Enseigner la géographie en prépa : une reconversion possible ?
27 réponses · Page 1 / 2
Bonjour,
Je ne sais pas trop où poster. J'essaie d'aider une amie mais, n'ayant pas fait prépa, je me sens un peu impuissante.
Ca fait un peu plus d'un mois qu'elle réfléchit à sa situation, elle tourne en rond, elle ne voit pas d'issue. Elle a besoin d'avoir des conseils, du recul, un avis extérieur parce que là ça va pas du tout elle en arrive à plus dormir la nuit.
Ca fait un peu plus de 4 mois qu'elle est diplômée d'un master en sociologie des pratiques culturelles. Elle a suivi ce parcours un peu par hasard parce qu'elle aimait la sociologie. Elle se demande si ça l'intéresse vraiment, Plus elle y pense, plus elle se dit que ce n'est peut être pas sa voie. Elle se serait jetée dans les études, un peu à corps perdu, sans véritable perspective. Elle s'est rendue compte qu'elle aimait beaucoup la géo. Ca a été la grande découverte de la prépa. C'est pour cette raison qu'elle a choisi Ulm (à ce que j'ai compris, enfin l'ENS de Paris), même si elle savait que ce serait compliqué à cause du grec. Elle a d'ailleurs beaucoup fait appel à la géo dans son mémoire de M2. Elle en vient à se demander si elle ne voudrait pas enseigner la géographie. Mais y'a un hic: si elle veut faire que de la géo faut qu'elle bosse à la fac ou en prépa et, vu la concurrence, elle est pas sûre d'avoir quelque chose. Mais ça veut dire qu'il faudrait qu'elle passe le concours, qu'elle "se bloque une année" (sic) (en reprenant les études ou en le faisant seule) sans être sûre d'avoir le concours - c'est la règle du jeu, je sais.
Plein de questions se bousculent dans sa tête. Est-ce qu'elle ne se précipite pas ? Est-ce qu'elle devrait continuer dans cette voie quitte à tenter le concours après ? Est-ce qu'elle a fait tout ça pour rien ? Bref, elle voit pas d'issue.
Je me permets de vous contacter car je ne connais pas du tout le monde de la prépa, le nombre de postes, le mode de recrutement etc. Je ne sais pas si elle a ses chances, si elle pourrait trouver un poste alors qu'elle n'a pas de doctorat et n'a pas fait de grandes écoles. Vu qu'elle n'est pas une candidate "pur jus", mais ayant déjà un master dans un domaine totalement différent, est-ce que ce ne serait pas un frein ?
En vous souhaitant une bonne journée
“Ca fait un peu plus de 4 mois qu'elle est diplômée d'un master en sociologie des pratiques culturelles.
Eh bien, ce n’est pas du tout la bonne voie pour enseigner la géographie, en classe préparatoire ou ailleurs.
Pour enseigner la géographie, il faut au moins l’avoir étudiée , et à un niveau suffisamment élevé!
Pour continuer sur ce que dit Laoshi, il faut souvent avoir fait une thèse pour avoir ses chances de devenir prof de prépa…
Il me semble qu'on ne peut entrer en prépa que jeune : après le bac ou éventuellement après une année d'études ailleurs.
Mais ce n'est peut-être plus vrai.
