Bonjour,
En effet symbole et allégorie sont des notions voisines car ils sont chargés de représenter concrètement des concepts abstraits.
Comment les distinguer ?
- Première approche, celle de la complexité : le symbole, dans son contexte particulier (et non général), n'a qu'un seul sens, une seule représentation.
L'allégorie est complexe, elle évoque plusieurs valeurs.
- Deuxième approche, celle du degré d'abstraction : le symbole est un objet simple ou un animal typé, un point de comparaison unique. L'allégorie regroupe plusieurs éléments dans un personnage ; la comparaison ou métaphore sont développées sous forme de récit ou d'actions multiples à valeur symbolique.
Quelques exemples qui permettront peut-être de mieux cerner ces notions :
1er exemple :
- le drapeau tricolore est le symbole, l'emblème de la République française, il reprend deux autres symboles, le bleu et rouge de la commune de Paris et le blanc de la royauté. Dans la communauté culturelle française, il ne peut y avoir de contresens.
- Dans le tableau de Delacroix, "la Liberté guidant le peuple", on retrouve ce drapeau, mais il passe au second plan pour n'être qu'un attribut d'une femme à la poitrine découverte appelant les personnes à la suivre d'un vaste mouvement du bras, elle porte un bonnet phrygien rouge, un autre symbole, celui de la Révolution. Ainsi se construit un
personnage complexe qui n'existe pas dans la réalité mais exprime des codes aisément reconnaissables pour une communauté culturelle donnée.
2e exemple :
- Une statue de jeune femme est couramment admise comme le symbole de la beauté.
- Charles BAUDELAIRE en fait une allégorie en personnifiant le symbole, en lui donnant la parole, en cumulant d'autres symboles ou figures allégoriques, en lui attribuant des valeurs complexes…
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
3e exemple :
- le vent, lors de la Pentecôte, a une valeur symbolique simple selon le contexte. Les témoins entendent un bruit « pareil à celui d’un violent coup de vent » qui remplit la maison. C'est ici le signe de la puissance, de la force.
- Dans l'
Évangile selon St Jean, chapitre 3, 7-15, on peut lire : "Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.
Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Nous avons affaire ici à une allégorie, le vent est mis en mouvement, il est observé dans ses effets pour nous faire accéder à une réalité supérieure invisible, celle de l'action de l'Esprit Saint. Les paraboles évangéliques sont des récits allégoriques.