Plangere > plaindre

Langue française

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'avais 3 questions de phonétique diachronique :

[pláṅgĕre] latin
IIIe s. : [plan̬n̬(ĕ)re]: palatalisation, dentalisation, assimilation du [d̬] (venant de la palatalisation et de la dentalisation de [g]) en [n̬] qui donne ce résultat.

Voilà mes questions :
1) sachant que le [ĕ] s'amuïra par la suite, est-ce qu'il est nécessaire sans une question de concours de parler du BSVL (bouleversement du système vocalique) au 2e s.? Je ne l'ai pas fait là.
2) Peut-on situer l'amuïssement du [e] et l'apparition du [d] épenthétique à une date précise ou on peut dire : entre le IIIe s. et la fin du IVe s.?
3) Ensuite, pour l'écriture phonétique, après l'amuïssement de l'antépénultième, est-ce que cela donne : [plan̬n̬dre] avec 2 n palataux + d?

Merci
Le d est issu d'une fausse palatalisation, en gros l'affriquée dʒ issu du g+e ne s'est faite que partiellement on n'a que le d.
On n'a pas plandʒere, mais plangere>plandere>plandre (III ème) le ʒ n'a pas eu le temps de se former, mais le d si.
Après l'amuïssement de l'antépénultième on devrait avoir plandre.
Pour le d, et l'amuïssement du e, je pense qu'on peut les dater du III ème siècle.
seesaw a écrit :assimilation du [d̬] (venant de la palatalisation et de la dentalisation de [g])

[…]

apparition du [d] épenthétique
Bonsoir,

Vous devez choisir l'une ou l'autre hypothèse.
seesaw a écrit :Bonjour,

J'avais 3 questions de phonétique diachronique :

[pláṅgĕre] latin
IIIe s. : [plan̬n̬(ĕ)re]: palatalisation, dentalisation, assimilation du [d̬] (venant de la palatalisation et de la dentalisation de [g]) en [n̬] qui donne ce résultat.

Voilà mes questions :
1) sachant que le [ĕ] s'amuïra par la suite, est-ce qu'il est nécessaire sans une question de concours de parler du BSVL (bouleversement du système vocalique) au 2e s.? Je ne l'ai pas fait là.
Non, vu qu'il s'agit de voyelles atones qui, quels que soit leur timbre ou leur aperture, vont disparaître. Le fait qu'elles se soient maintenues plus longtemps dans certains mots tient à leur environnement consonantique ou au traitement demi-savant de l'étymon (cf. la série bien connue des mots évêque, ange, vierge, encre…)
seesaw a écrit :2) Peut-on situer l'amuïssement du [e] et l'apparition du [d] épenthétique à une date précise ou on peut dire : entre le IIIe s. et la fin du IVe s.?
Tout dépend de la manière dont on explique le -d- de plaindre, ceindre, peindre, etc… bien résumée par Artur.
Et il n'y a pas unanimité en la matière.
Fouché, qui ne semble pas retenir l'épenthèse, situe la syncope de la post-tonique après l'évolution du [g] > [gy] > [dy] > [d], mais avant que celui-ci n'aboutisse à la chuintante sonore (cf. argent). Le IIIème siècle me paraît en ce cas trop hâtif.
Dans le cas d'une épenthèse, donc de l'introduction d'un son survenu du fait même de la syncope, on peut évoquer le IIIème siècle.
J'en profite pour signaler que dans le cas de l'épenthèse, il faut expliquer pourquoi c'est le -d- qui apparaît. C'est assez facile.
seesaw a écrit :3) Ensuite, pour l'écriture phonétique, après l'amuïssement de l'antépénultième, est-ce que cela donne : [plan̬n̬dre] avec 2 n palataux + d?
Non, je ne pense pas (et sûrement pas si l'on pose une épenthèse). On n'est pas dans le cas de *sunnium > soin.
Merci à tous pour vos réponses.

à Viellfranceis,

Vous êtes sûr que c'est une fausse palatalisation?
J'ai l'impression que c'est plutôt une vraie palatalisation de [g] qui est devenu [n̬] après que le [d̬] (dentalisation qui vient après la palatalisation) a été assimilé par [n̬] comme pungit > poing.

