L’historien et le poète ne différent pas par le fait qu’ils font leurs récits…

Entraide scolaire

10 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonsoir j'ai un sujet de dissertation sur cette citation :
Aristote, Poétique (1451 a-b) :
« L’historien et le poète ne différent pas par le fait qu’ils font leurs récits, l’un en vers et l’autre en prose […], ils se distinguent au contraire en ce que l’un raconte les événements qui sont arrivés, l’autre des événements qui pourraient arriver. Aussi, la Poésie est-elle plus philosophique et d’un caractère plus élevé que l’Histoire ; car la Poésie raconte plutôt le général ; l’Histoire, le particulier. »
cependant j'ai du mal à faire un plan qui tienne (je dois faire un commentaire avec seulement 3 oeuvres littéraires ! L'ile du jour d'avant, l'ile du point némo, les arpenteurs du monde.)

Je bloque un peu pour trouver des points communs entre l'histoire et la littérature (le roman plus précisément) donc si vous avez des idées, je suis preneuse !

merci d'avance
C'est un sujet de français ou de philosophie ?

Raconter l'histoire ou raconter des histoires ?
- Le nécessaire travail de l'historien
- La nécessaire ouverture proposée par le poète
- Passé et perspective nécessaires pour l'homme
Il faut faire très attention avec les citations des auteurs antiques, à mon avis, car les termes qu'ils ont employés sont souvent traduits de façon douteuse, et de toutes façons ils n'avaient pas du tout la même façon de voir les choses que nous. Ici par exemple, si on comprend bien le terme "histoire", le terme de "poésie" ne recouvre sûrement pas ce que nous entendons aujourd'hui par ce mot :
- la poésie serait "en vers", l'histoire en prose ? (autrefois, oui)
- la poésie évoquerait des événements "qui pourraient arriver" (?) On suppose qu'il veut dire "qui sont de l'ordre de l'imaginaire" ? Et qu'il parle surtout de la poésie épique ?
- la poésie raconterait "plutôt le général" (??) (Le fait même d'utiliser le terme "raconte" à propos de la poésie me semble un indice).

Bref, cela avait peut-être un sens du temps d'Aristote (encore que… je me le demande), mais si on essaie de l'appliquer à la lettre dans le contexte moderne, on va sûrement dans le mur. Je suggérerais donc de préciser initialement ce qu'on entend par "poésie" dans ce contexte, afin de bien délimiter le sujet.
L'élève ou l'étudiant parle dans son message de "dissertation" puis de "commentaire".
D'accord, mais comment peut-on envisager une dissertation sur un sujet sans commencer par préciser de quoi on parle ? Et ici il y a au moins un terme ambigu ("poésie").
Ce sujet ressemble à une dissertation de prépa scientifique. Dans ce cas la matière est mixte : français/philo. Il s'agit d'une dissertation à partir des 3 œuvres au programme (ce n'est pas le programme de cette année en France). Ce ne sont que des suppositions. "poésie" pour Aristote désigne sans doute l'épopée en effet, donc ce qui pourrait correspondre à notre roman.
S'il s'agit bien du terme grec "ποίησις", alors il signifie d'abord "création, production", etc, puis par spécialisation "création poétique, poème", mais dans le sens où on l'entendait alors (https://fr.wiktionary.org/wiki/%CF%80%CE%BF%CE%AF%CE%B7%CF%83%CE%B9%CF%82) : Hésiode, Homère…

D'après l'intitulé du sujet, je subodore qu'il signifie ici "oeuvre littéraire d'imagination" (par opposition à l'oeuvre d'un historien, censée être factuelle), avec la spécificité d'être en vers. De nos jours, nous envisagerions plutôt d'abord la poésie lyrique, mais ce n'est manifestement pas le cas ici. D'où l'intérêt de préciser les choses, à mon avis.
Oui, on a bien d'un côté le chroniqueur, qui rapporte des faits ayant eu lieu et le "poète" (épique, tragique, comique) qui rapporte des faits "possibles suivant la vraisemblance ou la nécessité" (trad. de J. Hardy (éd. Budé), très fidèle à la lettre du texte d'Aristote).

Mais c'est un sujet qu'on ne peut vraiment traiter qu'en fonction de la pensée et de l'époque d'Aristote…
Je me suis demandé pourquoi, dans la citation, Aristote, ne parle que de "récits" et d'"événements", alors qu'il aurait tout aussi bien pu comparer la Poésie (quoi qu'il entende par là) à des sciences "statiques" comme l'anatomie, la botanique, la zoologie par exemple, au lieu de l'histoire. C'est à mon avis qu'il a une conception bien spécifique de la poésie, qui servirait uniquement à relater des (hauts) faits (imaginaires). La poésie descriptive, ou intimiste, par exemple, n'entrerait pas dans son cadre de pensée (elles ne devaient pas exister à l'époque).

On se demande aussi ce qu'il entend par "plus ou moins philosophique". Je crois comprendre qu'il estime la Poésie plus abstraite que l'Histoire, mais je n'en suis pas sûr. Il esquisse une hiérarchie, dans laquelle la Poésie serait placée "plus haut" que l'Histoire, car plus générale. Mais "plus haut" semble être à la fois un critère objectif, rationnel, logique, et un jugement de valeur : je ne suis pas sûr qu'il ait fait la différence.

Par ailleurs, il serait illusoire de penser que les historiens de l'Antiquité aient eu les mêmes soucis déontologiques que ceux d'aujourd'hui : ils n'hésitaient pas à broder ou à inventer quand ça les arrangeait, c'était considéré comme normal. Ils faisaient donc eux aussi oeuvre de création à l'occasion…
C'est pourquoi je parle de chroniqueurs, pas d'historiens.
La différence essentielle est dans l'objet de la poésie, définie par Aristote comme une imitation de la nature.