Textes exprimant crûment la révolte, la colère et le désespoir

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je crois être à un moment de ma vie où j’ai besoin de rencontrer un texte qui me parle. J’aimerais le trouver avec votre aide si vous l’acceptez.

Il s’agirait d’y trouver l’expression d’un sentiment intense, de révolte, de colère, de haine, de mépris, d’indignation, de désespoir. Une expression pure, crue, acerbe, renversante, détonante, explosive ; un cri, sourd, ou déchirant, arrachant les larmes et les grimaces du dégoût.

Ma difficulté est que beaucoup de textes m’apparaissent trop affinés, propres et réfléchis. Les rimes de Racine tombent trop bien, les mots sont trop pesés, les vers trop balancés. J’aimerais que ça déborde, que ça déraille, que la voix se brise en plein éclat.

Par exemple, des amies m’ont fait lire « Phèdre ou le désespoir » de Yourcenar, et j’ai beaucoup aimé. Ce passage m’a marqué :
« Elle dit vrai : elle a subi les pires outrages ; son imposture est une traduction. Elle prend du poison, puisqu’elle est mithridatisée contre elle-même ; la disparition d’Hippolyte fait le vide autour d’elle ; aspirée par ce vide, elle s’engouffre dans la mort. Elle se confesse avant de mourir, pour avoir une dernière fois le plaisir de parler de son crime. Sans changer de lieu, elle rejoint le palais familial où la faute est une innocence. Poussée par la cohue de ses ancêtres, elle glisse le long de ces corridors de métro, pleins d’une odeur de bête, où les rames fendent l’eau du Styx, où les rails luisants ne proposent que le suicide ou le départ ».


D’autres livres m’ont touché, comme La vie devant soi de Gary ou La Peste de Camus. Mais ce n’est pas encore « ça ». Je me heurte parfois à des appareillages trop imposants, à des descriptions qui m’empêchent de m’adonner pleinement au ressentiment. Certains passages de l’Assommoir sont parmi mes préférés mais c’est au total un livre que j’ai assez peu aimé lire.

Je trouve des exemples de ce que je cherche dans des séries télévisées, auxquelles je reconnais qu’il y a beaucoup à reprocher mais où je trouve parfois des scènes proprement tragiques comme certaines d’How to get away with murder par exemple (attention spoiler) : https://www.youtube.com/watch?v=HNBhwxBAaok

Bref, je crois avoir fais du mieux que j’ai pu pour formuler l’objet de ma quête littéraire. Je vous serais très reconnaissant pour tous les romans, discours, pamphlets, extraits, poèmes voire films que vous pourrez me recommander.

Bien cordialement,
Bonjour,
Je te propose Montserrat, une pièce de théâtre d'Emmanuel Roblès, qui suscite toutes les émotions que tu évoques.
Comme nous ne nous indignons pas devant les mêmes situations, je ne suis pas sûre que nos propositions te conviennent. En revanche, on peut mettre ici les textes qui expriment le mieux nos indignations personnelles.

Pour moi, je pense immédiatement à deux textes : un d'Aragon : Je proteste
et un autre de Hugo : son discours sur la misère à l'Assemblée.
Je proteste

Je proteste, je proteste
Pour l’amour martyrisé
Pour les bouches sans baisers
Pour les corps décomposés
Pour l’échafaud, pour la peste
Je proteste

Pour la vie aussi qu’on eut
La mort dite naturelle
Avoir subi les querelles
Qui burinent et bourrèlent
Notre visage ingénu
Je proteste

Pour les os qui se brisèrent
Les femmes à cris accouchant
La sécheresse des champs
Et l’égorgement du chant
Pour la faim, pour la misère
Je proteste

Pour ce qu’on a fait de nous
Prenant tout pour de l’eau pure
Qui ne cherchions aventure
Que de la bonté future
Et qu’on a mis à genoux
Je proteste

Qu’on nous trompe, qu’on nous leurre
Nous donnant le mal pour bien
Celui qui n’en savait rien
Et qui le mal pour bien tient
N’est-ce pour le bien qu’il meurt
Je proteste

Au nom des choses meilleures
Prêtes à tout ce qu’on voudrait
A tout sacrifice prêt
Pauvres gens bêtes de trait
Qu’on bafoue et mène ailleurs
Je proteste

Louis Aragon
Bonjour,

Tu pourrais essayer
Voyage au bout de la nuit
Mort à crédit
de Céline
Tout Léon Bloy
L'œuvre polémique de Bernanos à commencer par Les Grands Cimetières sous la lune,
La France contre les robots
Je t’ai demandé tout ce qui s’était accumulé dans ma tête et tu as répondu vaguement, Oui, oui c’est vrai, il y avait un mur. Ils en parlaient à la télé. C’est tout ce que tu m’as dit. J’ai attendu, mais tu m’as tourné le dos. J’ai insisté, Mais dis-moi, comment c’était, qu’est-ce que c’était, à quoi ressemblait le mur, est-ce que si la personne qu’on aimait habitait de l’autre côté du mur on ne pouvait plus jamais la voir, plus jamais ? Tu n’avais rien à dire. J’ai commencé à voir que mon insistance te faisait mal. J’avais douze ans mais je disais des mots que tu ne comprenais pas. J’ai quand même insisté un peu plus et tu t’es énervé. Tu as crié. Tu m’as dit de ne plus te poser de questions, mais tu n’étais pas énervé comme d’habitude, ce n’était pas un cri normal. Tu avais honte parce que je te confrontais à la culture scolaire, celle qui t’avait exclu, qui n’avait pas voulu de toi. Où est l’histoire ? L’histoire qu’on enseignait à l’école n’était pas ton histoire à toi. On nous apprenait l’histoire du monde et tu étais tenu à l’écart du monde.

Édouard Louis, Qui a tué mon père, Le Seuil, 2018, pp. 36-38
Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux que j’invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n’en renifleras pas, baigné dans d’innombrables voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de ventre, pareil à un requin, dans l’air beau et noir, comme si tu comprenais l’importance de cet acte et l’importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ? Je t’assure, elles réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô monstre, si toutefois tu t’appliques auparavant à respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l’Éternel ! Tes narines, qui seront démesurément dilatées de contentement ineffable, d’extase immobile, ne demanderont pas quelque chose de meilleur à l’espace, devenu embaumé comme de parfums et d’encens ; car, elles seront rassasiées d’un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la magnificence et la paix des agréables cieux.
Les chants de Maldoror, du comte de Lautréamont…
Sinon, on sort de la littérature française et on va lire le SCUM Manifesto de Valerie Solanas…
En plus, il est traduit en ligne (https://infokiosques.net/lire.php?id_article=4), mais c'est encore mieux en anglais.

Ou le Bloody Mary de France Théoret…
M E S O C C U P A T I O N S

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur. Moi non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le décroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: «Mettez-moi donc un verre plus propre.»
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux


extrait de
"L'Espace du Dedans"
Poésie-Gallimard