Maupassant, Bel-Ami - Tout à coup, il s’aperçut qu’elle tenait à la main…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,



Voilà, j'ai un commentaire de texte à faire pour ce mardi, mais j'ai du mal à commenter la forme. Le passage est assez long, la prose ne pose pas vraiment de difficulté, mais je ne me sens pas emporté par le texte. Pourriez vous m'éclairer sur ses enjeux, ce qu'il y a d'important?

Voici l'extrait et mon travail.
Tout à coup il s’aperçut qu’elle tenait à la main sa tasse vide ; et, comme elle se trouvait loin d’une table, elle ne savait où la poser. Il s’élança.

— Permettez, madame.

— Merci, monsieur.

Il emporta la tasse, puis il revint : — Si vous saviez, madame, quels bons moments m’a fait passer La Vie Française quand j’étais là-bas dans le désert. C’est vraiment le seul journal qu’on puisse lire hors de France, parce qu’il est plus littéraire, plus spirituel et moins monotone que tous les autres. On trouve de tout là dedans.

Elle sourit avec une indifférence aimable, et répondit gravement :

— M. Walter a eu bien du mal pour créer ce type de journal, qui répondait à un besoin nouveau.

Et ils se mirent à causer. Il avait la parole facile et banale, du charme dans la voix, beaucoup de grâce dans le regard et une séduction irrésistible dans la moustache. Elle s’ébouriffait sur sa lèvre, crépue, frisée, jolie, d’un blond teinté de roux avec une nuance plus pâle dans les poils hérissés des bouts.

Ils parlèrent de Paris, des environs, des bords de la Seine, des villes d’eaux, des plaisirs de l’été, de toutes les choses courantes sur lesquelles on peut discourir indéfiniment sans se fatiguer l'esprit.
Puis, comme M. Norbert de Varenne s'approchait, un verre de liqueur à la main, Duroy s'éloigna par discrétion.
Mme de Marelle, qui venait de causer avec Mme Forestier, l'appela :
— Eh bien ! monsieur, lui dit-elle brusquement, vous voulez donc tâter du journalisme ?
Alors il parla de ses projets, en termes vagues, puis recommença avec elle la conversation qu'il venait d'avoir avec Mme Walter ; mais, comme il possédait mieux son sujet, il s'y montra supérieur, répétant comme de lui des choses qu'il venait d'entendre. Et sans cesse il regardait dans les yeux de sa voisine, comme pour donner à ce qu'il disait un sens profond.
Elle lui raconta à son tour des anecdotes, avec un entrain facile de femme qui se sait spirituelle et qui veut toujours être drôle ; et, devenant familière, elle posait la main sur son bras, baissait la voix pour dire des riens, qui prenaient ainsi un caractère d'intimité. Il s'exaltait intérieurement à frôler cette jeune femme qui s'occupait de lui. Il aurait voulu tout de suite se dévouer pour elle, la défendre, montrer ce qu'il valait ; et les retards qu'il mettait à lui répondre indiquaient la préoccupation de sa pensée.
Mais tout à coup, sans raison, Mme de Marelle appela : « Laurine » ! et la petite fille s'en vint.
— Assieds-toi là, mon enfant : tu aurais froid près de la fenêtre.
Et Duroy fut pris d'une envie folle d'embrasser la fillette, comme si quelque chose de ce baiser eût dû retourner à la mère.
Il demanda d'un ton galant et paternel :
— Voulez-vous me permettre de vous embrasser mademoiselle ?
L'enfant leva les yeux sur lui d'un air surpris. Mme de Marelle dit en riant :
— Réponds : « Je veux bien, monsieur, pour aujourd'hui ; mais ce ne sera pas toujours comme ça. »
Duroy, s'asseyant aussitôt, prit sur son genou Laurine, puis effleura des lèvres les cheveux ondés et fins de son front.
La mère s'étonna :
— Tiens, elle ne s'est pas sauvée : c'est stupéfiant. Elle ne se laisse d'ordinaire embrasser que par les femmes. Vous êtes irrésistible, M. Duroy.
Il rougit, sans répondre, et d'un mouvement léger il balançait la petite fille sur sa jambe.
Mme Forestier s'approcha et, poussant un cri d'étonnement: "Tiens, voilà Laurine apprivoisée, quel miracle!"


Contexte =
Georges a rencontré Forestier par hasard lors d'une promenade en ville, lui a raconté ses difficultés, situation précaire. Forestier lui propose de rentrer dans le journalisme, lui dit de venir dîner le lendemain afin que G. D rencontre M. Walter, celui qui dirige La Vie française (journal). Scène de dîner. Mme Forestier suggère à Gerges de faire la cour à Mme Walter. Découverte d'une société du paraître dans laquelle la femme est un moyen d'ascension sociale



L'important dans la scène, il me semble = le rapport de G. D avec les femmes. G. D séducteur. Dans la scène on compte 4 femmes, toutes plus ou moins séduites. Valse avec les femmes. Passe de l'une à l'autre. Diverses tentatives de séduction. Teste la valeur de son charme sur chacune des femmes en présence.

Ce qui me surprend à première lecture (peut- êttre faux, ou anecdotique mais…), récit de conversations, le narrateur prend en charge non pas le contenu des conversations, mais plutôt la manière dont les personnages se comportent… (terme vague, je ne parviens pas vraiment à expliquer).

