J'ai un commentaire composé à faire sur le passage du "lit défendu" du Chevalier de la Charette de Chrétien de Troyes. J'aimerais montrer en quoi cet épisode est une véritable aventure chevaleresque mais je n'arrive pas à organiser mes idées…J'ai déjà pu dégager certains thèmes à traiter: le merveilleux, l'importance de la femme (qui peut être ici présentée comme une amie) et le lit défendu: une véritable épreuve qualifiante. Je pense également qu'il est important de parler des lois de l'aventure chevaleresque (accepter le danger, poser des questions, choisir le chemin le plus dangereux) , de la présence de témoins (la femme et Gauvain), et du caractère prophétique de cette aventure (il faut que Lancelot passe par cette aventure du lit défendu pour ensuite être conduit au lit de la reine). Peut être pourriez vous me donner quelques pistes pour organiser tout ceci… Voici le passage en question :
(Le chevalier monté sur la charette et Gauvain sont arrivés au château d'une demoiselle: Lancelot y subit alors l'épreuve du lit défendu)
Merci à vous!
(Le chevalier monté sur la charette et Gauvain sont arrivés au château d'une demoiselle: Lancelot y subit alors l'épreuve du lit défendu)
Merci à vous!
463 Qant il orent assez veillié,
464 Dui lit furent apareillié
465 Anmi la sale haut et lonc;
466 Et s'en ot un autre selonc,
467 Plus bel des autres et plus riche,
468 Car, si con li contes afiche,
469 Il i avoit tot le delit
470 Qu'an seüst deviser an lit.
471 Quant del couchier fu tans et leus,
472 La dameisele prist andeus
473 Ses ostes qu'ele ot ostelez;
474 Deus liz molt biax et lons et lez
475 Lor mostre et dit: «A oés vos cors
476 Sont fet cist dui lit ça defors;
477 Mes an celui qui est dela
478 Ne gist qui desservi ne l'a;
479 Ne fu pas fez cist a vostre ués.»
480 Li chevaliers li respont lués,
481 Cil qui sor la charrete vint,
482 Qu'a desdaing et a despit tint
483 La desfanse a la dameisele.
484 «Dites moi, fet il, la querele
485 Por coi cist liz est an desfanse.»
486 Cele respondi, pas ne panse,
487 Qui en ere apansee bien:
488 «A vos, fet ele, ne taint rien
489 Del demander ne de l'anquerre!
490 Honiz est chevaliers an terre
491 Puis qu'il a esté an charrete,
492 Si n'est pas droiz qu'il s'antremete
493 De ce don vos m'avez requise,
494 Entesmes ce que il i gise:
495 Qu'il le porroit tost conparer.
496 L'an ne l'a mie fet parer
497 Si richemant por vos colchier.
498 Vos le conparrïez molt chier
499 Se il vos venoit nes an pans.
500 --Ce verroiz vos, fet il, par tans.
501 --Jel verrai? --Voire. --Or i parra.
