Laoshi, ta vision me semble très réductrice: beaucoup d'élèves de prépa se fichent pas mal de l'ENS (ou ont peur du concours, il est vrai, malheureusement) et veulent suivre deux ou trois ans de cours multidisciplinaires avec un certain degré d'exigence et de suivi… Et pour ça, l'ENS, on s'en tamponne (un peu) le coquillard, comme dirait ma prof de littérature de seconde.
Enseigner la géographie en prépa : une reconversion possible ?
27 réponses · Page 2 / 2
on s'en tamponne (un peu) le coquillardJe n’aurais pas mieux dit 😀
Sinon autant tout arrêter au sortir de la prépa si on ne l’a pas eu.Ce n’est pas ce que j’ai dit !!!
Vous glosez.
J’ai seulement dit que préparer des élèves à un concours que l’on n’a pas eu aurait semblé au dessus de mes forces.
Je voyais bien la différence, moi, entre mes professeurs normaliens et les autres.
Si les élèves d’aujourd’hui « s’en temponnent le coquillart de l’ENS », et les professeurs aussi, à ce que je vois, alors, c’est vrai, je n’ai qu’à fermer ma bouche. Et me retirer sur mon récif corallien 😀
Je suis en thèse en philologie médiévale, et je travaille sur des gloses du XVe siècle: tu me flattes, Laoshi.
Ce que je voulais dire, c'est que les profs de prépa ne font pas seulement préparer à un concours, et heureusement. D'autant que le concours de l'agrégation est finalement assez proche du concours de l'ENS. Quand on a réussi l'agrégation, on peut tout à fait former des préparationnaires. Mais ce n'est pas ça qui fait la plus-value de la prépa. Et oui, pas mal d'élèves ne vont pas en prépa pour l'ENS.
Pour les récifs, tu nous diras où tu les trouves…
Ce que je voulais dire, c'est que les profs de prépa ne font pas seulement préparer à un concours, et heureusement. D'autant que le concours de l'agrégation est finalement assez proche du concours de l'ENS. Quand on a réussi l'agrégation, on peut tout à fait former des préparationnaires. Mais ce n'est pas ça qui fait la plus-value de la prépa. Et oui, pas mal d'élèves ne vont pas en prépa pour l'ENS.
Pour les récifs, tu nous diras où tu les trouves…
Laoshi a écrit :Ma foi, préparer des jeunes à un concours qu’on n’a pas réussi soi-même m’a toujours paru présomptueux.On peut éventuellement positiver les choses :
Mais ce n’est qu’un avis.
Un tel prof pourrait enseigner toutes les erreurs à ne pas commettre. Mais il faudrait qu'il se soit planté consciencieusement en notant bien à chaque plantage le contexte, les différents essais infructueux pour répondre à telle ou telle question, les diverses voies non essayées et qui auraient pu conduire à une réussite…
Ce serait du grand art.
Et ça mériterait peut-être un diplôme particulier.
J'imagine les conversations des élèves :
_ j'ai beau essayer, je n'arrive pas à me planter aussi bien et souvent que lui…
_ mais alors tu risques de réussir l'examen !
les génies déjà tout faits au bout de deux-trois ansJe pense que ça n'existe pas, ou alors deux ou trois personnes, par-ci, par-là. En tout cas, ça n'est pas le cas des normaliens, fort heureusement !
J'ai passé le concours un certain nombre de fois, certaines malheureuses, une plus heureuse, et je n'ai pas l'impression que le fait que ça ait marché m'ait donné la moindre clef par rapport à mes échecs. Je pense que j'avais déjà une idée plus ou moins correcte de ce qu'on attendait de moi, je n'ai seulement pas été en mesure de le faire le jour J - sans trop de raison particulière.
Il y a aussi la question de la pluridisciplinarité du concours : on peut rater l'ENS parce qu'on a raté le latin, tout en brillant en philosophie, parce que ce sont des exercices différents. Le concours, à un moment donné, a un effet couperet en séparant ceux-qui-l'ont, de ceux-qui-l'ont-pas, mais ça ne doit pas faire oublier qu'entre les candidats heureux et d'autres malheureux, la différence se joue parfois à un rien. A fortiori, quand les candidats malheureux obtiennent ensuite l'agrégation, je pense que ça veut dire que soit ils ont assimilé ce qui leur manquait à l'époque, soit ils n'en étaient déjà pas loin.
Et puis, de façon générale, quelle drôle d'idée que de faire porter un fardeau à vie pour ce que l'on n'a pas réussi, une semaine donnée, quand on avait 20 ans. 🙂
Enfin, personnellement, je n'ai jamais trouvé qu'être normalien garantissait la qualité professorale.
Hippocampe a écrit : On peut éventuellement positiver les choses :Mais… Mais c'est moi que tu décris ! 🙂
Un tel prof pourrait enseigner toutes les erreurs à ne pas commettre. Mais il faudrait qu'il se soit planté consciencieusement en notant bien à chaque plantage le contexte, les différents essais infructueux pour répondre à telle ou telle question, les diverses voies non essayées et qui auraient pu conduire à une réussite…
En effet, je suis aussi fière de mes échecs (fort nombreux) que de mes réussites, car il faut les deux pour mesurer la distance entre l'un et l'autre, pour mesurer ce qui fait qu'à un instant t, on rate et à t+1 (ou +2 ou +10) on réussit.
J'ai récemment repris possession de mes cours et copies de prépa, de licence et d'agreg. Ce fut très instructif de les relire, et de croiser cette lecture avec mes souvenirs. Par exemple, j'ai toujours "été nulle en philo" (enfin depuis l'hypokhâgne, pour être précise). Dans mes souvenirs, j'avais dû lâcher l'affaire assez vite, puisque je ne me rappelle pas avoir lu ou fiché beaucoup de philo. Et puis j'ai ouvert des vieux cartons et là, stupéfaction : des boîtes entières de fiches sur les auteurs, les concepts, les œuvres principales… Je n'en ai strictement aucun souvenir. Ce que j'apprenais n'avait pas vraiment de sens, puisqu'en réalité, je ne savais pas faire une dissertation ; donc je faisait des fiches sans voir de finalité autre que de me donner bonne conscience.
Et en voyant mes copies, je constate qu'il ne s'y trouve aucun conseil méthodologique, sauf à considérer que "vous tricotez du néant avec du non-être" est un conseil méthodologique (et en faisant abstraction de la misogynie latente de la remarque). Rétrospectivement, cette expérience m'a beaucoup appris car je mesure aujourd'hui ce qui m'a manqué pour sinon réussir, du moins progresser.
Ça me permet au moins d'avoir de l'empathie pour les élèves qui arrivent en début d'année en disant "madame, je suis nul en anglais…"
Sans parler de l'expérience du doctorat qui a remis en question tout ce que je croyais savoir sur l'échec et la réussite, la fierté et la honte, le courage et la lâcheté… Mais ce sera pour un autre post.