappelle le refrain des chansons tziganes russes (aï douli, aï douli…), d'autre part à cause de la mélodie générale du vers qui me rappelle, elle, Boby Lapointe (Amélie dont les doux nénés / Doux nénés de nounou moulés / Dans de molles laines lamées / Et mêlées de lin milanais, etc…) Mais je dois avoir l'esprit mal tourné. 😀 )