502 --Je ne sai qui le conparra,
503 Fet li chevaliers, par mon chief.
504 Cui qu'il enuit ne cui soit grief,
505 An cestui lit voel ge jesir
506 Et reposer tot a leisir.»
507 Maintenant qu'il fu deschauciez,
508 El lit qui fu lons et hauciez
509 Plus des autres deus demie aune
510 Se couche soz un samit jaune,
511 Un covertor d'or estelé.
512 N'estoit mie de veir pelé
513 La forreüre, ainz ert de sables;
514 Bien fust a oés un roi metables
515 Li covertors qu'il ot sor lui;
516 Li liz ne fu mie de glui,
517 Ne de paille ne de viez nates.
518 A mie nuit, de vers les lates
519 Vint une lance come foudre,
520 Le fer desoz, et cuida coudre
521 Le chevalier parmi les flans
522 Au covertor et as dras blans
523 Et au lit, la ou il gisoit.
524 En la lance un panon avoit
525 Qui estoit toz de feu espris;
526 El covertor est li feus pris
527 Et es dras et el lit a masse.
528 Et li fers de la lance passe
529 Au chevalier lez le costé
530 Si qu'il li a del cuir osté
531 Un po, mes n'est mie bleciez.
532 Et li chevaliers s'est dreciez,
533 S'estaint le feu et prant la lance,
534 Enmi la sale la balance.
535 Ne por ce son lit ne guerpi;
536 Einz se recoucha et dormi
537 Tot autresi seüremant
538 Com il ot fet premieremant.
traduction:
463 Quand enfin leur veille eut suffisamment duré,
464 On leur prépara deux lits
465 Hauts et longs, au milieu de la salle;
466 Un troisième se trouvait tout près,
467 Plus beau que les autres, et plus riche,
468 Car, comme le déclare le conte,
469 Il possédait tout le charme
470 Que l'on pût imaginer dans un lit.
471 Quand l'heure du coucher arriva,
472 La demoiselle prit par la main
473 Les deux hôtes qu'elle avait accepté d'héberger;
474 Elle leur montre les deux beaux lits longs et larges
475 Et dit: C'est pour votre confort et repos
476 Que sont dressés ces deux lits que voilà, là-bas,
477 Mais dans celui qui se trouve de ce côté-ci,
478 Seul se couche celui qui l'a mérité;
479 Il ne fut pas fait pour votre agrément.
480 Le Chevalier lui répond immédiatement--
481 Celui qui était arrivé sur la charrette--
482 Qu'il n'éprouvait que dédain et mépris
483 Pour l'interdiction prononcée par la demoiselle.
484 Dites-moi, fait-il, pour quelle raison
485 Ce lit nous est-il défendu?
486 Elle répondit sans avoir à réfléchir,
487 Car elle avait déjà réfléchi à sa réponse:
488 Ce n'est point vous, fait-elle, qui êtes désigné pour poser
489 Des questions ou pour vous enquérir de ces choses!
490 Honni est le Chevalier sur toute la terre,
491 Dès qu'il a monté dans une charrette,
492 Et il n'est pas juste qu'il se mêle
493 De ce que vous venez de me réclamer,
494 Et, en particulier, qu'il revendique de coucher dans ce lit:
495 Il pourrait bien vite avoir à s'en repentir.
496 On ne l'a point fait orner
497 Aussi richement afin que vous y dormiez.
498 Votre témérité risque de vous coûter bien cher,
499 S'il vous arrivait seulement de nourrir pareille idée.
500 --Vous verrez cela, fait-il, en temps voulu.
501 --Je le verrai?--À coup sûr.--Qu'on me le fasse voir!
502 --Je ne sais pas qui aura à payer l'écot,
503 Fait le Chevalier, par mon chef!
504 Qu'on s'en fâche ou qu'on s'en attriste,
505 Je compte me coucher dans ce lit-là
506 Et y prendre à loisir mon repos.
507 Dès qu'il eut enlevé ses chausses,
508 Dans le lit qui fut plus long et plus élevé
509 Que les deux autres d'une demi-aune,
510 Il s'étend sous une couverture
511 De brocart jaune étoilé d'or.
512 De petit-gris tout pelé n'était point faite
513 Sa doublure; elle était faite de zibeline.
514 Elle eût été parfaitement digne d'un roi,
515 La couverture sous laquelle il se mit;
516 Le lit ne fut point fait de chaume,
517 Ni de paille ni de vieilles nattes.
518 À minuit, des lattes du toit
519 Fondit, comme la foudre, une lance,
520 Le fer en avant, qui menaça de coudre
521 Les flancs du Chevalier,
522 À travers la couverture et les draps blancs,
523 Au lit, là où il était couché.
524 À la lance un pennon était fixé;
525 Il était tout enveloppé de flammes.
526 Le feu prit à la couverture,
527 Et aux draps et à l'ensemble du lit.
528 Et le fer de la lance effleure
529 Le Chevalier au côté
530 Si bien qu'il lui a un peu éraflé
531 La peau, mais sans le blesser vraiment.
532 Et le Chevalier s'est dressé,
533 Éteint le feu, saisit la lance
534 Et la jette au milieu de la salle.
535 Cela ne le fit pas quitter son lit;
536 Au contraire, il se recoucha et dormit
537 Avec le même sang-froid exactement
538 Qu'il avait montré la première fois.