Au niveau de la forme:
- Première partie, verbes de mouvement au passé simple (s'élança, emporta, revint) montrent l'effort déployé par le personnage pour séduire Mme Walter (peut- être une gradation dans l'extrait, ne déploie plus autant d'effort au fur et à mesure de extrait, la petite fille immédiatement séduite à la fin).
Loue le journal, comparaison méliorative au profit de La Vie française. (le seul, le plus, le moins, journal qui fait exception); adverbes censés montrer l'admiration de Geroges (vriament, le seul journal…). Néanmoins, il me semble qu'on peut y voit un manque dinstruction de Georges (contexte, ancien soldat, pas d'aspirations littéraires, a du mal à écrire et même à rédiger des articles). Manque d'instruction car profère des banalités, mots vagues, peu précis (plus littéraire, spirituel pour parler du journal, monotone = je ne sais pas comment l'exprimer mais pour moi ces mots m'apparaissent comme flottants), de même "on trouve de tout là- dedans", impression de familiarité.
D'ailleurs, compliments qui ne semblent pas toucher Mme Walter, parle d'indifférence aimable.
Passage plus descriptif, séduction du personnage. On ne mentionne pas ces propos, mais plutôt sa façon de les proférer. Qch que j'ai du mal à interpréter c'est la description de sa moustache, pourquoi le narrateur éprouve le besoin de faire un tele "zoom"?

On pourrait peut- être voir des structures qui se répètent. Georges passe de Mme Walter à Mme de Marelle. "Et ils se mirent à causer" (Mme Walter) / "Alors il parla de ses projets" (Mme de Marelle). Mais avec Mme de Marelle, plus d'expérience, s'est nourri de la parole et de l'expérience de l'autre femme pour enrichir sa présentation. Légère modification quand il s'adresse à une nouvelle femme, apprend de ses erreurs, acquisition de savoirs.

Après j'ai eu du mal à commenter le reste.
Je sens qu'il y a quelque chose à saisir dans cet extrait.

Merci d'avance pour votre aide.
Maupassant ne quitte pas son héros et dans cette scène à plusieurs personnages, il propose des gros plans qui révèlent le comportement et la psychologie de Georges Duroy : la figure de l'arriviste.

Cette scène met en place des thèmes récurrents dans le roman comme autant de clefs de la réussite : l'amour, la presse, l'ascension.


Le séducteur : un physique, des attentions calculées, de la suffisance
Une ascension : les femmes comme marchepied, un milieu journalistique dans lequel il s'introduit
Une évolution visible : des comportements calculés, des gestes, des détails pour l'effet de réel, ( La tasse vide ou pleine par exemple ), des sujets de conversation amenés pour être utiles.
Je me demandais, au niveau de la focalisation, le narrateur est omniscient, pas de doute.
Mais il a certains passages qui me "posent problème"

1/ "Il avait la parole facile et banale, du charme dans la voix, beaucoup de grâce dans le regard et une séduction irrésistible dans la moustache. Elle s’ébouriffait sur sa lèvre, crépue, frisée, jolie, d’un blond teinté de roux avec une nuance plus pâle dans les poils hérissés des bouts." = est- ce qu'on ne pourrait pas dire qu'on adopte le point de vue de Madame Walter, l' itinéraire de son regard. Etant donné qu'elle discute avec lui, elle est en face de lui et le regarde. Mais en même temps, l' utilisation du mot "séduction" montre peut- être que le narrateur décrypte la stratégie de G. D. Maintenant que j'y réfléchis cela m'apparaît plus comme une évidence. J'ai l'impression et je me demande si elle est partagée, que le narrateur a un certain recul et connaît toutes les ruses de Duroy, il sait les déceler… pourtant, tout cela est assez équivoque, on dirait que même le narrateur se laisse séduire. La description en "gros plan" il me semble e une valeur en elle- même, certes elle a pour fonction de nous montrer que la moustache est un outils de séduction, mais on dirait aussi que la prose s'emballe, comme si le narrateur se laissait lui aussi hypnotiser par G. D.

Mais encore une fois, est-ce que je spécule ou est-ce que mon sentiment peut être partagé et se vérifier?

2/ D'autre part, je me demandais, est-ce que ce passage "Il aurait voulu tout de suite se dévouer pour elle, la défendre, montrer ce qu'il valait" est au discours indirect libre?

3/ L'expression "tâter du journalisme" était - elle fréquemment usitée ou bien est-ce une expression familière et inventée par le personnage?

4/ Enfin, lorsque la mère cite la phrase que devrait répondre sa fille, Réponds : « Je veux bien, monsieur, pour aujourd'hui ; mais ce ne sera pas toujours comme ça. », est-ce un procédé qui porte un nom?
D' ailleurs je me demande à quoi sert exactement ce passage avec la fillette. Est-ce simplment pour dire que G. D a du succès non seulement auprès des femmes mais aussi auprès des plus jeunes?
"Dans mon pays, on remercie".
Si tu dois rédiger un commentaire de texte, peut-être conviendrait-il, au-delà de la foule de questions que tu soulèves, de poser une problématique pertinente et de fixer les grands axes qui y répondront. Ce que tu proposes pour l'instant s'apparente à un grand vrac, intéressant certes, mais qui manque de structure pour dégager ce qui fait la singularité de cet extrait.

R : Au chapitre V, c'est la jeune Laurine qui donnera à Georges Duroy le surnom de Bel-ami.