Bonjour à tous,
Je suis en train de préparer mon bac oral et je voudrais savoir quelles sont les questions potentielles que l'on peut me poser au bac sur ce texte
Je suis en train de préparer mon bac oral et je voudrais savoir quelles sont les questions potentielles que l'on peut me poser au bac sur ce texte
Dora : Attends ! (A Stepan) Pourrais-tu, toi, Stepan, les yeux ouverts, tirer à bout portant sur un enfant ?
Stepan : Je le pourrais si l’Organisation le commandait.
Dora : Pourquoi fermes-tu les yeux ?
Stepan : Moi ? J’ai fermé les yeux ?
Dora : Oui
Stepan : Alors, c’était pour mieux imaginer la scène et répondre en connaissance de cause.
Dora : Ouvre les yeux et comprends que l’Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes.
Stepan : Je n’ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.
Dora : Ce jour-là, la révolution sera haïe de l’humanité entière.
Stepan : Qu’importe si nous l’aimons assez fort pour l’imposer à l’humanité entière et la sauver d’elle-même et de son esclavage.
Dora : Et si l’humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?
Stepan : Oui, s’il le faut, et jusqu’à ce qu’il comprenne. Moi aussi, j’aime le peuple.
Dora : L’amour n’a pas ce visage.
Stepan : Qui le dit ?
Dora : Moi, Dora.
Stepan : Tu es une femme et tu as une idée malheureuse de l’amour.
Dora, avec violence : Mais j’ai une idée juste de ce qu’est la honte.
Stepan : J’ai eu honte de moi-même, une seule fois, et par la faute des autres. Quand on m’a donné le fouet. Le fouet, savez-vous ce qu’il est ? Véra était près de moi, et elle s’est suicidée par protestation. Moi, j’ai vécu. De quoi aurais-je honte, maintenant ?
Annenkov : Stepan, tout le monde ici t’aime et te respecte. Mais quelles que soient tes raisons, je ne puis te laisser dire que tout est permis. Des centaines de nos frères sont morts pour qu’on sache que tout n’est pas permis.
Stepan : Rien n’est défendu de ce qui peut servir notre cause.
Annenkov, avec colère : Est-il permis de rentrer dans la police et de jouer sur les deux tableaux, comme le proposait Evno ? Le ferais-tu ?
Stepan : Oui, s’il le fallait.
Annenkov, se levant : Stepan, nous oublierons ce que tu viens de dire, en considération de ce que tu as fait pour nous et avec nous. Souviens-toi seulement de ceci. Il s’agit de savoir si, tout à l’heure, nous lancerons des bombes contre ces deux enfants.
Stepan : Des enfants ! Vous n’avez que ce mot à la bouche. Ne comprenez-vous donc rien ? Parce que Yanek n’a pas tué ces deux-là, des milliers d’enfants russes mourront de faim pendant des années encore. Avez-vous vu des enfants mourir de faim ? Moi, oui. Et la mort par la bombe est un enchantement à côté de cette mort-là. Mais Yanek ne les a pas vus. Il n’a vu que les deux chiens savants du grand-duc. N’êtes-vous pas des hommes ? Vivez-vous dans le seul instant ? Alors choisissez la charité et guérissez seulement le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir.
Dora : Yanek accepte de tuer le grand-duc puisque sa mort peut avancer le temps où les enfants russes ne mourront plus de faim. Cela n’est déjà pas facile. Mais la mort des neveux du grand-duc n’empêchera aucun enfant de mourir de faim. Même dans la destruction, il y a un ordre, il y a des limites.
Stepan, violemment : Il n’y a pas de limites. La vérité est que vous ne croyez pas à la révolution. (Tous se lèvent, sauf Yanek). Vous n’y croyez pas. Si vous y croyiez totalement, complètement, si vous étiez sûrs que par nos sacrifices et nos victoires, nous arriverons à bâtir une Russie libérée du despotisme, une terre de liberté qui finira par recouvrir le monde entier, si vous ne doutiez pas qu’alors, l’homme, libéré de ses maîtres et de ses préjugés, lèvera vers le ciel la face des vrais dieux, que pèserait la mort de deux enfants ? Vous vous reconnaîtriez tous les droits, tous, vous m’entendez. Et si cette mort vous arrête, c’est que vous n’êtes pas sûrs d’être dans votre droit. Vous ne croyez pas à la révolution.