Les voies de recrutement pour la prépa et la fac sont très différentes. Pour la prépa ce sont en gros des inspecteurs de l'éducation nationale qui te nomment à un poste, et pour la fac tu postules à un poste de maître de conférences, après avoir soutenu une thèse. Mais au final dans les deux cas ce sont de longues années d'études, très exigeantes ; car la concurrence est telle pour être prof de prépa qu'avoir une thèse est quasi obligatoire, et idem pour devenir maître de conférences : c'est presque impossible sans l'agrégation… Il faudrait donc qu'elle passe maintenant un concours de l'enseignement en géographie, peut-être en commençant par le Capes (mais attention, agreg comme Capes il y a de l'Histoire également). Il y a peu de places à l'agreg de géo, donc ce sera forcément très compliqué, mais après on ne peut pas dire que ce soit impossible, ça dépend totalement de sa capacité de travail et surtout de sa capacité à s'adapter aux exigences du concours (méthodologie de la dissert', du commentaire de document, des croquis, etc). Un niveau M2 de n'importe quelle matière suffit pour s'inscrire au concours. A voir selon le niveau qu'elle avait en prépa, à quel point elle a utilisé la géo dans son master de sociologie, pour voir si elle n'est pas trop "rouillée" dans cette matière…
Et ensuite, il faudra faire une thèse. On croise régulièrement des personnes qui font une thèse dans une autre matière que celle du master, surtout si le master était déjà plus ou moins pluridisciplinaire. Mais il faudra évidemment construire un vrai projet de recherche en géo et trouver quelqu'un prêt à la diriger (sans compter la difficulté à obtenir une bourse).
En résumé : rien n'est impossible, si elle a de très grandes capacités de travail, de vraies facilités en géo, et surtout qu'elle est prête à se lancer dans de très longues années, exigeantes, sans certitude de résultats… Le mieux serait qu'elle soit prête à enseigner l'histoire géo dans le secondaire, qui est de toute façon un passage quasi-obligatoire de plusieurs années avant d'être recruté dans le supérieur.
En résumé : rien n'est impossible, si elle a de très grandes capacités de travail, de vraies facilités en géo, et surtout qu'elle est prête à se lancer dans de très longues années, exigeantes, sans certitude de résultats…
Avec de telles réserves, certes, tout est possible. Tout ça pour devenir professeur…
Eh bien, il faut aussi avoir la foi chevillée au corps. Et on commence à travailler à quel âge ? Et la retraite à 80 ans ?
Avec une probabilité de 1/1 000 000, une chose est possible.
Nous avons bien eu ici un élève français de terminale pro qui visait la fonction de prof de japonais au Japon à des élèves japonais. Il ne connaissait pas un mot de japonais.
Oui, quelques projets sont surprenants.
Mais sait-on jamais ?
J’aimerais bien savoir parfois le fin mot de l’histoire.
Tous les gagnants ont tenté leur chance.. mais c'est un slogan de la Française des jeux qui est la seule à gagner toujours.
Rêver, c'est bien, et il vaut mieux rêver à 20 ans qu'à 80.
Ce qui est bien, c'est avoir la tête dans les nuage et les pieds sur terre.
Aimer la géographie, est-ce que cela veut dire aimer l'enseigner ?
Car une autre solution serait de faire un master en géographie pure, mais de se diriger ensuite vers d'autres choses que l'enseignement, qui l'obligerait à coup sûr à faire aussi de l'histoire. Je pense à des métiers comme l'aménagement du territoire.
En tous cas, dans le supérieur, il ne faut pas trop s'attendre à avoir un parcours linéaire. Les changements de direction sont communs, font partie du jeu et contribuent à la richesse d'un parcours.
Elle pourrait aussi tenter le supérieur sans avoir l'agreg. Avec un M2 en sociologie, elle pourrait très bien s'inscrire pour faire une thèse qui soit à cheval sur la géographie et la sociologie. En général, les écoles doctorales et les équipes d'accueil sont assez contents d'avoir des profils pluridisciplinaires, pourquoi pas avec une co-direction, voire une co-tutelle avec une université étrangère (un plus dans un dossier)
Mais sans garantie d'emploi à la fin !
Laoshi: Effectivement c'est pour cette raison que j'emploie le terme de "reconversion".
Elle l'a tout de même étudiée pendant ses années prépa (3 ans) vu que c'était son option.
Avec le système des équivalences, elle a une licence en géographie. Je pense qu'elle pourrait reprendre un M1 de géographie.
