Bonjour ! Je suis actuellement en prépa A/L et j'ai un DM de Philo à rendre ! Le sujet est le suivant : apprendre à voir. Je perçois bien la tension dans l'énoncé, puisque "voir" semble relever du sensible, de l'inné. Or on n'apprend que ce qu'on ne sait pas faire. Mais j'ai un peu de mal à problématiser et à trouver une 3e partie qui se tient. Auriez-vous quelques idées ? Merci beaucoup !
Elya
Bonjour,
Je suis frappé par l'intérêt du sujet dans les études littéraires.
En effet les élèves et les étudiants, placés devant des textes très élaborés, disent souvent qu'ils ne voient rien à en dire. Pourquoi ? parce qu'ils ne possèdent pas les outils de l'analyse.
On peut tirer le même constat lors de la visite d'un musée : faute d'une grammaire picturale, les spectateurs n'apprécient pas vraiment ce qui leur est présenté ou, au mieux, sont incapables d'exposer clairement les raisons de leur plaisir.
Voir est une donnée brute, regarder demande un effort supplémentaire, interpréter est le fruit d'un apprentissage et de l'expérience. Ce sont des étapes obligatoires.
Une autre piste qui a fait florès : la recherche des indices dans le roman policier. Zadig de Voltaire, Sherlock Holmes, mais avant lui le Maximilien Heller de Cauvain (Seize ans avant une Étude en rouge de Doyle, cocorico !) savent repérer ce que les autres ont négligé. Tout le jeu intellectuel consiste à donner les indices sans fournir la clé de leur interprétation.
Une autre piste : voir l'invisible. Le microscope, le télescope, les yeux de l'intelligence, les yeux du coeur, les yeux de l'âme…
https://www.imagiter.fr/2018/06/cette-capacite-de-voir-l-invisible-que-partagent-artistes-et-scientifiques.html
Une autre piste : les illusions d'optique.
Une autre piste : les tests de Rorschach
"Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux." Le Petit prince
Réflexion très intéressante, Jean-Luc.
Une belle synthèse de la 1e et 2e piste se trouve dans la nouvelle "La lettre volée" d'Edgar Allan Poe ("The Purloined Letter"), lettre qui est en réalité cachée à la vue de tous, mais que seul ceux qui sont armés d'une logique infaillible peuvent trouver. C'est une nouvelle d'investigation, mais aussi une métaphore du texte littéraire.
Dans cette nouvelle, je crois plutôt que la lettre est en fait bien en vue.
Mais comme tout le monde suppose que la lettre est dans une cachette, personne ne la remarque… Mais peut-être ma mémoire me trahit-elle ?
Oui, c'est pour cela que j'ai écrit "caché à la vue de tous", qui est sans doute un anglicisme, et je vous prie de m'en excuser !
Non, tu as raison.
Pour autant que je m'en souvienne (ça revient de loin dans ma tête), la lettre se trouve sur le bureau du gars chez qui l'on fouille. Il y a un machin en évidence pour ranger n'importe comment le courrier ou d'autres papiers sans importance. La lettre cherchée est visible dans le machin sans qu'on ait besoin de fouiller. Elle est simplement pliée d'une façon inhabituelle pour le genre de papier qu'on cherche.
Les policiers ne s'imaginent pas qu'on puisse laisser à la disposition des gens qui passent cette fameuse lettre, comme on le ferait d'un brouillon, et préfèrent soulever le plancher ou autres pour voir où il y a une bonne cachette.
L'auteur introduit ici, si ma mémoire ne déconne pas, une chose intéressante : il existe un jeu auquel on joue avec une carte. Sur cette carte on voit en petit les noms des bleds paumés, en moyen les noms des villes et en grand ceux des pays. Le meneur choisit dans sa tête un des noms écrits sur la carte et les joueurs doivent trouver le mot choisi. L'auteur déclare que ce sont les noms écrits en grand qu'on remarque le plus difficilement. Ceux qui sautent aux yeux. Le réflexe des joueurs est de chercher un petit mot judicieusement choisi pour être quasiment invisible. Est-ce vrai ? Je n'en sais rien.
Croisement de messages.
Tu as fort bonne mémoire !
Je dirais plutôt que je me souviens bien de l'époque où j'avais une bonne mémoire. 😐