J'avais pensé au départ à plandʒere comme vous mais c'était oublié que le [n] était vélaire.

à Arthur,

J'ai du mal à comprendre votre réponse car je ne parlais pas du même [d].

à Yvain,

1) Pour le cas du -d- : c'est tout simplement que le -n- et le -r- ne pouvant faire partie d'un groupe conjoint, il faut introduire une consonne occlusive pouvant former ce groupe avec le -r- (?)

Donc, si ça ne peut pas donner [plan̬n̬dre] avec 2 n palataux + d, est-ce qu'un des 2 [n] palataux s'amuït rapidement devant consonne : au 3e s. et non au 12e s. :
[plan̬dre]
Oui, mais pourquoi une dentale, alors que dans num(e)rum > nombre on a une labiale ?
Parce que le [n] est une consonne dentale et que l'occlusive orale correspond toujours à la nasale correspondante.
Avec [m] bilabiale, ce sera toujours un [ b ].

à Arthur,

Je crois comprendre votre question :
Vous voulez me faire dire que ça ne peut pas être un [d] épenthétique mais que le [d] palatal ne s'est pas nasalisé en [n] palatal mais est resté [d] palatal du fait de la chute du [e] sûrement au 3e s.?
Et que devant le -r-, le [d] est s'est tôt dépalatalisé?
en somme au 3e s. : [plan̬dre] puis serait apparu à la même période un yod de transition : [playn̬dre]?

C'est possible, ça?
Pour un cas analogue pingere>peindre, mon livre de phonétique historique évoque cette fausse palatalisation qui se fait à cause de la chute de la pénultième qui ici est un e.
Voilà comment je me représente les choses :

(Le signe diacritique état absorbé dans la minuscule g, j’utilise la majuscule. Je n’ai pas l’ensemble du signe « tout fait ».)

Latin impérial : plangĕre > planG̬ĕre : le g subit un début de spirantisation (comme le g de gente qui aboutira à gent au terme de son évolution).

Mais, au lieu de poursuivre son évolution vers d̬, etc…, il va se combiner au n précédent qui, a son contact, a avancé son point articulation vers la zone palatale.
On a donc planG̬ĕre > plan̮G̬ĕre > plaɲĕre.

Puis la syncope intervient, relativement tardivement, comme on l'a dit.
On a presque immédiatement le développement d’une épenthèse dentale, comme vous l’avez expliqué :
plaɲ(ĕ)re > plaɲre > plaɲdre.
Mais alors que ɲ va se maintenir derrière voyelle (plaignait), il subit l’assimilation régressive du d et redevient n : plaɲdre > plandre (plaindre)

Le gros problème, c’est que dans certains manuels, le n̮ semble confondu avec le ɲ. Or le premier évoque le n mouillé slave (russe пень), le second est le son entendu dans plaignait (le seul qui subsiste en FM), or ces sons diffèrent sensiblement par le point d’articulation.

Je n’évoque ici ni le passage de a à ai, ni le maintien du e final, ni bien sûr la nasalisation qui ne posent pas de pb.

Important : il ne faut pas présenter l'épenthèse comme destinée à "faciliter la prononciation", puisque certains dialectes ne l'ont pas (du moins pour m/l, n/r et l/r). En picard, on a sanlant pour samblant, tenront pour tiendront, etc…
Elle s'explique par des lois purement phonologiques à l'intérieur d'une aire linguistique donnée, et ne touche d'autre part que des groupes consonantiques dont la seconde consonne est une liquide.
Fouché a écrit : "La consonne transitoire s'explique par un phénomène d'assimilation de tension musculaire. La tension croissante du second phonème a commencé, par anticipation, au cours de l'articulation du premier qui s'est ainsi trouvé scindé en deux segments dont l'un était à tension décroissante (implosif) et l'autre à tension croissante (explosif). Le groupe m/l, par exemple, est devenu m/ml. Mais le groupe explosif /ml était inconnu dans le système de la langue donnée. Il a été remplacé instantanément par le groupe le plus voisin, c'est à dire m/bl. D'où m/bl."
Pierre Fouché, Phonétique historique du français, tome III, p. 823, Paris, Librairie C. Klincksieck.


Il serait bon qu'Arthur infirme, confirme ou complète car c'est lui le vrai spécialiste de ces questions.