Quelle est la différence entre l’allégorie et le symbole ?

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je n'arrive pas à comprendre ce qui différencie "l'allégorie" et "le symbole".
Est-ce quelqu'un saurait définir ces deux notions afin d'en tirer une distinction ?

Merci.
Bonsoir,

Allégorie : C’est une suite de métaphores, (donc proche de la métaphore filée) présentant un concept abstrait au moyen d’aspects concrets et vivants (de ce fait voisine de la personnification). Le procédé donne force à une réalité peu familière tout en la rendant plus perceptible.

Lire la suite sur : https://www.etudes-litteraires.com/stylistique/analyse-stylistique-2

Symbole : Le symbole est un objet concret ou un animal retenus pour faire connaître une de leurs caractéristiques déterminantes. En effet le symbole est multivalent.

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Bonsoir Jean-Luc,

(Pour mettre en évidence les différences entre les deux notions, tu indiques qu'un symbole est un objet concret ou un animal. Mais nombreuses sont les statues allégoriques (j'ai vérifié ça dans Internet). Nombreux aussi les tableaux.
Or, toujours pour faire apparaître les différences, tu dis qu'une allégorie est une suite de métaphores. Une métaphore peut-elle être une statue ou une statue être une métaphore ? Oui d'après le Larousse. Ça ne me surprend pas car je savais déjà qu'une statue ou une autre œuvre d'art pouvait être une allégorie.

D'après le Larousse, un symbole est un signe figuratif, être animé ou chose, qui représente un concept, qui en est l'image, l'attribut, l'emblème : Le drapeau, symbole de la patrie.
Il me semble que je comprends ça.

Par ailleurs, il me semble qu'une allégorie est une œuvre d'art incarnant une idée.)

Bon, je crois que je viens de dire des bêtises. Je vais essayer d'être plus clair.

En fait, ce qui se passe dans ma petite tête, c'est que je croyais savoir ce qu'était un symbole et ce qu'était une allégorie et que ce n'était pas la même chose. Mais après t'avoir lu, je me retrouve comme rachelbouchelaala :
je ne comprends plus la différence qu'il y a entre les deux et je ne comprends plus ce qu'est une allégorie ni ce qu'est un symbole. C'est fâcheux car j'aime bien ces notions, a priori.
Pourrais-tu expliquer, comme tu le ferais devant une classe de troisième (en évitant par exemple les métaphores filées), ce qu'est un symbole, ce qu'est une allégorie et quelles sont les différences entre les deux ? En donnant des exemples simples.
Si ça te paraît faisable.
C'est beaucoup te demander.
Bonjour,

En effet symbole et allégorie sont des notions voisines car ils sont chargés de représenter concrètement des concepts abstraits.
Comment les distinguer ?

- Première approche, celle de la complexité : le symbole, dans son contexte particulier (et non général), n'a qu'un seul sens, une seule représentation.
L'allégorie est complexe, elle évoque plusieurs valeurs.

- Deuxième approche, celle du degré d'abstraction : le symbole est un objet simple ou un animal typé, un point de comparaison unique. L'allégorie regroupe plusieurs éléments dans un personnage ; la comparaison ou métaphore sont développées sous forme de récit ou d'actions multiples à valeur symbolique.

Quelques exemples qui permettront peut-être de mieux cerner ces notions :
1er exemple :
- le drapeau tricolore est le symbole, l'emblème de la République française, il reprend deux autres symboles, le bleu et rouge de la commune de Paris et le blanc de la royauté. Dans la communauté culturelle française, il ne peut y avoir de contresens.
- Dans le tableau de Delacroix, "la Liberté guidant le peuple", on retrouve ce drapeau, mais il passe au second plan pour n'être qu'un attribut d'une femme à la poitrine découverte appelant les personnes à la suivre d'un vaste mouvement du bras, elle porte un bonnet phrygien rouge, un autre symbole, celui de la Révolution. Ainsi se construit un personnage complexe qui n'existe pas dans la réalité mais exprime des codes aisément reconnaissables pour une communauté culturelle donnée.

2e exemple :
- Une statue de jeune femme est couramment admise comme le symbole de la beauté.
- Charles BAUDELAIRE en fait une allégorie en personnifiant le symbole, en lui donnant la parole, en cumulant d'autres symboles ou figures allégoriques, en lui attribuant des valeurs complexes…
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
3e exemple :
- le vent, lors de la Pentecôte, a une valeur symbolique simple selon le contexte. Les témoins entendent un bruit « pareil à celui d’un violent coup de vent » qui remplit la maison. C'est ici le signe de la puissance, de la force.
- Dans l'Évangile selon St Jean, chapitre 3, 7-15, on peut lire : "Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.
Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Nous avons affaire ici à une allégorie, le vent est mis en mouvement, il est observé dans ses effets pour nous faire accéder à une réalité supérieure invisible, celle de l'action de l'Esprit Saint. Les paraboles évangéliques sont des récits allégoriques.
Puis-je me permettre de soumettre un exemple concret : la mort de Gavroche et de solliciter un avis ?

Lors d'un oral de concours, il y a longtemps, j'ai dit que c'était "une allégorie" de la liberté. Un membre du jury a rectifié par "symbole". Votre avis.
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.


Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…
Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.
Bonjour Floreale,

Pour moi, et au risque de me mettre l'université à dos 😉 , je dirai allégorie.
En effet Hugo développe un récit en mouvement, multiplie les références (moineau, gamin fée, nain, Antée, pygmée), exprime des valeurs plurielles (insouciance, courage, agilité, fragilité, défi, jeu, grâce), confronte son personnage à une autre allégorie, la mort (cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette). Nous sommes dans le registre épique.

Gavroche devient donc un type, celui de l'enfant du peuple, grand coeur et gouailleur, épris de justice et de liberté. Hugo avait commencé à imaginer ce modèle avec l'enfant grec des Orientales.
Voilà donc ma conviction de l'époque (1986) confirmée !

Qu'on se rassure, j'ai eu ce concours. 🙂
@Jean-Luc, c'est d'une clarté remarquable, merci !
Je trouve tout de même que le terme de « symbole » est également valable.