Silence, Kaliayev se lève.
Kaliayev : Stepan, j’ai honte de moi et pourtant je ne te laisserai pas continuer. J’ai accepté de tuer pour renverser le despotisme. Mais derrière ce que tu dis, je vois s’annoncer un despotisme qui, s’il s’installe jamais, fera de moi un assassin alors que j’essaie d’être un justicier.
Stepan : Qu’importe que tu ne sois pas un justicier, si justice est faite, même par des assassins. Toi et moi, ne sommes rien.
Kaliayev : Nous sommes quelque chose et tu le sais bien puisque c’est au nom de ton orgueil que tu parles encore aujourd’hui.
Stepan : Mon orgueil ne regarde que moi. Mais l’orgueil des hommes, leur révolte, l’injustice où ils vivent, cela, c’est notre affaire à tous.
Kaliayev : Les hommes ne vivent pas que de justice.
Stepan : Quand on leur vole le pain, de quoi vivraient-ils donc, sinon de justice ?
Kaliayev : De justice et d’innocence.
Stepan : L’innocence ? Je la connais peut-être. Mais j’ai choisi de l’ignorer et de la faire ignorer à des milliers d’hommes pour qu’elle prenne un jour un sens plus grand.
Kaliayev : Il faut être bien sûr que ce jour arrive pour nier tout ce qui fait qu’un homme consente à vivre.
Stepan : J’en suis sûr.
Kaliayev : Tu ne peux pas l’être. Pour savoir qui, de toi ou de moi, a raison, il faudra peut-être le sacrifice de trois générations, plusieurs guerres, de terribles révolutions. Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière.
Stepan : D’autres viendront alors, et je les salue comme mes frères.
Kaliayev, criant : D’autres… Oui ! Mais moi, j’aime ceux qui vivent aujourd’hui sur la même terre que moi, et c’est eux que je salue. C’est pour eux que je lutte et que je consens à mourir. Et pour une cité lointaine, dont je ne suis pas sûr, je n’irai pas frapper le visage de mes frères. Je n’irai pas ajouter à l’injustice vivante pour une justice morte. (Plus bas, mais fermement). Frères, je veux vous parler franchement et vous dire au moins ceci que pourrait dire le plus simple de nos paysans : tuer des enfants est contraire à l’honneur. Et, si un jour, moi vivant, la révolution devait se séparer de l’honneur, je m’en détournerais. Si vous le décidez, j’irai tout à l’heure à la sortie du théâtre, mais je me jetterai sous les chevaux.
Stepan : L’honneur est un luxe réservé à ceux qui ont des calèches.
Kaliayev : Non. Il est la dernière richesse du pauvre. Tu le sais bien et tu sais aussi qu’il y a un honneur dans la révolution. C’est celui pour lequel nous acceptons de mourir. C'est celui qui t'a dressé un jour sous le fouet, Stepan et qui te fait parler encore aujourd'hui.
Stepan, dans un cri : Tais-toi. Je te défends de parler de cela.
Kaliayev, emporté : Pourquoi me tairais-je ? Je t'ai laissé dire que je ne croyais pas à la révolution. C'était me dire que j'étais capable de tuer le grand-duc pour rien, que j'étais un assassin. Je te l'ai laissé dire et je ne t'ai pas frappé.
Annenkov : Yanek !
Stepan : C'est tuer pour rien, parfois, que de ne pas tuer assez.
Annenkov : Stepan, personne ici et de ton avis. La décision est prise.
Stepan : Je m'incline donc. Mais je répéterai que la terreur ne convient pas aux délicats. Nous sommes des meurtriers et nous avons choisi de l'être.
Kaliayev, hors de lui : Non. J'ai choisi de mourir pour que le meurtre ne triomphe pas. J'ai choisi d'être innocent.