Sohannelle: Merci pour ce message détaillé. Il semblerait que certains de ces profs de prépa ne soient qu'agrégés. C'est pour ça qu'elle se demandait si une thèse était obligatoire.
TheRedRoom: Elle a trouvé que c'était très stimulant et enrichissant, bien loin du lycée où les programmes de géographie sont souvent bâclés. C'est quelqu'un aussi qui aime la pluridisciplinarité, réfléchir sur différents sujets, apprendre pour apprendre (même si là y'a quand même un but: le concours). C'est pour ça que le cadre de la prépa ainsi que les programmes qui changent tous les ans, à ce que j'ai compris, pourraient lui convenir.
Je vais lui faire remonter vos réponses. Merci beaucoup !
…,certains de ces profs de prépa ne soient qu'agrégés.
Je confirme.
Mais ils ont souvent enseigné dans le secondaire. Ils ne sont pas nommés d’emblée en prépa.
Laoshi: Mais est-ce toujours le cas ou, vu la concurrence, c'est de plus en plus rare ?
Je pense aussi qu'il faut avoir une certaine ancienneté pour enseigner en prépa.
Je crois que c'est difficile de faire un généralisation : c'est l'Inspection Générale qui a le monopole de la nomination des professeurs en CPGE, les critères peuvent varier. J'ai vu des majors d'agreg partir directement dans des grandes prépas parisiennes sans doctorat ni expérience d'enseignement, et dans certaines disciplines, on m'a dit que la concurrence était telle que le doctorat était indispensable. Mais les IG changent donc ce qui était vrai l'année dernière ne l'est peut-être plus aujourd'hui. Le seul prérequis administratif : l'agrégation.
Être normalien est également un plus. À mon sens d’ailleurs, cela devrait être obligatoire.
Cela ne l’était pas autrefois. Pour ce qui est d’aujourd’hui, je ne sais.
Être normalien est également un plus. À mon sens d’ailleurs, cela devrait être obligatoire.
Même si l'élève prouve ses compétences tout au long de ses années de fac et son doctorat, ses qualités pédagogiques pendant un certain nombre d'années d'enseignement, on lui fermerait les portes de la prépa sous le seul postulat qu'il n'a pas réussi un concours ponctuellement ? D'autant plus un concours en début de parcours dans le supérieur. Je trouve cela un peu dur. Quelqu'un qui aurait choisi la fac plutôt que la prépa serait automatiquement mis de côté ?
Ma foi, préparer des jeunes à un concours qu’on n’a pas réussi soi-même m’a toujours paru présomptueux.
Mais ce n’est qu’un avis.
Mais enfin, on en a réussi d'autres depuis 🙂
Et s'il n'y avait que les normaliens qui pouvaient enseigner en prépa, les choses fonctionneraient un peu en vase clos. Du sang neuf n'est pas une mauvaise chose. Déjà qu'on entend proférer beaucoup de bêtises à propos de l'université, venant de collègues qui n'y ont jamais mis les pieds… Le fait d'avoir des enseignants qui y sont allés permet tout de même de rétablir un certain équilibre !
Laoshi a écrit :Ma foi, préparer des jeunes à un concours qu’on n’a pas réussi soi-même m’a toujours paru présomptueux.
Mais ce n’est qu’un avis.
Je me sentirais mal dans ma peau si j'étais un des élèves.
Vu comme cela je comprends votre point de vue Laoshi. Cependant le concours de l’ENS n’est pas l’unique et universel critère de réussite. Enfin je l'espère en tout cas. Sinon autant tout arrêter au sortir de la prépa si on ne l’a pas eu. Les nombreuses années qui suivent l’élève sont heureusement formatrices pour rattraper le gouffre accablant qui sépare les normaliens ratés et les génies déjà tout faits au bout de deux-trois ans. Et puis de cette manière, un prof de prépa non-normalien pourra goûter à la consécration du professeur : faire en sorte que l’élève dépasse le maître.