j'ai des collègues que j'entends fréquemment dire aux élèves que le niveau à la fac est nul (mais ils ne disent jamais exactement quelle fac et quels cours, c'est toujours "la fac" en général) et qu'un ancien khâgneux réussira tous ses examens, ce qui est tout à fait faux.
Il faut bien distinguer deux choses : le
niveau des étudiants et
le niveau attendu par les enseignants. Il peut y avoir des promotions ou des groupes de TD faibles voire très faibles, mais ça ne change pas les attentes de l'enseignant, le seul problème éventuel pouvant consister en des pressions des étudiants sur l'administration pour forcer les enseignants à faire monter les notes (oui, cela existe, hélas) !
Les enseignants de fac, à part exceptions éventuelles, ont des attentes… d'enseignants de fac, qui peuvent parfois être supérieures aux exigences de la seule année d'étude en question.
Ce qui change, c'est bien entendu les conditions d'encadrement. L'enseignant à l'université ne peut certes pas, dans les conditions usuelles, organiser des khôlles régulières ou corriger des devoirs aussi souvent qu'en prépa.
Je ne suis pas certain que khûber soit avantageux à part si l'on est vraiment sûr qu'on a toute sa chance d'entrer à l'ENS.
Je connais des personnes qui ont khûbé et qui ont ressenti encore plus douloureusement l'échec à l'ENS à la seconde tentative. Je ne suis pas sûr qu'on dispose d'un réservoir inépuisable en ce qui concerne les années de préparation aux concours les plus sélectifs ! Pour ma part, mes professeurs de khâgne m'avaient incité à retenter l'expérience, mais je n'ai pas regretté pas d'avoir choisi l'université, malgré une L3 déprimante du fait du changement de rythme et de cadre. Le master recherche a vite changé la donne… et je souhaitais me confronter le plus vite possible à la recherche.
Est-ce que certains d'entre vous ont fait une khâgne aussi, et si oui, comment avez-vous vécu la prépa à l'agrégation ? Plus difficile que l'ENS ? Ou idem ?
En prépa, on est jeune, au début des études, et le cadre reste scolaire et imposé. La préparation à l'agrégation, c'est une année en plus, donc c'est différent (pas d'UE à valider et d'examen à passer, pas d'assiduité obligatoire, ce qui présente des avantages… et des inconvénients). Avoir été un khâgneux sérieux peut conférer des avantages pour préparer l'agrégation, bien entendu, mais ça n'équivaut pas du tout à l'idée qu'on va forcément réussir (et même du premier coup). Il n'est pas impossible d'obtenir l'agrégation du premier coup sans être passé par la khâgne (j'ai quelques exemples en tête).
Ce qui a été difficile pour moi concernant l'agrégation, c'est l'endurance : non pas sur la durée de l'année, mais lors des épreuves, et surtout lors des épreuves orales qui peuvent s'étirer sur deux semaines, ce qui représente une rude épreuve pour le moral.
En revanche, je ne veux pas dissuader ou démobiliser, mais pour donner une idée, mon seul premier mois comme enseignant du secondaire a été plus éprouvant que toute ma khâgne et ma préparation à l'agrégation cumulées, en incluant le passage des épreuves de l'agrégation.
Les masters recherche peuvent être éloignés des exercices canoniques des concours, par définition. Il n'est pas impossible d'obtenir l'autorisation d'assister aux cours d'agrégation, pour prendre de l'avance ou du moins ne pas prendre du retard ! Je regrette de ne pas l'avoir fait alors et d'avoir vécu le retour aux exercices canoniques comme un choc, après la liberté du mémoire… mais je ne regrette pas d'avoir eu le temps de faire de mon mémoire une "mini-thèse" !